HAZEMANN Robert-Henri, dit HACHERE

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

Né le 15 septembre 1897 à Paris (Ier arr.), mort le 19 décembre 1976 à Paris (XIVe arr.) ; médecin, hygiéniste de renom ; directeur du bureau d’hygiène et du dispensaire de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), organisateur des services municipaux d’hygiène et assistance sociale d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; militant communiste ; conseiller municipal d’Athis-Mons (Seine-et-Oise, Essonne) de 1925 à 1927 ; chef de cabinet technique du ministre de la Santé sous le Front populaire.

Fils de Robert Hazemann, médecin et socialiste convaincu, Robert-Henri Hazemann (parfois orthographié par erreur Hazeman et Hazermann), frère aîné de Jean-Jacques Hazemann, fit ses études secondaires à Arras (Pas-de-Calais) et à Lille (Nord). Engagé volontaire dès 1914, il participa aux campagnes des Dardanelles, de Salonique et de France et fut blessé au cours d’un raid aérien. Externe des hôpitaux de Paris en 1920, diplômé de l’Institut de médecine légale, d’hygiène, de technique sanitaire et du cours supérieur de tuberculose de Paris, il obtint le titre de docteur en médecine de l’Université de Paris en 1924 puis celui de médecin radiologue de l’Office public d’Hygiène sociale. Il faisait office également de médecin-conseil à l’Union des Syndicats de la Seine et de rédacteur au droit ouvrier. Se confond-il avec Hazemann délégué de la Fédération des services de Santé au XIVe congrès de la CGT (Lyon, 15-21 septembre 1919) et au XVe congrès (Orléans, 27 septembre-2 octobre 1920) ?

Il s’établit à Athis-Mons, commune semi-rurale de la banlieue parisienne, où sa notoriété le conduisit à être élu conseiller municipal le 3 mai 1925 sur la liste communiste de Bertrand Maupomé*. Il siégea jusqu’en juin 1927, date à laquelle il démissionna de son mandat avec six autres édiles (Bazin, Besson, Grosse, His, Raynal et Valin) pour protester contre la révocation de Léopold Besson* qui avait participé « activement » à la manifestation du 1er mai précédent. En fait, il n’exerça que quelques mois à Athis-Mons, délaissa sa clientèle et prit le 30 novembre 1925 la direction du bureau d’hygiène et du dispensaire de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) qui coiffa rapidement un service d’assistantes sociales, un service technique d’assistance, un laboratoire municipal (bactériologie et chimie) et une école de plein-air. Cette commune avait été conquise par le BOP aux élections de mai 1925 et s’était donné pour maire Pierre Périé qui, étant pharmacien, ne pouvait être que favorable au choix de Robert-Henri Hazemann pour dispenser une médecine pratique et efficace, adaptée aux besoins de la population démunie.

Il commença alors, avec passion, une œuvre d’hygiéniste nourrie par ses lectures variées (Le Play, Laplace, Quételet, Walras, Jevons ou Fisher mais aussi Marx, Engels ou Rosa Luxembourg). Pendant près de trois ans, Robert-Henri Hazemann mêla engagement professionnel et engagement politique. Il fit du bureau d’hygiène un observatoire social sur la base de statistiques, de fichiers d’habitants dans le but de gérer la santé comme la panacée sociale. Son expérience et surtout la conception « nouvelle » qu’il avait du dispensaire lui valurent momentanément d’assurer, à la demande de Raphaël Zakine*, le fonctionnement des services d’hygiène sociale d’Essonnes (Seine-et-Oise, Essonne), municipalité communiste, et, le 20 octobre 1927, d’être appelé par Georges Marrane, maire d’Ivry-sur-Seine, pour organiser les services municipaux d’hygiène et assistance sociale. Il déployait par ailleurs une activité militante au sein du Parti communiste comme en témoignent la revue Contre le courant du 22 janvier 1928 qui signale un « Hazeman » dit Hachère (H.R. comme ses initiales et Hachère comme Achère), dirigeant de la cellule 1311 du 4e rayon (celui d’Ivry, Vitry…) qui, « en désaccord avec la ligne actuelle du Parti » n’a pas rompu lors des exclusions de Briard et Roy, ou le rapport qu’il fit, en juin 1928, pour la commission de contrôle du Parti communiste sur une clinique mutualiste (I.M.Th., microfilm n° 314).

Sa demande de congés professionnels de plusieurs mois, déposée en juin 1928, provoqua des remous à Vitry et remonta jusqu’au secrétariat général du Parti. Pierre Semard qu’il ne voyait « pas d’inconvénient politique », mais la « fraction communiste » du conseil municipal considéra qu’elle avait été mise devant le fait accompli (RGASPI, 495 270 6902).

Ayant laissé la direction des Services municipaux d’hygiène et d’assistance sociale de Vitry au docteur Grégoire Ichok et au docteur Aurel, il partit, le 31 août 1928, pour les États-Unis et s’attacha à parfaire, à l’université de Baltimore, sa formation d’hygiéniste plus disposé que jamais à considérer l’hygiène comme « une science administrative appliquée à la santé ». De retour en France, il fut quelque temps médecin topographe puis épidémiologiste au Centre de recherches sur la fièvre ondulante à Montpellier et entra le 1er février 1932 à l’Office public d’hygiène de la Seine. Il fit preuve d’une activité professionnelle aux responsabilités multiples (il était secrétaire général de l’OPHS) qui allait de pair avec celles de polygraphe (livres, articles, brochures), de pédagogue (cours à l’Institut d’hygiène de la Faculté de médecine, à l’École sociale d’action familiale ou à l’École d’infirmières-visiteuses…), de congressiste et de membre de sociétés savantes ou d’associations diverses.

Hazemann est à l’origine en 1932 avec l’architecte Pierre Forestier de la Cité de Clairvivre, une cité sanitaire en Dordogne, pour blessés du poumon, qui accueillit en 1936 des Républicains espagnols.

Il est difficile d’indiquer l’évolution politique précise de Robert-Henri Hazemann à son retour du Nouveau Monde et d’évaluer, en dehors de l’estime et de l’admiration réciproques, les effets de sa rencontre avec Henri Sellier*, maire de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) et futur ministre de la Santé. Toutefois, considéré comme « socialisant », franc-maçon, il devint, le 5 juin 1936, son chef de cabinet technique. Cette nouvelle fonction lui permit de tenter de mettre en œuvre les rouages nécessaires pour faire de la santé publique une manière de vivre mieux : dispensaires, centres de santé conçus comme des réponses aux besoins des habitants, études « sociologiques », statistiques, enseignement… bref tous les éléments indispensables d’une réelle planification sanitaire.

Il semble ne pas avoir rompu tout contact avec les organisations ouvrières puisqu’en octobre 1937, il était membre du conseil juridique de l’Union des syndicats CGT de la région parisienne. Dans son autobiographie rédigée le 25 juillet 1937 à Paris pour la commission des cadres du Parti communiste, Robert Petit* faisait état de son amitié pour ce non membre du PC en ajoutant : « Récemment, il m’a demandé de proposer au parti sa réintégration » (RGASPI, 495 270 7851). Proposition qui ne fut pas suivie d’effet.

Sellier démis de ses fonctions ministérielles, Robert-Henri Hazemann réintégra l’OPHS jusqu’en 1940. À la Libération, toujours dans le cadre de l’OPHS, il dirigea la circonscription sanitaire de Paris comme directeur régional de la Santé, puis, en 1949, comme inspecteur divisionnaire et, en 1955, comme inspecteur général. Il mourut en 1976. Sa veuve, né Yvonne Billard, vécut dans leur maison de Draveil jusqu’à son décès le 24 janvier 1996.

Étudiant l’œuvre d’hygiéniste de Robert-Henri Haezmann, Murard et Zylberman (op. cit.) présentent Robert-Henri Hazemann comme « un grand intellectuel, le seul dont puisse s’enorgueillir le mouvement » hygiéniste, « un battant, un militant émérite, et en même temps le modèle achevé de l’expert : un apôtre, un samaritain », mais aussi « un personnage complexe, composite, voire énigmatique ». À ce portrait on doit ajouter la dimension politique et syndicale de ses premiers engagements, dimension trop souvent ignorée.

Signalons aussi une déclaration de Lucien Bonnafé : "A la libération, pendant que j’étais conseiller technique au ministère de la Santé et Henri Duchêne à l’Institut National d’Hygiène, avec des porte-parole de la Résistance en psychiatrie, nous avons proposé de développer la présence de psychiatres dans les lieux où il risquait de se produire des décompensations : les dispensaires : structures dont le programme du Front Populaire avait prévu le développement sous l’influence de Hazemann, l’un des apôtres du progressisme hygiéniste et conseiller technique du premier ministre de la Santé du Front Populaire, Henri Sellier, qui était lui-même un militant de la médecine sociale. C’est donc Hazemann le véritable fondateur de la psychiatrie de secteur. Ce programme de développement avait été entériné par une circulaire de Marc Rucard, deuxième ministre du Front Populaire." (http://www.serpsy.org/histoire/bonnafe1.html)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74510, notice HAZEMANN Robert-Henri, dit HACHERE par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 6 octobre 2009, dernière modification le 22 février 2017.

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Très nombreuses publications. Les plus importantes sont citées dans l’article de Lion Murard et Patrick Zylberman, « Robert-Henri Hazemann urbaniste social », URBI, X, 1987. Citons trois publications inspirées par son expérience de Vitry : Le Service social municipal et ses relations avec les œuvres privées, Paris, Éditions du Mouvement sanitaire, 1928 ; « Le système social “type Vitry” », Le Mouvement sanitaire, 30 avril 1928 et « Les lotissements de la banlieue de Paris et leur répercussion sur la santé publique (à Vitry et à Ivry) », Revue d’hygiène et de médecine préventive, 1928, p. 361-372.

SOURCES : RGASPI, 495 270 6902. — Arch. Com. Vitry-sur-Seine (en particulier ses rapports sur l’organisation sanitaire et la question des lotissements). — Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Lion Murard et Patrick Zylberman, article cité à œuvre et « Le Petit Travailleur infatigable », Recherches, 1976, p. 89. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, microfilms ex I.M.Th., 314. — Contre le Courant, 22 janvier 1928. — Lettre du Maire d’Athis-Mons, 21 décembre 1983. — Ivry ma ville, n° 43, octobre 1976, « Marrane l’homme d’action en douceur », par le docteur Hazemann. — Le Monde, 31 janvier 1996. — État civil de Paris Ier arr., Vitry, et Paris XIVe arr.

ICONOGRAPHIE : Murard et Zylberman, op. cit.

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