Né le 7 septembre 1857 à Foug (Meurthe-et-Moselle), mort le 7 novembre 1938 à Paris ; correcteur à la Chambre des Députés ; écrivain ; publiciste ; militant libertaire ; franc-maçon.

Le père de Charles Malato, Antoine Malato était Sicilien ; combattant de la révolution italienne de 1848, il se réfugia à Toul et y épousa une Lorraine. Condamné après la Commune, il fut déporté. Sa femme — qui devait y mourir — et son fils Charles l’accompagnèrent en Nouvelle-Calédonie. Il revint en 1881.
Charles Malato fut un militant anarchiste actif, un publiciste et un écrivain fécond, plus qu’un orateur. S. Faure, dans l’article nécrologique qu’il lui consacra dans Le Libertaire du 17 novembre 1938, traça de lui ce portrait : « Certes, il possédait à fond la connaissance des idées libertaires ; il parlait une langue châtiée, voire élégante, il s’exprimait avec une clarté et une précision peu communes. Mais, à la tribune, il était handicapé par une timidité qui le privait d’une partie de ses moyens » ; il déconcertait ceux qui entendaient « la voix légèrement voilée et le geste à peine esquissé et presque hésitant de cet homme grand, robuste, taillé en force, dont ils savaient le courage physique ».
En 1886, Malato fonda avec quelques amis, dont Ortiz et Pausader, dit Jacques Prolo, La Révolution cosmopolite et un groupe du même nom qui tenait des réunions. Il publia en 1889 un de ses principaux ouvrages, Philosophie de l’Anarchie, dans lequel il exposait ses théories et définissait son idéal, conforme aux thèses classiques de l’anarchisme communiste. Toutefois, il prévoyait une période transitoire de « deux ou trois générations » (cf. p. 47), avant que se réalise la société libertaire.
Collaborateur de l’Attaque, fondée par Gégout, il fut condamné avec celui-ci, le 28 avril 1890, par la cour d’assises de la Seine, à quinze mois de prison — qu’ils purgèrent à Sainte-Pélagie — pour « provocation au meurtre, pillage et incendie ». Le même jour, Malato fit l’objet d’un arrêté d’expulsion, qui fut rapporté le 29 avril 1895.
En 1892, il avait protesté contre la campagne anti-1er Mai menée par S. Faure.
Malato vécut quelques années à Londres. Il collabora à La Fortnighty Review et y fit partie du groupe « L’Avant-Garde », avec Malatesta, Kropotkine, Louise Michel, groupe qui se livra en particulier à une propagande en faveur de l’entrée des anarchistes dans les syndicats. C’est à Londres, où il avait eu l’occasion de rencontrer Émile Henry, qu’interviewé après l’attentat du café Terminus (12 février 1894), il déclara : « L’acte d’Émile Henry, qui est pourtant un anarchiste de haute intelligence et de grand courage, a surtout frappé l’anarchie [...] J’approuve toute violence qui vise l’obstacle, qui frappe l’ennemi, non celle qui frappe aveuglement. »
Au moment de l’Affaire Dreyfus, et pour répondre aux manifestations nationalistes, il fit partie du comité « Coalition révolutionnaire » fondé en octobre 1898, avec Sébastien Faure, Pouget, Mirbeau, etc., pendant du « Comité de Vigilance » qui rassemblait les différentes fractions socialistes, et, en 1899, il collabora au Journal du Peuple fondé par Sébastien Faure pour défendre Dreyfus (n° 1, 6 février, n° 299, 3 décembre). Cette même année, le 12 juin, Malato fut à nouveau condamné, cette fois à 50 f d’amende, par la 8e chambre du tribunal correctionnel, pour port d’arme prohibée.
Quelques années plus tard, Malato fut compromis dans l’affaire dite « de la rue de Rohan », affaire qui se situe en 1905, lors de la visite à Paris du roi d’Espagne Alphonse XIII. Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, à l’angle des rues de Rivoli et de Rohan, un individu lança deux bombes sur le cortège qui revenait de l’Opéra et se dirigeait vers le ministère des Affaires étrangères ; dix-sept personnes furent blessées dont plusieurs grièvement. Le roi et le président de la République furent indemnes. Le coupable, qui ne fut jamais arrêté, aurait été Aviño, un anarchiste espagnol, connu sous le nom d’Alexandre Farras. Ce qui est certain, c’est que la police était au courant du complot, puisqu’elle arrêta dès le 25 mai l’Espagnol Vallina et l’Anglais Harveyvoir ces noms (cf. Arch. Nat. F7 / 12 513, rapports d’indicateurs des 23 et 30 mai).
La police reprochait à Malato, qui fut inculpé avec Vallina, Harvey et un nommé Caussanel, le fait qu’il avait reçu le 27 avril et le 12 mai des colis contenant des bombes semblables à celles qui devaient servir à l’attentat. Le « Procès des Quatre » s’ouvrit le 27 novembre, devant la cour d’assises de la Seine ; de nombreuses personnalités apportèrent à Malato des témoignages de moralité, ainsi Lucien Descaves, E. Vaughan, H. Rochefort, A. Briand. Devant l’obscurité de cette affaire, les jurés acquittèrent les quatre prévenus.
De 1907 à 1914, Malato collabora à la Guerre sociale et à la Bataille syndicaliste (n° 1, 27 avril 1911).
Au moment de la Première Guerre mondiale, il se rallia à l’union sacrée ; dès le 4 août, il écrivit dans la Bataille syndicaliste : « La cause de la France est redevenue celle de l’humanité ». Il signa, en février 1916, le « Manifeste des Seize », avec Kropotkine, Grave, P. Reclus, le Dr Pierrot, C.-A. Laisant, etc., qui condamnait l’agression allemande et considérait la guerre contre l’Allemagne comme une guerre de défense de la liberté.
Au début de l’année 1918, Malato fit une demande de passeport pour l’Angleterre et il séjourna quelques mois à Londres. Puis il revint en France : il avait demandé à être incorporé, ce qui fut fait le 8 juin 1918. Dans une lettre à Grave, datée 18 août 1918, il précisait qu’il avait été affecté successivement à l’École militaire comme secrétaire d’état-major, à l’hôpital du lycée Michelet à Vanves, au centre Faidherbe, 94, rue de Charonne, et il ajoutait : « Tous ces déplacements en attendant mon départ sur le front ». Malato, alors naturalisé Français, eut soixante et un ans le 7 septembre 1918. Le 30 octobre, il se trouvait toujours à Paris.
Après la guerre, il collabora aux Temps Nouveaux et à Plus Loin, revue du Dr Pierrot. Devenu correcteur à la Chambre des Députés, il adhéra, le 1er janvier 1928, au syndicat des correcteurs. Il était par ailleurs affilié à la franc-maçonnerie.
Le journal Le Peuple publia, du 5 octobre 1937 au 29 mars 1938, les souvenirs de Malato, sous le titre « Mémoires d’un libertaire ».
Malato fut incinéré le 11 novembre 1938 au columbarium du Père-Lachaise. Aucun discours ne fut prononcé, mais son neveu lut une allocution rédigée par son oncle et qui se terminait ainsi : « Mourant en libertaire qui s’est toujours efforcé de marcher vers la réalisation de son idéal, je me permettrai de vous donner à vous, vivants, ce conseil : « Soyez bons, mais soyez forts... »

ŒUVRE : Collaboration à de nombreux journaux (les plus importants sont cités dans la biographie). De ses ouvrages, nombreux eux aussi, nous retiendrons : Philosophie de l’anarchie, Paris, 1889, 144 p., 3e édition, Paris, 1897 (Bibl. Nat. 8e R 14 638-16). — Révolution chrétienne et révolution sociale, Paris, 1891, 291 p. (Bibl. Nat. 8° R 10 364). — De la Commune à l’Anarchie, Paris, 1894, 2e édition, 296 p. (Bibl. Nat. 8° Lb 57/11 937). — Contes néo-calédoniens (auteur : Talamo), Paris, 1897, 64 p. (Bibl. Nat. 8° Y2/50 353). — La Grande Grève, Paris, 1905, 510 p. (Bibl. Nat. 8° Y2/55 236).

SOURCES : Arch. PPo. non versées. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste, op. cit. — Correspondance J. Grave, IFHS — L. Campion, Les Anarchistes et la FM, Marseille, 1969. — L’En-Dehors, n° 326, janvier 1939, article de J. Marestan.

Jean Maitron

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