GUIRAUD Gaston, dit P’tite Gueule.

Par Yves Lequin, Jean Maitron

Né le 11 janvier 1881 à Paris (Ve arr.), mort le 12 janvier 1957 à Paris (XIIe arr.) ; ajusteur-électricien ; militant syndicaliste ; secrétaire du Syndicat national des industries électriques de la Seine ; secrétaire de l’Union des syndicats de la région parisienne ; militant socialiste d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; membre du conseil national de Vichy (1941-1944) et du comité central de la Ligue de la Pensée française.

Gaston Guiraud accomplit quatre années de service militaire comme engagé volontaire dans l’infanterie coloniale. Il fut libéré avec le grade de caporal puis mobilisé au début de la Grande Guerre, il fut réformé n° 2 le 22 juin 1915 pour tuberculose et retourna chez Panhard et Levassor. En 1918 et 1919, devenu permanent, il occupa le poste de secrétaire du Syndicat national des industries électriques de la Seine. Le 18 février 1920, il succéda à Hyacinthe Dubreuil* au secrétariat de l’Union des syndicats de la Seine et entra en septembre à la Commission administrative de la CGT. Mais dès le mois de novembre suivant, il démissionna lorsque la direction du secrétariat passa aux mains des minoritaires bien qu’il ait fréquenté les réunions organisées par des groupes pacifistes et anarchistes, notamment «  Les Amis de Ce qu’il faut dire  ».

Sans emploi, il accepta la proposition de Firmin Gémier d’être pendant quelque temps le régisseur du Théâtre populaire. Puis, à nouveau sollicité, il fut l’un des fondateurs de la nouvelle Union des syndicats confédérés de la Seine au lendemain de la scission de décembre 1921. Tour à tour secrétaire et trésorier provisoire, il fut élu secrétaire général en février 1922 quand le bureau définitif fut mis en place.

Selon un rapport préfectoral de mars 1925, il apparaissait parmi les quatre principaux animateurs socialistes d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). En effet, Ivryen depuis plusieurs années, habitant dans le quartier du Petit-Ivry, il s’était présenté (sans succès), au nom du syndicat des électriciens, aux élections municipales de 1919 sur la liste socialiste d’Eugène Caille. Il ne se représenta cependant pas aux scrutins de 1925 et 1929 bien qu’il habitât Ivry jusqu’en 1936.

Au début des années trente, il était gérant du quotidien de la CGT, Le Peuple et y écrivit de nombreux articles. Ayant gardé de son pacifisme de jeunesse une très vive attention aux problèmes touchant l’armée, il assista, en 1932, aux réunions du comité de défense sociale pour élaborer un projet d’amnistie générale pour les condamnés des conseils de guerre des années 1914-1918. En décembre, il prit la parole, salle du Grand-Orient, au cours d’un meeting organisé par le comité d’action contre les prisons militaires pour s’associer pleinement à sa campagne d’agitation.

Il participa aux premières réunions du Front Commun de Bergery selon le témoignage de celui-ci.

De 1923 à 1936, Gaston Guiraud demeura secrétaire de l’Union interdépartementale des syndicats de la région parisienne, et, après la réunification de mars 1936, fut l’un des quatre secrétaires, avec Robert Lefebvre*, Henri Raynaud* et Eugène Hénaff, de la nouvelle Union. En février 1937, il quitta le secrétariat qui n’avait plus qu’un seul titulaire, Henri Raynaud, pour être trésorier jusqu’au dernier congrès de l’Union avant la guerre, en 1938. Il était alors l’un des trois ex-confédérés dans un bureau de onze membres où les anciens «  unitaires  » l’emportaient ; il collabora à Syndicats où se retrouvaient les syndicalistes hostiles à la montée de l’influence des communistes dans la CGT. Il encouragea l’Institut supérieur ouvrier animé par Georges Lefranc* et Émilie Lefranc* tout en recommandant de ne pas revenir aux Université populaires d’avant la Première Guerre mondiale. En 1939, il fonda, avec Marck* et Yvetot*, le groupement des anciens militants de la CGT.

Sous l’Occupation, Gaston Guiraud cofonda L’atelier et collabora au journal Au Travail. Président du conseil d’administration de la caisse d’Assurances sociales le Travail (11 rue Beaurepaire à Paris), il était membre de l’Union régionale des Caisses d’Assurance sociales. Il participa le 19 octobre 1940 à une réunion tenue 3 rue des Pyramides à l’instigation des Allemands en vue de l’organisation du secours d’hiver pour les sans travail, en présence de Paul Faure, Marquet et René Brunet. Fut un des promoteurs du RNP, participe le 25 janvier 1941 à la première réunion de ce groupement, en compagnie de Déat, Deloncle, Marquet et Levillain.

Il fut membre du Conseil national de Vichy de 1941 ((JO du 24 janvier 1941) à 1944 et siégea à la 2e commission d’informations générales du 5 au 12 décembre 1941. Le 11 décembre, il y présenta un rapport, adopté à mains levées, sur le réemploi des prisonniers, la situation des réfugiés et des sinistrés. Il siégea également à la commission d’études de la région parisienne du 5 au 10 février 1942, où son vœu sur les problèmes sociaux et économiques fut adopté. Il fut membre de la commission du retour du prisonnier à partir du 18 juin 1941. Il fit partie du comité syndical de coordination en octobre 1943. Il fut nommé conseiller municipal du XXe arrondissement de Paris et membre de la commission administrative de la Seine, siégeant comme et secrétaire du conseil municipal par arrêté du 16 décembre 1941 (jusqu’en 1944).

S’éloignant du RNP de Déat, comme la plupart des syndicalistes chartistes, il se rapprocha de René Château. Il fut donc de la première liste des membres du comité d’honneur de Ligue de la Pensée française en janvier 1943 et était membre du comité central de la Ligue de la pensée française en janvier 1944.

Arrêté le 19 septembre 1944, il fut détenu au camp de Drancy. Le 19 octobre suivant, il fut exclu à vie de toutes les organisations syndicales.

Marié le 3 mars 1906 à Paris (XIIIe arr.) avec Berthe Aymoz dite Amodru, journalière, père d’une fille née en 1907 dans le même arrondissement, il mourut à son domicile parisien (XIIe arr.). René Belin, présent à ses obsèques, déclara : «  C’est lui qui entre-les-deux-guerres conduisit les syndicats de la région parisienne et contribua à faire de la vieille CGT l’organisation la plus représentative [...] Il avait un vocabulaire bien à lui, parisien et même, à l’occasion, faubourien qui ajoutait à l’humour de son propos. Il en avait usé pour écrire un livre significatif retraçant l’histoire de sa vie.  » Cet ouvrage autobiographique s’intitulait P’tite gueule.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74680, notice GUIRAUD Gaston, dit P'tite Gueule. par Yves Lequin, Jean Maitron, version mise en ligne le 12 octobre 2009, dernière modification le 12 septembre 2013.

Par Yves Lequin, Jean Maitron

ŒUVRE : En collaboration avec F. Morel et G. Dumoulin, La grève du textile dans le Nord, 16 août-14 novembre 1921, Paris, s.d. — Gaston Guiraud, P’tite Gueule, Paris, 1938.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13015, F7/13116, F7/13618, F7/13735, Z5/270, dos 8494 ; AL/5293, dossier Seine. . — Arch. PPo. Ba/1686. — Arch. Dép. de la Seine, versement 10451/76/1. — Arch. Com. Ivry-sur-Seine ; listes électorales et nominatives. — D. Stephany, Le personnel de la CGT de 1936 à 1939, op. cit. — La République libre, 25 janvier 1957. — Michel Dreyfus, «  Syndicats, nous voilà ! Le syndicalisme vichyssois à travers un journal : Au Travail  », dans Vichy 1940-1944. — Notes de Gilles Morin.

ICONOGRAPHIE : La CGT, op. cit., t. I, p. 573.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément