HEUDIER Jean, François, Jules

Par Madeleine Singer

Né le 21 janvier 1920 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 1er octobre 2002 à Paris (XIIIe arr.) ; directeur du CIO d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; permanent de la JOC, membre du bureau national du SGEN (1953-1964).

Jean Heudier était l’unique enfant de Fernand Heudier, typographe, qui adhérait au Syndicat du livre et avait épousé Marie Le Breuilli, épicière. Il fit ses études primaires à l’école Montesquieu, tenue au Havre par les Frères des écoles chrétiennes. En 1931 il fut reçu, le premier du canton, au certificat d’études primaires. Après avoir fait la sixième et la cinquième dans le même établissement, il abandonna l’école au cours de la quatrième car il désirait s’émanciper, et prétexta la nécessité d’une aide financière à sa mère puisque son père venait de mourir. Il devint alors employé d’assurances.

Militant de la JOC, il était en 1936, à seize ans, secrétaire de la fédération jociste du Havre et, trois ans plus tard, permanent national de ce mouvement, responsable de la région Normandie ainsi que du service national des malades. Appelé en juin 1940, il fut fait prisonnier à la fin du mois, s’évada et revint à la vie civile en juillet. Il reprit alors sa fonction à la JOC, tout en poursuivant sa formation générale avec des cours par correspondance ainsi qu’avec les sessions internes à la JOC où l’on étudiait l’économie politique et l’histoire sociale ; on y travaillait également l’expression orale et écrite.

Reçu en 1942 au concours d’entrée à l’Institut national d’études du travail et d’orientation professionnelle (INETOP), il fut diplômé l’année suivante et nommé conseiller au Centre d’orientation professionnelle d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) dont il devint directeur en 1946. Il prit sa retraite en 1984 dans ce Centre qui s’appela à partir de 1955 Centre d’orientation scolaire et professionnelle (COSP), puis à partir de 1971 Centre d’information et d’orientation (CIO). Il s’était marié en 1943 avec Andrée Dargnat secrétaire, qui était permanente jociste depuis 1938. Ils eurent trois enfants, l’un astronome, l’autre agrégé d’anglais, la troisième institutrice.

Au Havre, engagé dans l’action sociale, Jean Heudier avait fondé en 1936 un Syndicat chrétien de l’assurance. Aussi dès 1946, il fonda le Syndicat national de l’orientation professionnelle, affilié à la CFTC ; il en fut le secrétaire puis le président. En 1953 il fit une démarche auprès de Jean Brocard et de Paul Vignaux* afin d’intégrer ce Syndicat au SGEN. Il siégea aussitôt au bureau national et y demeura tant qu’il fut secrétaire de la section Orientation, c’est-à-dire jusqu’en 1964, tout en étant également membre du comité national. L’Orientation entrait en effet au SGEN en qualité de section autonome, placée donc sur un pied d’égalité avec les autres sections (premier degré, enseignement technique, etc.), alors que dans l’Éducation nationale, elle dépendait de l’Enseignement technique car elle avait été fondée en 1938 pour délivrer avant apprentissage un certificat d’orientation au niveau des classes de fin d’études primaires. Comme elle fut ensuite amenée à s’occuper de l’orientation au niveau des classes commandant les bifurcations (5e, 3e), son appellation se modifia en 1955. Mais, devenue l’Orientation scolaire et professionnelle (OSP), sa situation administrative resta la même ; c’est seulement en 1960 qu’elle fut rattachée à la Direction de l’organisation et des programmes scolaires, nouvellement créée.

Dès le congrès de Poitiers en 1956, le SGEN avait réclamé, avec l’unification des services de psychologie, de documentation et d’OSP, leur rattachement à une direction autonome, à cause de leur rôle dans une réforme de l’enseignement telle que le Syndicat la préconisait. Cette demande fut présentée à M. Cros, directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, au cours de l’audience qu’il accorda le 14 décembre 1956 à Paul Vignaux*, accompagné de Jean Heudier*. Comme le déclara Jean Brocard dans son rapport pour le congrès de 1958 : « Pour nous les orienteurs ne sont plus seulement les psychologues techniciens à la charnière de l’école et de la profession. Ce sont avant tout des éducateurs dont le rôle, tout au long de la scolarité primaire et du second degré, est primordial. L’autorité de l’ensemble du syndicat général est mobilisée pour cette promotion de l’Orientation. » Bien entendu Jean Heudier avait largement participé à l’élaboration de cette doctrine. Il ne se contentait pas d’assurer dans le bulletin syndical la chronique de la catégorie avec l’aide de Geneviève Latreille* qui était alors conseillère à Valence. Dès le comité national de juin 1953, l’intervention de Jean Heudier avait permis à Bernard Vacheret* qui présentait un rapport sur la réforme du Second degré, d’insérer dans la motion la demande d’une orientation véritable supposant des contacts étroits entre les maîtres, les psychologues scolaires et les orienteurs. Il faudra attendre 1971 pour que l’unification des services, réclamée par le SGEN, fut partiellement réalisée. Si les psychologues scolaires obtinrent du gouvernement le maintien de leur statut particulier, le Bureau universitaire de statistiques (BUS) devint l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (ONISEP) et les Centres d’OSP, Centres d’IO ; dans chaque académie, sous l’autorité du recteur, un chef de service était responsable des activités d’information et d’orientation.

Jean Heudier ne négligeait pas pour autant les problèmes corporatifs. Il s’élevait en novembre 1956 contre la non-application de leur statut, attendu depuis 1951, qui était sorti sept mois auparavant. En mars 1957, il participa à des rencontres intersyndicales (SNET, SGEN, FO) qui aboutirent à l’arrêt de travail du 11 mars pour réclamer l’application rapide du statut. A cette occasion il figura avec Jean Brocard dans la délégation des trois organisations qui se rendit au ministère ; il prit la parole au meeting qui suivit. Nous ne nous étendrons pas sur l’action ultérieure qui fut nécessaire pour obtenir notamment un raccourcissement des carrières ainsi que la reconnaissance de la qualité d’enseignant.

En même temps Jean Heudier devait s’occuper des élections à la commission administrative paritaire nationale (CAPN) qui se déroulèrent pour la première fois le 25 janvier 1957. Candidat en tête de la liste des directeurs, il obtint par le panachage 18 voix en sus des 71 bulletins complets. Avec un total de 634 voix, le SGEN se plaçait en deuxième position, devant FO, sans obtenir toutefois de siège ; il avait fait la preuve d’une audience qui dépassait largement ses adhérents car les 17 pionniers de 1953 n’étaient encore que 57. Toujours candidat lors des élections suivantes, Jean Heudier avait vu le pourcentage de sa liste progresser quand il laissa sa place en 1973 à un militant plus jeune ; il voulait se retirer du syndicalisme pour intensifier son activité de directeur de centre d’orientation professionnelle. Déjà, de 1950 à 1960, il avait été attaché à la consultation neuro-psychiatrique infantile à la Salpétrière ; comme il connaissait un psychiatre, on l’avait prié de s’occuper bénévolement des adolescents au moment de la démédicalisation, pour les aider à s’insérer ou à se réinsérer dans la société. En outre en 1954, il avait fondé une association Avenir et profession, dont l’objectif était de mettre en relation les partenaires de l’orientation : familles, jeunes, entreprises, enseignants, pouvoirs publics. Pendant trente ans, il s’occupa de cette association qui organisait notamment des sessions d’information aux carrières.

Enfin, adjoint en 1966 à l’équipe académique du rectorat de Créteil (Seine, Val-de-Marne) qui prenait en charge la formation des futurs chefs d’établissement, il devait pendant dix ans jouer en même temps le rôle de formateur à l’Institut national d’administration scolaire (INAS) auprès de ceux qui allaient constituer les équipes académiques et venaient donc en stage à l’INAS pour trois à six semaines. Mais la section syndicale fondée par lui pouvait poursuivre son essor. En septembre 1964 il avait cédé à Hélène Angeville la décharge de service de six heures dont il bénéficiait depuis 1961 car lui- même, trop pris par sa fonction de directeur, ne pouvait l’utiliser pleinement. Celle-ci l’avait alors remplacé à la tête de la section et siégea à la CAPN à partir de 1973, quand le SGEN obtint un premier siège.

Une fois à la retraite, Jean Heudier se consacra à des activités bénévoles. D’abord chargé de l’accueil à la permanence de Médecins du monde, il était en 1996 depuis six ans contrôleur judiciaire auprès du Tribunal de grande instance de Créteil. Ayant des contacts, deux après-midi par semaine, avec les magistrats et les détenus en instance de jugement, il assurait la représentation de ces derniers et étudiait leurs problèmes de réinsertion ou la manière de leur venir en aide. Mais il gardait le souvenir de son activité passée « Le travail en équipe avec des gens tels que Paul Vignaux* ne peut s’oublier, dit-il. Cela permit de sortir l’Orientation professionnelle du ghetto de l’Enseignement technique et de la situer au niveau des différents enseignements, de la maternelle à l’Université ».

Jean Heudier était chevalier de l’ordre du Mérite, officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74505, notice HEUDIER Jean, François, Jules par Madeleine Singer, version mise en ligne le 6 octobre 2009, dernière modification le 30 octobre 2009.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL. — École et Éducation (1953- 1955). — Syndicalisme universitaire (1955-1973). — Lettres de J. Heudier à M. Singer, 7 avril 1995, 29 novembre 1996, 10 décembre 1996, 22 janvier 1997 (Arch. privées).

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