VERMEERSCH Jeannette [VERMEERSCH Julie, Marie, dite Jeannette, épouse THOREZ Jeannette]

Par Serge Wolikow

Née le 26 novembre 1910 à Lille (Nord), morte le 5 novembre 2001 à Callian (Var) ; ouvrière du Textile ; militante de la CGTU, dirigeante des Jeunesses communistes puis de l’Union des jeunes filles de France ; membre du comité central du PCF et du bureau politique après la Seconde Guerre mondiale ; députée (1945-1958) puis sénatrice (1959-1968) de la Seine.

Jeannette Vermeersch dans les années 1940
Jeannette Vermeersch dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fille d’une ouvrière du textile et d’un docker, Jeannette Vermeersch eut huit frères et sœurs plus âgés qu’elle et dut travailler très jeune. Elle fit des ménages et devient servante dès onze ans. A treize ans, elle entra à l’usine la Madeleine dans la banlieue de Lille où elle travailla sur les métiers à tisser.

En 1927 et 1928, Jeannette Vermeersch participa à ses premières grèves, appartint au comité de grève et adhéra à la CGTU ainsi qu’à la Jeunesse communiste. Organisatrice d’un groupe de jeunes communistes dans son entreprise, elle bénéficia des conseils et de l’aide de Martha Desrumeaux*. Devenue membre du bureau des Jeunesses communistes du Nord, elle fut désignée pour faire partie d’une délégation ouvrière en URSS, à l’occasion du 12e anniversaire de la révolution.

Jeannette Vermeersch arriva en URSS en pleine période de collectivisation de l’agriculture et d’industrialisation accélérée. Mais pour cette jeune ouvrière dont la vie avait été jusqu’alors très dure, la misère ne fut pas ce qui la frappa le plus. La rencontre avec la vie soviétique fut une « sorte de libération » : d’ailleurs tout en mangeant du pain noir elle grossit de neuf kilos ! Elle fut de toutes les délégations qui visitèrent les usines de textile. Sans travail et en mauvais terme avec sa famille, elle resta plusieurs mois en URSS où elle travailla à l’Internationale syndicale rouge. Elle vit arriver Maurice Thorez qui, sorti de prison, venait assister au XVIe congrès du PCUS et rencontrer les dirigeants du Komintern.

Rentrée en France en juillet 1930 Jeannette Vermeersch devint, outre ses responsabilités syndicales dans le Nord, membre de la direction nationale des jeunes syndiquées de la CGTU puis du secrétariat de la Jeunesse communiste du Nord. A ce titre elle suivit les grèves du textile dans le Nord et le Sud-Est. Lors de la longue grève de Vienne (Isère), elle fut envoyée sur place et y demeura d’avril à juin 1932. Aux côtés de Gaston Monmousseau* et Claudius Richetta* elle expliqua la nécessité de la reprise du travail après une longue grève.

La participation de cette jeune militante de 22 ans à l’École du parti indique l’intérêt que lui porta la direction. Elle reconnut « n’avoir pas compris grand chose à ce moment-là à tout ce qu’on m’a enseigné ». Jeannette Vermeersch devint membre de la direction nationale de la JC cette même année lors de son VIIe congrès à Montigny-en-Gohelle qui adopta une nouvelle orientation caractérisée notamment par la nécessité, selon Maurice Thorez, de « rompre avec l’avant-gardisme » au profit d’une activité présentant « un caractère vraiment jeune ». Cette politique s’inscrivait dans la ligne nouvelle du PC qui, avec l’appui de l’IC, décidait de privilégier l’attention aux revendications et d’envisager des actions communes avec les organisations socialistes. Jeannette Vermeersch participa à cette orientation encouragée un temps par l’IC puisqu’elle fut, au début de 1933, associée à une rencontre entre les jeunes de « l’Action socialiste » et des dirigeants de l’Internationale communiste des jeunes. Cependant, dès juillet 1933, la direction de JC fut critiquée par l’IC pour son opportunisme dont la responsabilité fut attribué à l’action de Georges Charrière* qui aurait mis au premier plan la distraction et non l’organisation de la lutte. En fait, il fut reproché à la JC d’avoir engagé des pourparlers publics avec les Jeunesses socialistes et pupistes taxées de trotskysme.

Ultérieurement Jeannette Vermeersch indiqua qu’elle n’avait pas « compris ce qui arrivait. Nous avons été transformés en adversaires de la ligne de l’ICJ et accusés d’avoir mis un fossé opportuniste entre nous et la jeunesse » (Varin). Elle se plaça ainsi rétrospectivement du côté de ceux qui avaient été critiqués pour leurs initiatives unitaires.
En août 1933, Jeannette Vermeersch fit partie de la commission chargée de préparer, sous la direction de Jacques Duclos*, le congrès extraordinaire afin de rectifier la ligne de la JC. Membre de son secrétariat, elle devint naturellement l’une des dirigeantes fondatrices de l’Union des jeunes filles de France. Au secrétariat, elle s’occupa de l’éducation aux côtés de Danielle Casanova* et Claudine Chomat*. Elle participa à l’activité de ce mouvement qui s’efforçait de politiser les jeunes filles en tenant compte des préventions majoritairement répandues contre la mixité des mouvements de jeunesse. Elle s’occupa ainsi de constituer des foyers de l’UJFF, de diffuser son journal et d’organiser la solidarité avec l’Espagne républicaine.

Compagne de Maurice Thorez avec qui elle avait déjà un enfant, Jean, Jeannette Vermeersch participa, en octobre 1939, à l’opération par laquelle il quitta son cantonnement pour rejoindre la Belgique puis l’URSS. Elle s’y trouva également durant la guerre et ne revint en France qu’à la fin de 1944. Elle joua désormais un rôle politique accru dans la vie du parti. Elle devient membre suppléant du Comité central, lors du Xe congrès de 1945 avant d’être élue députée. Elle siégea à l’Assemblée sans discontinuer jusqu’en 1958 et fut sénateur de la Seine de 1959 à 1968.

Avant même de devenir officiellement l’épouse du secrétaire général, Jeannette Vermeersch intervint au sein du Comité central avec l’assurance de quelqu’un qui n’a pas coutume d’être contredit. Particulièrement attentive aux questions du ravitaillement et à l’action auprès des femmes, elle défendit avec vigueur la ligne du parti qu’incarnait le secrétaire général. Lors de la réunion du 30 octobre 1947 où André Marty* mit en cause l’activité de Thorez pendant la guerre et à la Libération, ce fut elle qui riposta avec le plus de force et qui prit sa défense. Désormais membre titulaire du Comité central, elle réfuta les critiques de Marty. Ses interventions au CC gagnèrent en importance d’autant qu’elles ne suscitaient pas de réactions.(J.-P. Scot).
L’entrée de Jeannette Vermeersch au Bureau politique lors du XIIe congrès, en avril 1950, témoigne d’une promotion qui accompagnait la vénération dont le secrétaire général fut entouré à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Sa maladie et son séjour en URSS allaient conférer à son épouse un rôle accru. Dans un premier temps, elle assura la liaison entre Paris et Moscou, puis après le retour en France en avril 1953, entre les diverses résidences extérieures à la région parisienne où Maurice Thorez menait une vie à l’écart du tumulte. Elle participa à la mise en cause puis au discrédit de Charles Tillon* et d’André Marty. Elle fut étroitement associée à ses rencontres avec les dirigeants du mouvement communiste international tel Palmiro Togliatti auquel le couple Thorez rendit visite le jour de Pâques 1956 pour s’entretenir de la situation du mouvement communiste international.
Ce fut dans ce contexte, marqué par la question de la déstalinisation et les réticences éprouvés par les dirigeants communistes français, qu’il faut situer l’intervention de Jeannette Vermeersch, vice-présidente de l’Union des femmes françaises, contre le « contrôle des naissances » : « Le « Birth Control », la maternité volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c’est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales ». Cette initiative qui prit à contre-pied de nombreux militants, notamment dans les milieux médicaux, reçut le soutien publique de Thorez pour qui il s’agissait de condamner les thèses néo-malthusiennes.

Jeannette Vermeersch semble avoir joué un rôle non négligeable dans l’éviction de Marcel Servin*, en 1961, et son remplacement par Georges Marchais, en 1961, lors du XVIe congrès (Charles Tillon, op. cit.). Devenue sénateur de la Seine, de 1959 à 1968, Jeannette Vermeersch continua de siéger au Bureau politique après la mort de Maurice Thorez. Elle y marqua son attachement aux principes constitutifs de l’organisation communiste et sa fidélité indéfectible à l’URSS. Lorsqu’en 1968, sous l’impulsion de Waldeck Rochet, le PCF désapprouva l’intervention des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie et critiqua les positions adoptées par le PCUS, elle démissionna du Bureau politique et du Comité central. Bien qu’affirmant réprouver l’intervention militaire, elle avait indiqué qu’elle désapprouvait l’activité de la direction du PCF. Ce qu’elle écrivit dans un texte publique adressé à Waldeck Rochet, en octobre 1968, après un mois de réflexion et de discussions : « Je te demande de bien vouloir transmettre au Comité central ma démission de membre du BP et du CC. Je crois qu’il est plus sage que dans une direction il y ait des camarades d’accord en tous points sur l’activité du parti. Je ne puis décemment rester un membre formel d’une direction. Comme c’est la première fois qu’il m’arrive de me trouver dans une telle situation, cela m’est humainement insupportable. J’espère que tu le comprendras. »

Retirée de la vie politique active mais toujours membre du PC, Jeannette Vermeersch, au cours des années soixante-dix, continua cependant de défendre ses idées et de critiquer une direction du PCF, accusée d’avoir bradé le patrimoine révolutionnaire et multiplié les critiques contre l’URSS au bénéfice d’un eurocommunisme qu’elle récusait (Le Monde, 30 juin 1978). Au début des années quatre-vingt-dix, elle reconnut s’être trompée et avoir changé d’avis à propos de l’URSS : « Ce qu’on a appris sur l’URSS m’a donné beaucoup à réfléchir. C’est vrai j’ai cru en Staline. Je l’ai admiré... J’ignorais la réalité et j’ai donc beaucoup déchanté. » Elle resta pourtant attachée à l’idéal communiste. Si elle continua de mettre en cause la direction du PCF et fit de son secrétaire général « le premier responsable de la déchéance de son parti », elle considéra que « ce qui est fondamental c’est que la direction change de politique » (Le Monde, 4 septembre 1991).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74721, notice VERMEERSCH Jeannette [VERMEERSCH Julie, Marie, dite Jeannette, épouse THOREZ Jeannette] par Serge Wolikow, version mise en ligne le 12 octobre 2009, dernière modification le 7 février 2012.

Par Serge Wolikow

Jeannette Vermeersch dans les années 1940
Jeannette Vermeersch dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Jeannette Vermeersch dans les années 1950
Jeannette Vermeersch dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956
Sénat
Jeannette Vermeersch habillée à la Garçonne  en 1929
Jeannette Vermeersch habillée à la Garçonne en 1929
Claudine Chomat, Danielle Casanova, Jeannette Vermeersch,
Claudine Chomat, Danielle Casanova, Jeannette Vermeersch,

ŒUVRE : Union des forces de démocratie, de paix et de progrès, Éd. du PCF, 1946. — La lutte des femmes dans le monde pour la paix et la démocratie, Union des femmes françaises, 1948. — L’Union des femmes pour la paix, SEDIC, 1949. — Paix immédiate au Viet-Nam, id., 1950. — [intervention au] Rendez-vous des ouvrières et des femmes de travailleurs du Textile organisé par la CGT et l’UFF, id., 1953. — La Lutte des femmes dans l’action contre la misère, pour un pacte de paix, pour un gouvernement de paix, id., 1953. — Contre le néo-malthusianisme réactionnaire..., Éd. du PCF, 1956. — Pour la paix en Algérie, Imp. Poissonnière, 1956. — Pour un grand journal des jeunes filles, édition des Jeunes filles de France, 1956. — Femmes, rassemblez-vous pour vous défendre, pour défendre vos enfants, vos foyers, la paix, édité par le PCF, 1959. — Organiser les travailleurs qui occupent une place décisive dans la Nation, id., 1961. — Les Femmes dans la Nation, id., 1962. — Pour la défense des droits sociaux de la femme et de l’enfant, id., 1964.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13126. — Arch. Dép. Nord, M 595/6. — Arch. Jean Maitron (fiche Batal). — BMP, fiche biographique. — Charles Tillon, On chantait rouge, Paris, Robert Laffont, 1977. — Renée Rousseau, Les Femmes rouges. Chronique des années Vermeersch, Albin Michel, 1983. — L’Humanité, 10 avril 1956. — Le Monde, 16 mai 1956. — Serge Wolikow, Le Parti communiste français. et l’Internationale communiste (1925-1934), Thèse d’État, Paris VIII, 1990. — Rens. J.-P. Scott. — Centre historique des archives nationales, archives de Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch déposées en 2002 : 626 AP 1-3008, Maurice Thorez, 1930-1964 ; 626 AP 309-344, Jeannette Vermeersch, 1945-1998.