GUNSBOURG Maurice

Par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule

Né le 23 octobre 1905 à Paris (Xe arr.), fusillé comme otage le 7 mars 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier cordonnier ; secrétaire de la section communiste d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) puis de la région Paris-Sud en 1938 ; maire adjoint communiste de Clamart (Seine, Hauts-de-Seine) en 1935.

Fils d’un cordonnier d’origine juive, Maurice Gunsbourg adhéra aux Jeunesses communistes et milita à la section communiste de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine) en 1933-1934. Cordonnier à Clamart, il fut candidat communiste lors des élections municipales de mai 1935 à Clamart sur la liste d’Ernest de Saint-Étienne. Élu en fin de liste, en 29e position sur 30, il fut désigné comme deuxième adjoint. En août 1936, il fut chargé de convoyer en Espagne, à bord de l’ambulance municipale, des médicaments.
Devenu secrétaire de la section communiste d’Ivry-sur-Seine, il organisa, en 1936, la grève chez Ducellier, usine ivryenne de construction automobile. Il fut délégué au congrès national d’Arles en décembre 1937 et promu secrétaire de la région Paris-Sud en 1938 jusqu’à la guerre où Venise Gosnat le remplaça. Il était également rédacteur en chef du journal communiste Le Travailleur. Il fut, en 1937, désigné directeur d’une colonie d’enfants espagnols réfugiés à Ivry.
Le conseil de préfecture déchut Maurice Gunsbourg de son mandat municipal pour appartenance au Parti communiste. Mobilisé, décoré de la Croix de guerre, il fut fait prisonnier par les Allemands mais parvint à s’évader en décembre 1940. Il regagna Ivry et reprit son activité militante. Arthur Dallidet le mit en contact avec Georges Beaufils pour s’occuper des cadres militaires du Parti communiste. Il fut arrêté à Paris, le 7 novembre 1941, par la première brigade mobile en collaboration directe avec les services de la préfecture de police lors d’une réunion clandestine. Sept autres militants furent arrêtés en même temps que lui : Jean Lolive, Gaston Garnier, évadé d’un camp de séjour surveillé, Alphonse Lampe, Louis Frébault, René Sahors, ex-secrétaire permanent de l’ARAC, évadé de Saint Angeau (Cantal), Jean Serres et Émile Zellner. Il était alors domicilié dans le XIIIe arrondissement de Paris. Une autre source donne le 7 janvier 1942 (date confirmée par la DAVCC) en compagnie de son agent de liaison Léone Chaix, en même temps que sept autres responsables de secteur. Interné à la prison de la Santé, il fut remis aux autorités allemandes le 6 mars 1942, et a été fusillé le lendemain au Mont-Valérien, comme otage en représailles à l’attentat de Paris du 1er mars 1942 contre un soldat allemand.
Maurice Gunsbourg s’était marié à Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) le 20 février 1926 avec Cécile Klein, journalière.
Des témoignages s’accordent pour rappeler qu’il habita un an environ à Ivry-sur-Seine, dans les Habitations à bon marché de la rue Marat. En 1945, la municipalité d’Ivry-sur-Seine donna son nom à l’une des rues du quartier du Port. Une place de Clamart a été dénommée place Maurice-Gunsbourg.

L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Samedi 7.3.42
Matin, 8 heures, départ pour la Santé, 3 otages seulement [on lui en avait annoncé 6], le capitaine lit l’ordre du commandant. Avait pris ma valise chapelle, voulait dire la messe là-bas, dans l’espoir d’un convaincre au moins 1 d’entendre la sainte messe, efforts vains. Le 1er, un Juif : Frydmann, venait du camp de Drancy, se considérait parfaitement innocent [ce qui est d’ailleurs vrai, CP] : « Je suis fusillé pour la seule raison que je suis Juif ». Le 2e, un communiste [Gunsbourg Maurice, lui aussi d’origine juive mais les Allemands ne le savent pas (CP)], qui n’eut de cesse de rappeler son athéisme jusqu’au bout, croyait en l’idéal communiste : "Le jour de la vengeance viendra, comme le sang des premiers chrétiens... Dieu ne peut pas exister ". Le troisième [Gille Jean] avait été arrêté pour propagande communiste à Nancy, voulut d’abord entendre la messe mais un communiste l’en dissuada pendant que je préparais tout. Je dis donc la messe dans une cellule, servie par un sacristain, j’ai prié Dieu, l’ai supplié d’attendrir leurs cœurs.
Nous partîmes. Au fort du Mont Valérien, j’eus encore l’opportunité de passer 1/4 d’heure seul avec eux, rien à faire. Le 1er, communiste : "Si vous voulez dire à ma sœur ou à ma femme, détenue à La Roquette, que je suis mort avec courage." Ce fut son dernier vœu. Le 2e communiste semblait vouloir lentement se dégeler, tentai de la motiver sur le chemin vers le peloton ; non pas qu’il priât, mais il avait eu tort de ne pas assister à la messe. Devant le poteau, je fis moi même acte de contrition, ce fut tout. Les noms des deux : Gunsbourg, Maurice, et Gille, Jean.
L’enterrement a lieu lundi seulement. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74639, notice GUNSBOURG Maurice par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 10 octobre 2009, dernière modification le 14 août 2017.

Par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII. – Arch. PPo., BA, carton 3, activités communistes pendant l’Occupation, BA, carton 11, activités communistes, septembre-décembre 1941. – Arch. Paris, DM3 ; versement 10451/76/1 ; listes électorales et nominatives. – Arch. com. Ivry-sur-Seine. – 6e Conférence régionale Paris-Sud, 4 au 5 décembre 1937, Issy-les-Moulineaux. – Bernard Chambaz, L’implantation du Parti communiste à Ivry pendant l’entre-deux-guerres, mémoire de maîtrise, Paris I, 1971. – Jean Chaumeil, Venise Gosnat, Éd. Sociales, 1975. – Ivry, fidèle à la classe ouvrière et à la France, édité par la municipalité d’Ivry-sur-Seine en 1970. – Renseignements recueillis par Claude Pennetier. – Le Travailleur, 30 décembre 1944. – Notes Jean-Pierre Besse. — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p.70-71. — Notes de Claude Pennetier (CP).

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