HUSSON Maurice, Gabriel

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 9 octobre 1884 à Nantes (Loire-Inférieure), mort le 28 avril 1975 à Troyes (Aube) ; professeur agrégé d’allemand ; militant syndicaliste ; militant communiste dans la Seine.

Son père, officier de cavalerie (chef d’escadron au 18e chasseurs à cheval), mourut peu après sa retraite, laissant cinq jeunes enfants à la charge d’une veuve sans fortune. Maurice Husson fut donc élevé dans un milieu de la petite bourgeoisie mais dans la pauvreté. Il fréquenta pendant plusieurs années l’école des Frères de la Doctrine chrétienne à Troyes (Aube) puis entra au lycée de Nancy où il obtint le baccalauréat en 1902. Il devint athée. Admissible à l’écrit du concours de l’École de Saint-Cyr, il renonça, selon son témoignage, à se présenter à l’oral, affirmant ainsi son refus « de servir dans une armée aux ordres du capital ». Les réactions lors de l’affaire Dreyfus étaient pour beaucoup dans cet état d’esprit. Il effectua son service militaire en 1905.

Husson suivit avec sympathie la vie du mouvement socialiste mais ne le rejoignit qu’au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il devint répétiteur et maître d’internat aux lycées de Bar-le-Duc (1904), de Troyes (1905), à l’école primaire supérieure d’Angers (1906-1907). Il se mit en congé de 1907 à 1912 pour suivre les cours de la Faculté des Lettres de Nancy où il obtint la licence (1910) et un diplôme d’études supérieures en allemand (1912) après avoir été pendant une année assistant en Allemagne et avoir enseigné dans une école professionnelle allemande. En 1912, il reprit un poste de répétiteur au collège de Verdun puis de Nancy. Boursier en 1913-1914, il prépara l’agrégation d’allemand et l’obtint en 1914.

Pendant la Première Guerre mondiale, mobilisé d’août 1914 à novembre 1919, lieutenant chasseur à pied sur le front, Husson fut blessé à plusieurs reprises et eut une audition diminuée avec des tympans touchés.

Reprenant la vie active, Husson fut nommé au lycée d’Avignon (Vaucluse) et finalement affecté au lycée de Douai (Nord) où il resta de 1919 à 1926 avant d’obtenir sa mutation pour le lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine en 1926 où il resta jusqu’en 1945.

La section socialiste de Douai reçut son adhésion en 1919, après sa démobilisation : « l’esprit nouveau des combattants socialistes de retour dans leurs foyers me rendit espoir » écrivit-il. Elle était « dirigée par un avocat et se composait de petits bourgeois et de quelques mineurs qu’un sentiment d’infériorité tenait un peu à l’écart et empêchait d’intervenir dans la discussion ». Pour pallier cette situation, il organisait tous les samedis soir, dans un coron de Dorignies, des réunions où les ouvriers débattaient autour de livres et de textes. Le dimanche matin, il tenait, dans un estaminet de Douai, une petite bibliothèque populaire et faisait des conférences sur des thèmes historiques ou politiques. Il présenta, à la section de Douai, la motion d’adhésion à la IIIe Internationale, adoptée à l’unanimité moins une voix. Il appartint donc au Parti communiste dès sa création. Il présidait la section de Douai de la Ligue des droits de l’Homme. À ce titre, il parla dans un grand meeting contre l’intervention des alliés en Russie et organisa une collecte pour les affamés de Russie. On ignore ses premières réactions aux décisions du IVe congrès de l’Internationale communiste (novembre-décembre 1922) qui demandaient aux communistes français de quitter les organisations « bourgeoises » comme la Ligue des droits de l’Homme et la Franc-maçonnerie. En 1925, il condamna l’inertie de la LDH dans la lutte contre la guerre du Maroc. Empêché d’intervenir lors d’un congrès fédéral du Nord, il démissionna de la Ligue le 10 octobre 1925. Il présidait également l’Amicale des professeurs de Douai en tentant d’y développer l’esprit syndicaliste.

Après 1926, Husson participa au congrès qui transforma les Amicales en Syndicat national des professeurs de lycée. Dans le même temps, la Fédération unitaire de l’Enseignement reçut son adhésion et le nomma bientôt secrétaire corporatif pour le second degré. Au congrès fédéral de Paris (août 1928), il s’opposa aux dirigeants de la majorité fédérale en conflit avec le Parti communiste et aux militants de la Ligue syndicaliste. Une de ses interruptions pendant l’intervention de Georges Thomas* provoqua un incident suivi d’une suspension de séance. Il fut élu au bureau fédéral comme responsable des 2e et 3e degrés. Il présenta un rapport « contre la duperie de l’École unique en régime capitaliste » au congrès de Besançon en août 1929. L’année suivante, à Marseille, il mena sans succès l’offensive de la Minorité oppositionnelle révolutionnaire (MOR) contre la majorité fédérale. Il siégeait au Comité des professeurs dont le communiste Jean Bruhat assurait le secrétariat général et il dirigeait L’Université syndicaliste depuis octobre 1929. Au congrès fédéral de Reims (août 1933), on lui confia la traduction du discours de la dirigeante communiste allemande Maria Reese. L’Université syndicaliste continua à paraître après la fusion de 1935, en consacrant une partie de ses colonnes au combat contre le courant pacifiste. Le 30 novembre 1938, Husson fut le seul professeur du lycée Pasteur à répondre à l’ordre de grève contre les décrets-lois. Cette attitude lui valut une retenue de huit jours sur son traitement.

Militant communiste de Neuilly-sur-Seine, Husson avait été chargé dès 1926 de diriger une école élémentaire de formation. Le proviseur du lycée Pasteur notait dans un rapport en 1930 : « malgré les attaques dont il a été l’objet dans la presse, son enseignement n’a jamais donné prise à la critique et il ne s’est jamais départi de la neutralité nécessaire ».

Husson participa, en 1932, à la création de l’Université ouvrière de Paris où il assura un cours d’allemand. La police signale qu’en 1930 il avait accepté d’être gérant du journal Kuo-Ming, organe de la Confédération du Kuomintang en Europe (Arch. PPo. 304).

Pendant l’été 1939, les professeurs qui possédaient une résidence secondaire furent invités à se faire muter en province. Husson s’installa donc à Charny-le-Bachot (Aube) et exerça à Troyes jusqu’à l’invasion allemande de juin 1940. Il reprit son service au lycée Pasteur à la rentrée scolaire de 1940. Contacté en 1941 pour participer à la création du Front national universitaire, il collabora à L’Université libre, diffusa des tracts et organisa des collectes de fonds pour les prisonniers. La police arrêta en février 1942 Jacques Solomon* qui représentait auprès de lui la direction du mouvement. André Voguet* assura alors la liaison. Le 25 mars 1943, au retour d’un rendez-vous avec ce dernier, il trouva deux inspecteurs de la police française à son domicile. Il fut emprisonné à la Santé jusqu’à son procès devant le tribunal d’État, le 6 juin 1944. Assurant lui-même sa défense, il prononça un véritable réquisitoire contre le gouvernement de Vichy qui fut diffusé à Paris sous forme de tract. Le tribunal ne prit contre lui qu’une mesure d’internement administratif. On le transféra du Centre d’internement des Tourelles au camp d’Écrouves (Meurthe-et-Moselle) près de Toul. Suspendu de ses fonctions, à partir du 26 mars 1943 avec privation totale de traitement, il fut réintégré à la Libération au lycée Pasteur.

En octobre 1944, Husson présidait le bureau provisoire des membres de l’enseignement des cinq régions parisiennes du Parti communiste français. Il fut le vice-président de la section des déportés de Neuilly et, à partir d’octobre 1947, conseiller municipal communiste. En retraite à Charny-le-Bachot, il participa jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans à la vie de la fédération communiste de l’Aube qu’il représenta aux élections cantonales de Méry-sur-Seine en 1958 (sur 5 044 inscrits, 531 voix), en 1961 (après la démission du conseiller général), en 1964. Secrétaire de la section communiste du bourg de Plancy, il diffusait régulièrement l’Humanité Dimanche. Membre de la présidence du comité départemental du Mouvement de la paix, il était administrateur de son organe L’Aube pour la Paix.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74973, notice HUSSON Maurice, Gabriel par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 22 octobre 2009, dernière modification le 21 novembre 2009.

Par Jacques Girault, Jean Maitron, Claude Pennetier

OEUVRE : Traduction avec G. Badia de Contribution à la critique de l’économie politique de Karl Marx, Paris, Éditions sociales, 1957 et 1972. – « De l’école des frères au marxisme militant », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 2, juillet-septembre 1966.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13744, Douai le 25 octobre 1920, F17/ 25137. — Arch. PPo. 304. — Archives du comité national du PCF. — Témoignage écrit, 27 janvier 1973, 17 p. — L’Humanité, 5 et 7 mai 1975. — Les Semailles, bulletin officiel du syndicat de l’enseignement laïque de la Seine, novembre-décembre 1928. — Lisette Calderan et Catherine Zoukerman, Le Syndicalisme de l’enseignement secondaire entre les deux guerres à travers deux syndicats de catégorie : les répétiteurs, les maîtres d’internat, Mémoire de Maîtrise, op. cit. — G. Cogniot Parti pris, op. cit. — Paul Delanoue, Les Enseignants, op. cit. — F. Bernard, L. Bouët, M. Dommanget, G. Serret, Le Syndicalisme dans l’Enseignement : Histoire de la Fédération de l’enseignement, op. cit., t. 3. – A. Dalançon, Histoire du SNES. Plus d’un siècle du mûrissement des années 1840 à 1966-1967, t. 1, Paris, SNES-IRHSES, 2003. — Renseignements communiqués par la mairie de Charny-le-Bachot.

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