PARSAL André, Paul, Baptiste [PUECH André dit]

Par Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier

Né le 26 novembre 1900 à Capestang (Hérault), mort le 18 janvier 1967 à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise) ; ouvrier agricole ; dirigeant de la Région languedocienne du Parti communiste, de la 29e Union régionale CGTU et du PC dans le Centre ; secrétaire général de la Fédération unitaire de l’agriculture (1933) puis de la Fédération nationale des travailleurs de l’agriculture CGT (1936), conseiller général (1935) puis député de la Seine (Saint-Maur, Créteil) (1936-1940) ; démissionnaire du PCF en janvier 1940, proche des milieux syndicalistes collaborateurs pendant l’Occupation (gérant d’un garage à Créteil) puis dirigeant de syndicats indépendants dans l’après-guerre.

Fils de Paul Puech, ouvrier agricole qui deviendra cultivateur, syndiqué depuis 1900, et de Marie Plegades, couturière de village, catholique demi-pratiquante, André Parsal naquit à proximité de Béziers. Il fit ses études à l’école primaire jusqu’à l’âge de treize ans et demi et commença à travailler en tant qu’ouvrier agricole à quatorze ans, il adhéra en 1919 au syndicat des ouvriers agricoles. Il accomplit son service militaire comme soldat de 2e classe dans les TEM en 1920 et séjourna à Toulon puis en Turquie. Il épousa le 3 août 1923 Raymonde Fabre, fille d’un ouvrier agricole et ouvrière agricole elle-même jusque 1926 puis femme de ménage.

Il adhéra au Parti communiste en juillet 1923 à Capestang (il affirma dans son autobiographie de 1933 ne pas connaître l’existence du parti avant cette date). Il faut de 1923 à 1925 trésorier puis secrétaire de cellule et correspondant local du journal du parti. Il participa en 1925 à sa première grève et fut membre des Comités du 1er mai. Il prit part à diverses manifestations contre la guerre du Maroc : il intervint à ce sujet, prenant la parole pour la première fois, au congrès de Béziers. De 1925 à avril 1926 il devint secrétaire de la région communiste languedocienne jusqu’au congrès de Lille (20-26 juin 1926). Il fut élu, en 1925, conseiller municipal de Capestang (dans le cadre d’une entente avec la SFIO) mais cette élection fut annulée car il ne possédait pas l’âge requis de vingt-cinq ans. Il fut condamné en décembre 1925, pour provocation de militaires à la désobéissance à la suite de son action contre les opérations militaires françaises au Maroc et en Syrie, à trois mois de prison qui furent portés à huit mois. Il ne purgea pas sa peine car il partit en URSS d’avril 1926 à août 1929. Il avait déjà été élève à l’école centrale du parti à Clichy en novembre 19285 avant de se rendre à Moscou à l’école léniniste internationale. Pendant ses trois années d’études il continua à militer comme membre du bureau de sa cellule, dirigeant de la commission d’agit-prop. et député au Soviet de Moscou (autobiographie de septembre 1932). Il développa son instruction politique, lisant Marx, Engels et « la moitié des œuvres de Lénine, en russe » précisait-il. Il lisait d’ailleurs assez régulièrement la Pravda de la Jeunesse dans cette langue.

De grande taille, les cheveux clairs et un regard mystérieux qui ne facilitait guère le contact, A. Parsal était, à son retour en France, un révolutionnaire professionnel même s’il fut employé de septembre 1929 à mars 1930 comme manœuvre d’un marbrier puis dans une imprimerie coopérative. Il est vrai qu’il vécut dix-huit mois dans l’illégalité jusqu’à la prescription de sa peine de 1925 ; c’est dans cette période qu’il prit son pseudonyme. Bien que clandestin il participa aux grèves des Métaux à la Ferté-Saint-Aubin en 1930 et à Chartres en 1931 ainsi qu’aux diverses manifestations du 1er mai, du 1er août 1929, des comités de chômeurs. Il fut ainsi arrêté par la police à Chartres en 1930 puis en mars et décembre 1931. Il s’échappa le 1er mai en prenant le train à contre voie. Membre du bureau puis secrétaire du rayon de Chartres il était par ailleurs au bureau régional de la région orléanaise du PC, chargé du travail syndical. La région comptait alors 722 adhérents répartis en huit rayons et un sous-rayon soit 47 cellules. Parsal commença à écrire dans son organe Le Travailleur dès le premier numéro (février 1930). Il portait régulièrement la contradiction dans les réunions de la SFIO en particulier à Queutal et Guilleux.
Devenu cadre politique instruit (il affirmait en 1932 qu’il lisait la presse nationale « adverse : bourgeoise, socialiste, trotskiste, minoritaire… » il fut apparemment chargé des règlements de compte ; il attaquait violemment, par exemple, Desnots dans les Cahiers du Bolchevisme de juin 1929, alors que ce dernier était pourtant un dirigeant de la section agraire du PC Il participa en mars 1932 au 7e congrès national de Paris.

En mars 1930, il fut élu secrétaire de la 29e Union régionale CGTU (Loiret, Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Cher) jusqu’en août 1932. Il la représenta au 6e congrès confédéral de novembre 1931.
Demeurant à Orléans, Parsal fut le candidat du PC aux élections législatives de mai 1932 dans la 1re circonscription d’Orléans et obtint 1 160 voix contre 2 966 à Léwy (SFIO), 8 585 à Jean Zay (rad.) et 11 084 à Berger (dém. pays.). Il maintint sa candidature au second tour et obtint 362 voix : Jean Zay fut élu. Condamné pour avoir refusé de payer une amende à la suite d’une manifestation communiste, Parsal fut arrêté au soir du 7 juillet 1932 et incarcéré à la maison d’arrêt. Cet emprisonnement suscita son remplacement par Nicot et mit fin à ses activités politiques dans l’Orléanais.

Parsal fut délégué au IVe congrès de la Fédération unitaire agricole (21-22 janvier 1933) en tant que secrétaire du syndicat régional unitaire d’Avesnes-lez-Aubert (Nord) qui regroupait les saisonniers agricoles du Cambrésis. Le débat portant sur le transfert du siège national de La Guerche (Cher) à Paris, vingt syndicats contre quinze votèrent dans ce sens. Le secrétaire général, Jules Bornet (voirce nom) se déclara dans l’incapacité de s’installer dans la capitale : Parsal fut alors désigné pour lui succéder.

Comme secrétaire national de la Fédération unitaire de l’agriculture, il participa aux 7e et 8e congrès nationaux de la CGTU en septembre 1933 (où il entra à la commission exécutive) et septembre 1935 et il fut délégué au congrès d’unification de Toulouse de mars 1936. Il avait été désigné comme secrétaire général en tant que « viticulteur » au congrès d’unification des syndicats agricoles rassemblant à Narbonne (29 février-1er mars 1936) quatre-vingt-dix-huit syndicats (soixante-douze unitaires, vingt-quatre confédérés et deux réunifiés). Il avait à ses côtés deux agriculteurs : Chaussy, secrétaire adjoint, et Rius, secrétaire administratif (voirces noms).
A son arrivée dans la Région parisienne, il avait été affecté à la cellule de Maisons-Alfort. Il fut délégué, à titre auditif, aux 8e , 9e et 10e plenums et au 6e congrès mondial de l’Internationale communiste. Membre de la commission agraire centrale du parti, il participa à deux conférences nationales.

Candidat aux élections législatives dans la 4e circonscription de Sceaux (Saint-Maur, Créteil), Parsal obtint 7 240 voix (31,2 % des inscrits) à l’issue du 1er tour le 26 avril 1936. Il fut élu député au second tour avec 10 564 voix (45,5 %) et battit l’ex-ministre des Finances sortant, Chéron. Il intervint fréquemment à la Chambre en faveur des ouvriers agricoles et à propos des conflits du travail. Au congrès national extraordinaire de Paris (24-25 janvier 1937) considéré comme le VIIe de la Fédération nationale des travailleurs de l’agriculture, les effectifs de la Fédération étaient passés à 2 000 syndicats et avaient été multipliés par 13 : ses membres étaient 180 000, soit 26 fois plus. Parsal en demeura secrétaire général, de concert avec ses deux adjoints et Guillon (bûcheron) qui prenait la place de 3e secrétaire adjoint. A l’occasion du VIIIe congrès de la FNTA (Saint-Quentin, 17-19 février 1939), Parsal conserva son poste de secrétaire général, Chaussy, Rius et Guillon devinrent secrétaires fédéraux.

Parsal partit au onzième jour de la mobilisation générale, début septembre 1939, à la 4e compagnie du train 15, dans le secteur d’Orange. Le 2 octobre il adhéra au Groupe ouvrier et paysan français, forme reconstituée du groupe parlementaire du PCF, dissous le 26 septembre. Interrogé par le capitaine de Moissac, magistrat militaire instructeur du procès des députés communistes (voir Arthur Ramette et Florimont Bonte), Parsal ne se désolidarisa pas de ses camarades. Il ne manifesta ses désaccords avec le PCF qu’après l’incident provoqué par le geste de quatre députés communistes permissionnaires, au Palais-Bourbon, le 9 janvier 1940 (en l’occurrence Fernand Grenier, Raymond Guyot, André Mercier et Charles Michels), et adopta l’attitude de cinq autre députés, démissionnaires de fait : Roger Benenson, Sulpice Dewez,Maurice Honel, Adrien Langumier et Darius Le Corre. Parsal intervint longuement à la Chambre à propos de la rupture de certains élus communistes avec leur parti. Il n’en fut pas moins déchu de ses mandats électifs par arrêté préfectoral du 23 février 1940 pour ne pas avoir « répudié catégoriquement » son appartenance au PC mais bénéficia du sursis le 3 avril 1940, à l’issue du procès dit « des 44 » auquel il comparaissait en tant que prévenu libre. Ce sursis fut également accordé à Marcel Brout et Marius Vazeilles, autres « renégats pusillanimes vautrés dans la peur et la lâcheté » selon Florimond Bonte.

Dans le sillage de Marcel Gitton, Parsal signa la Première puis la Deuxième lettre ouverte aux ouvriers communistes rédigée par Marcel Capron. Il participa en juin 1942 à la création du Comité d’information ouvrière et sociale (CIOS) chargé de la propagande pour la relève en zone occupée. Il aurait été employé comme secrétaire au Cri du peuple de [Jacques Doriot, ce qu’il a plus tard démenti : le fait est qu’il écrivit dans ce quotidien dès le 19 novembre 1940 jusqu’à ce que l’équipe du Parti ouvrier et paysan français (POPF) rompît avec Doriot. Il lui donna encore une courte interview à l’occasion du 1er Mai 1942 et manifesta sa sympathie au journal après la mort de l’un de ses rédacteurs, Albert Clément, le 8 juin 1942.

Parsal avait la responsabilité d’un garage, à Créteil. Il fit partie d’une délégation des membres du CIPO auprès de Laval le 16 juin 1942. Il intervint encore au CIOS le 24 janvier 1944. Parsal figurait sur la liste noire des « espions, traîtres » publiée par le PCF en 1944 en tant qu’organisateur de « l’officine hitlérienne dite POPF ». Condamné à mort par les militants de son ex-parti, il échappa de peu par trois fois à une exécution sommaire, notamment à l’occasion d’une visite à Capestang.

Parsal fut arrêté à la Libération et son garage fut mis à sac : il séjourna huit mois à la Conciergerie puis quatre mois à la prison de Fresnes. Il fut exclu à vie de toutes les organisations syndicales le 18 octobre 1944 et son élargissement souleva, au printemps 1946, une vive polémique par voie d’affiches et de libelles dans sa localité. Les tracts Explications nécessaires qu’il publia en réponse permettent d’éclaircir quelques aspects de son attitude durant la guerre.
Parsal fut condamné à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens, le 8 avril 1948, à l’occasion du procès devant la chambre civique de Paris des membres de l’ex-POPF. Il entra peu après dans l’aventure des « syndicats indépendants » anticommunistes inspirés par René Belin et financés par Georges Albertini puis, en conflit avec leur principal dirigeant, Sulpice Dewez, fonda en 1954 une centrale rivale et éphémère, la CFSI.

C’était le terme de cette étrange destinée politique. Parsal se retira alors à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise) et vécut de l’exploitation d’une auto-école. Il mourut dans cette ville le 18 janvier 1967.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75047, notice PARSAL André, Paul, Baptiste [PUECH André dit] par Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 octobre 2009, dernière modification le 9 novembre 2015.

Par Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13082 et 13129 (Loiret). — Arch. Dép. Loiret, 2 M 106. — Arch. Dép. Nord, M 149/86. — Arch. Com. Créteil. — Le Travailleur du Languedoc, 1925-1936. — Le Paysan, 14 juillet 1936. — Bulletin du CIOS, avril 1944. — Le Monde, 9 avril 1948. — Explications nécessaires et explications n° 2, tracts publiés à Créteil en 1946. — Ph. Gratton, Les Paysans français contre l’agrairisme, op. cit.. — Fl. Bonte, Le Chemin de l’honneur, Éditions sociales, 1970. — Notes de Jean Sagnes. — Témoignages d’A. Carpentier et H. Galinier. — Archives RGASPI, Moscou, 495 270 908 (questionnaire du 16 août 1930, autobiographies des 19 septembre 1932 et 27 septembre 1933.

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