GUY Amédée [GUY Joseph, Amédée]

Par Justinien Raymond

Né le 20 mars 1882 à Bonneville (Haute-Savoie), mort le 16 novembre 1957 à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) ; médecin biologiste longtemps chef de service à l’Institut du cancer de Villejuif (Seine, Val-de-Marne) ; militant socialiste SFIO de Haute-Savoie ; conseiller général, député (1936-1942), membre de la première Assemblée nationale constituante (1945-1946), membre du Conseil de la République (1946-1948).

[Arch. OURS]

Issu d’une famille de notables de la province savoyarde du Faucigny illustrée notamment par le docteur Firmin Guy, syndic de Cluses et fondateur de l’école nationale d’horlogerie de cette cité, Amédée Guy était le fils de Jules Guy, professeur de dessin et architecte qui fut longtemps maire et conseiller général républicain de Bonneville. Après de solides études secondaires au collège de sa ville natale, Amédée Guy poursuivit de brillantes études scientifiques et médicales à Paris, en étant surveillant d’internat à l’école Jean-Baptiste-Say.

Après avoir failli s’installer à Samoëns, le Dr Amédée Guy opta pour la recherche scientifique. Il consacra ses premiers travaux à l’hygiène des nourrissons et des enfants abandonnés de la Ville de Paris, puis s’occupa de la lutte sociale et scientifique contre la tuberculose. Chargé de cours de bactériologie à la faculté de médecine de Paris, il fut détaché en Espagne, à Saint-Jacques-de-Compostelle, en 1928, pour organiser le même enseignement dans les facultés espagnoles. De retour en France, il fut nommé chef de service de séro-bactériologie à l’Institut du cancer de la Faculté de médecine de Paris, à Villejuif. Après avoir été le collaborateur estimé du professeur Marfan aux Enfants malades, il devint l’ami et le collaborateur de Gustave Roussy dont l’établissement de Villejuif porte aujourd’hui le nom.

Né dans une famille de forte tradition républicaine et de pensée libre, mis, par ses fonctions, au contact des misères humaines engendrées par la maladie mais aussi par la société, Amédée Guy adhéra, peu après l’unité de 1905, au Parti socialiste SFIO et appartint jusqu’en 1932 à la 13e section de la Fédération de la Seine, puis à la section de Bonneville. De formation scientifique, bon connaisseur du marxisme, Amédée Guy était un socialiste de doctrine, ennemi de toutes compromissions. La guerre qu’il fit au front, où il moissonna nombre de citations et la Légion d’honneur, dans une unité d’infanterie comme médecin-major, puis comme animateur de la détection et de l’analyse des gaz asphyxiants, vint encore raffermir ses convictions.

Dans l’entre-deux-guerres, il se rangea toujours parmi les adversaires de la participation socialiste à un gouvernement « bourgeois ». Il se montra toujours favorable à l’unité d’action avec le Parti communiste et présida longtemps la Fédération savoyarde des « Amis de l’Union soviétique », au temps où les rapports entre le Parti socialiste et le Parti communiste n’étaient pas très chauds. En 1935, il fit un long voyage d’études en URSS en compagnie d’autres médecins. Il était aussi le président et l’animateur de l’organisme d’études et de propositions qui, au sein du Parti socialiste, groupait les médecins et les autres professions intéressées à la santé publique. En 1937, les autorités allemandes, en l’espèce le ministre des Affaires étrangères von Neurath, donnèrent l’autorisation d’enquêter sur le sort du leader communiste détenu Thaelmann : Amédée Guy participa à cette mission.

Alors qu’il avait décliné la candidature aux élections législatives que lui offrit en 1928 la fédération socialiste de la Haute-Savoie pour accomplir sa mission en Espagne, Amédée Guy accepta en 1932 d’être son porte-drapeau dans l’arrondissement de Bonneville. Après une belle campagne d’idées, il connut un succès surprenant. Là où le candidat socialiste de 1928 avait obtenu 684 voix, il en rassemblait 4 874. Le député sortant de droite, Félix Braise, était, de justesse, réélu au premier tour. Les sections socialistes du Faucigny se prirent à espérer et Amédée Guy poursuivit son action. Souvent chargé du secrétariat de la fédération socialiste de Haute-Savoie, de la direction du Socialiste savoyard, Guy paraissait à tous les congrès fédéraux et aux congrès nationaux du Parti socialiste. Il entra au conseil municipal de Bonneville à la faveur d’une crise municipale en novembre 1932 et y mena un combat qui eut des échos dans tout l’arrondissement. En mai 1935, il fut battu de justesse par une coalition allant de la droite aux radicaux. En octobre 1934, il échoua devant les mêmes forces au conseil général dans le canton de Cluses. Un an plus tard, il obtint 86 voix aux élections sénatoriales.

Le succès vint en 1936. À nouveau candidat socialiste, Amédée Guy retrouva son audience de 1932 avec 4 727 voix qui le plaçaient en tête des candidats du Front populaire devant les candidats radical (3 245 voix) et communiste (762 voix). Mais le candidat de droite, René Richard, étranger à la région, fortement marqué par son appartenance aux « Jeunesses Patriotes », avec 8 240 voix (40,6 % des inscrits) ne manquait le succès au premier tour que de 248 voix, tandis que les trois autres arrondissements du département élisaient trois adversaires du Front populaire. La Haute-Savoie votait à contre-courant et esquissait vers la droite une évolution poursuivie depuis. La gauche fit front dans le Faucigny et, au second tour, Amédée Guy l’emporta avec 9 002 voix contre 8 868. Membre de la commission de la Santé publique, il se pencha surtout, au Parlement, sur les problèmes de sa compétence et fut plusieurs fois rapporteur du budget de la Santé. Lorsque la situation internationale s’assombrit et que le Parti socialiste SFIO et son groupe parlementaire se divisèrent sur l’attitude à adopter en face des agressions hitlériennes, Amédée Guy se rangea parmi les adversaires du compromis. Sous la direction de Georges Monnet*, il formait avec Pierre Brossolette*, Daniel Mayer*, Léo Lagrange*, Pierre Viénot, Georges Izard* et Pierre Bloch*, le comité de direction de l’hebdomadaire Agir qui défendait au sein du Parti socialiste la politique de fermeté et de résistance. Avec ses collègues députés socialistes, Pierre Bloch, Élie Bloncourt*, Paul Campargue, Lagrosillière, Léo Lagrange*, Louis Sibué, Jean Bouhey, il décida de refuser les accords de Munich. Seule la discipline du groupe socialiste, reprenant ces votes à la Questure, donna sa voix à la ratification de ces accords qu’il condamnait. La guerre, la défaite, l’Occupation le trouvèrent aussi ferme. Il compta au nombre des 80 parlementaires qui, à Vichy, le 10 juillet 1940, refusèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il le paya de la résidence forcée à Thônes puis à Cruseilles. Prévenu par des policiers résistants d’une imminente arrestation, il tenta de gagner la Suisse, fut arrêté par la police italienne d’occupation, enfermé en forteresse à Impéria puis au camp d’Embrun où la capitulation de l’Italie le libéra mais le plaça sous la menace des forces allemandes. Aidé par une résistance alors bien organisée, il passa en Suisse et séjourna à Genève jusqu’à la libération du territoire savoyard.

Membre du comité départemental de Libération, Amédée Guy fut conseiller général du canton de Saint-Gervais-les-Bains de 1945 à 1949, élu comme candidat du Parti socialiste et du Parti communiste, par 1 900 voix sur 4 967 inscrits et 2 983 votants. Élu à la première Assemblée constituante en 1945, il perdit son siège en 1946 pour la seconde Constituante. La même année, sur proposition du groupe parlementaire socialiste, il fut désigné parmi les membres cooptés du Conseil de la République. Il siégea au Palais du Luxembourg jusqu’en 1948 et il y présida la commission de la Santé publique.

Ayant quitté le Parti socialiste dont il désapprouvait l’orientation vers la constitution d’une « troisième force », Amédée Guy renonça à la vie politique, se consacra à la vie de l’Association départementale des déportés et internés résistants et patriotes de la Haute-Savoie, à l’école de la petite commune de Lully dont il était le délégué cantonal et au cabinet de médecin biologiste qu’il avait ouvert à Thonon.

C’est là qu’il mourut à l’âge de soixante-quinze ans et, après avoir été incinéré selon sa volonté, fut enterré sans aucune pompe à Bonneville.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74729, notice GUY Amédée [GUY Joseph, Amédée] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 13 octobre 2009, dernière modification le 10 octobre 2011.

Par Justinien Raymond

[Arch. OURS]
[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
[Sénat]

ŒUVRE : À l’exclusion de ses écrits et collaborations scientifiques, nous ne retenons que sa collaboration politique au Socialiste savoyard, Agir, au Mutilé alpin.

SOURCES : Arch. Assemblée nationale, dossier biographique et documents électoraux. — Journaux cités à Œuvre. — Articles nécrologiques dans la presse locale et notamment dans Le Dauphiné libéré, 23 novembre 1957. — « Les Socialistes et l’accord de Munich », note de Pierre Bloch* in Le Monde, 2 octobre 1968. — Arch. du Dr Amédée Guy restées en nos mains et souvenirs personnels.

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