LUC Louis

Par Claude Pennetier

Né le 22 juillet 1927 à Saint-Bonnet-l’Enfantier (Corrèze), mort le 12 juillet 1996 à Piana (Corse-du-Sud) ; journaliste parlementaire ; militant communiste ; maire de Choisy-le-Roi (Seine, Val-de-Marne) de 1979 à 1996.

Louis Luc à Choisy-le-Roi
Louis Luc à Choisy-le-Roi
[Louis Luc, une pensée libre, op. cit.]

Fils de Henri Luc, employé de chemin de fer et de Antoinette née Soulier, ménagère, tous deux originaires de Saint-Bonnet-l’Enfantier, domiciliés à Choisy-le-Roi (rue Chevreul), Louis Luc fut élevé dans cette ville de la banlieue sud, quartier des Gondoles. Son père était militant communiste.

Membre du Parti communiste depuis 1943, résistant à quinze ans, Louis Luc fut télégraphiste à Paris et militant communiste de Choisy-le-Roi. « On était une bande. Tous frappés qu’il n’y ait rien à manger. Tous choqués qu’un vieux toubib choisyen [Maurice Gulmann, futur maire adjoint] qu’on adorait se balade avec l’étoile jaune. On se réunissait au bord de la Seine [...] on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose contre les Boches ». Il faisait partie d’une bande de jeunes qui distribuaient des tracts, vendaient l’Humanité, écrivaient des slogans sur les murs et les routes, tiraient des tracts clandestins, faisaient le guet ou abattaient des poteaux électriques. Il participa à la grande manifestation des cheminots de Vitry (Seine, Val-de-Marne) le 14 juillet 1944. Il ne dut d’avoir échappé au martyr des treize fusillés de Congis qu’au hasard, le responsable des résistants lui ayant demandé d’aller chercher des brassards de FFI. Lorsqu’il revint, les Allemands avaient investi le pavillon sur les bords de Seine d’où ils devaient partir pour effectuer une mission.

Après la Libération, il aurait pu devenir un dirigeant de l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) mais, outre sa préférence pour l’appellation Jeunesses communistes de ce mouvement, il fit le choix de se consacrer au PCF. Il fut membre du comité de rédaction du Travailleur où il rencontra Maurice Thorez. Celui-ci habitant à Choisy-le-Roi, avenue de Versailles, ayant repéré dans les débats des jeunes communistes ce jeune homme « bouillant », l’appela dans son cabinet ministériel comme attaché de presse. Louis Luc avait moins de vingt ans. Devenu journaliste à Ce Soir, le quotidien dirigé par Louis Aragon, il rejoignit l’Humanité où il travailla au service politique avec Jean Lagadec et Georges Bouvard, sous la direction de Laurent Salini. Il suivait particulièrement la vie parlementaire.

Louis Luc se maria le 9 avril 1955, à Saint-Étienne, avec Hélène Del Cucina, native de la Loire, qui joua un rôle politique important sous le nom d’Hélène Luc. Le couple eut deux enfants.

Selon Hélène Luc, Louis Luc aurait été candidat à une élection municipale en dernière position d’une liste dirigée par Marcel Cachin*, secondé par Alfred Lebidon qui devint maire. Ce semble être celle d’avril 1945, mais Louis Luc n’avait que dix-huit ans. Il aurait été élu contre toute attente, et invalidé en raison de son âge car il n’apparaît pas sur les documents officiels. S’agit-il de la liste des élections municipales d’octobre 1947 dirigée par Alfred Lebidon, maire sortant. Louis Luc, âgé de vingt ans, ne serait toujours pas en âge d’être candidat.

Louis Luc fut élu conseiller municipal communiste le 26 avril 1953, minoritaire dans les municipalités David Marcel puis Henri Sergent. Réélu à l’issue du scrutin du 4 février 1962 et le 14 mars 1965, encouragé par Waldeck Rochet, comme premier adjoint supplémentaire le 6 avril 1965 de Fernand Dupuy.

Louis Luc élu maire le 27 octobre 1979, prenant le relais de Fernand Dupuy, resta en fonction jusqu’à son décès d’un accident cardiaque en 1996 pendant ses vacances en Corse.

Très proche de la direction du PCF, d’abord de Maurice Thorez, puis de Waldeck Rochet qui confia à ce journaliste parlementaire des missions de contact avec la gauche non-communiste au milieu des années soixante. Avec Jules Borker, Louis Luc participa à des rencontres au domicile de François Mitterrand qui aboutirent à la candidature unique à l’élection présidentielle de 1965. Le président de la République s’en souvint lorsque, le 15 mars 1984, il lui remit personnellement la Légion d’honneur.

Intéressé par les questions d’urbanisme, il tenta de contrecarrer le programme de construction de tours, notamment en créant la ZAC du Port.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, il aspirait à un renouveau du Parti communiste sur des bases nouvelles et, comme son premier adjoint et successeur Daniel Davisse, il observait avec sympathie les analyses d’alors de Charles Fiterman.

Ses obsèques eurent lieu à Choisy-le-Roi en présence d’une foule impressionnante. Sa popularité allait bien au-delà des militants et sympathisants communistes comme socialistes. Une Association Louis-Luc, pour l’histoire et la mémoire de Choisy-le-Roi, perpétue son souvenir.

Louis Luc avait le goût du récit, de la parole. Il aimait, dit Charles Sylvestre, « le verbe, les notes dictées au téléphone, cette sorte de direct avec le lecteur, plus que la dure page blanche ». Son ami, le dirigeant corse Albert Ferracci, rencontré régulièrement pendant ses passages à Piana, écrit : « Les premiers temps, sa lucidité m’effrayait quelque peu. Le militant provincial que j’étais, loin des sommets, élevé dans le culte de la hiérarchie, restait rétif à la désacralisation. Louis, ennemi de la langue de bois, savait toutefois ne pas aller trop loin. D’autant que la critique des hommes, l’ironie qui lui tenait lieu de cuirasse, n’allaient jamais sans tendresse ». Michel Cardoze témoigne aussi : « Il avait une liberté de langage vis-à-vis des dirigeants qui me ravissait et me faisait passer une espèce de frisson ». Beaucoup gardent le souvenir du pétillement malicieux de son regard et de la vivacité de ses commentaires comme de son questionnement incisif. Il soutint le revue Futurs qui préconisait « une révolution interne à la culture communiste : accepter véritablement les différences politiques au sein du parti. » Il resta membre du Parti communiste jusqu’à son décès.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74976, notice LUC Louis par Claude Pennetier, version mise en ligne le 22 octobre 2009, dernière modification le 26 avril 2013.

Par Claude Pennetier

Louis Luc à Choisy-le-Roi
Louis Luc à Choisy-le-Roi
[Louis Luc, une pensée libre, op. cit.]
Louis Luc dictant au téléphone un article pour <em>l’Humanité</em>
Louis Luc dictant au téléphone un article pour l’Humanité
Louis et Hélène Luc
Louis et Hélène Luc
Louis Luc. Une pensée libre, op. cit.

SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, 1 Mi 2426. — Renseignements communiqués par François Robichon. — L’Humanité, 13 juillet 1996. — Deux Choisyens et l’Humanité, Marcel Cachin, Louis Luc, catalogue de l’Exposition présentée en avril 2004 à Choisy-le-Roi. — Louis Luc, Une pensée libre, brochure publiée par la Ville de Choisy-le-Roi, 1997. — Notes et témoignage d’Hélène Luc.

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