JACQUOT André, Raymond, Louis. Pseudonymes : « Caen », « Latour », « Larzac »

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery

Né le 4 juillet 1906 à Paris (XVe arr.), mort le 16 mars 1959 à Paris (Ve arr.) ; employé municipal à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; volontaire en Espagne républicaine  ; résistant FTP ; délégué du Comité militaire national des FTP de zone sud ; déporté.

André Jacquot, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation
André Jacquot, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation

Fils d’un employé de commerce, André Jacquot fut pupille de la Seine et travailla comme employé d’usine dans la Sarthe en 1929. Volontaire des Brigades internationales, il partit de Marseille en Espagne le 10 octobre 1936, sur le Ciudad de Valencia. À Albacete, la direction des Brigades le nomma commandant de la 1ère Compagnie du 2ème bataillon. Blessé le 10 novembre 1936, il prit, le 5 janvier 1937, le commandement du bataillon « Commune de Paris » et, du 2 février au 3 mars 1937, participa à la bataille du Jarama. Il entra à l’état-major de la 14e Brigade le 24 avril 1937. Après une courte permission, il rejoignit en janvier 1938 Albacete pour être nommé chef d’état-major de la 129e BI. En décembre 1938, ses hommes et lui-même furent évacués par la mer.

De retour en France, domicilié à Cachan, il travailla entre le 6 juin et le 2 septembre 1939, comme employé à la Régie municipale d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Mobilisé dans une unité combattante, il fut envoyé sur les fronts de la Sarre, de Hollande, de Belgique et de France. Le 4 novembre 1940, démobilisé, il réintégra ses fonctions à la ville d’Ivry-sur-Seine comme commis au bureau de bienfaisance jusqu’au 31 octobre 1941. Il vivait à Ivry avec Rachel Zalkinow, sœur de Fernand Zalkinow, un des sept membres du 1er groupe des Bataillons de jeunesse. Fin 1941, il dut quitter la région parisienne pour échapper aux recherches des polices française et allemande qui le poursuivaient pour ses actes de Résistance. Condamné à mort par contumace en février 1942 par le tribunal spécial allemand, il entra en mai 1942 au détachement Valmy des FTP où il était l’adjoint de Marius Bourbon* (Bordeaux) et responsable militaire.

Caen, son pseudo, exécuta Raymond Sautereau en mai 1942, prépara l’exécution d’André Clément* le 2 juin 1942, participa au dépôt d’une bombe au cinéma Olympia à Clichy le 26 août 1942 et à la tentative d’exécution d’Elie Ventura*. Il prépara enfin l’attentat contre l’hôtel Bedford occupé par les Allemands en août 1942.

Fin 1941, dans un restaurant du Faubourg Poissonnière où il avait ses habitudes, André Jacquot avait fait connaissance de Robert Simon, un instituteur révoqué qui avait appartenu au PSOP avant-guerre et qui adhérera bientôt au PCF clandestin. Par son intermédiaire, il établit des contacts avec les agents du BCRA de la mission « Dastard » qui finirent par livrer au groupe Valmy des armes et des explosifs, faute d’avoir trouvé d’autres mouvements de Résistance décidés à les utiliser. Mais la police française et la gestapo réussirent à neutraliser l’équipe « Dastard » au cours de l’été 1942. André Jacquot fut alors nommé délégué du Comité militaire national des FTP en zone sud, ce qui en faisait le chef du CMZ (comité militaire pour la zone sud) sous le pseudonyme de « Larzac ». La direction du PCF l’avait notamment chargé d’essayer de rétablir une liaison avec le BCRA pour obtenir de nouvelles fournitures d’armes, ce qui l’amena à entrer en contact avec « l’équipe Max » (Jean Moulin) sous le pseudonyme de « Latour ». C’est dans la région sud que se déroula désormais son action. Son agent de liaison était Madeleine Laroche alias « Claude » qui disparaitra en déportation. En décembre 1943, il signa avec Jussieu Pontcarral l’accord créant l’état major FFI de zone sud.

Son action lui valut quelques critiques de la part du comité militaire national qui lui reprochait son activité uniquement orientée vers la recherche d’opérations de maquis laissant de coté les Bases industrielles et urbaines. Il lui était aussi reproché la recherche à tout prix de moyens et d’armes en négligeant la liaison avec la masse de la population, enfin des négligences dans les règles de la sécurité.

Dans son ouvrage [On Chantait rouge], Charles Tillon le qualifie de « faible » (page 370) et l’appelle Lazare dit Jacquot (page 356). Selon le témoignage de Robert Simon, André Jacquot au contraire « faisait preuve de calme, de détermination et il savait convaincre ».

Sa fiche de police sous l’Occupation indique : "dernier domicile connu : 36 rue Mirabeau Ivry. Militant communiste actif. Amant de Zalkinov Rachel, soeur du terroriste Zalkinow. A pris la fuite dès qu’il a connu l’arrestation de ce dernier."

Arrêté le 13 mai 1944 à Lyon avec les autres membres du CMZ qui avait été infiltré par un agent de la gestapo (Lucien Iltis), il fut déporté à Dachau. André Jacquot fut rapatrié le 1er juin 1945. Sa première épouse disparut à Auschwitz. A son retour, il fut employé à la Préparation Militaire avec le grade de lieutenant-colonel. Il était alors domicilié 13, bd de la Vanne à Arcueil et il se remaria à Cachan le 30 octobre1948.

Début 1946, la commission centrale de contrôle politique remit au secrétariat du PCF un rapport sur la chute du CMZ, reprochant à ses membres de n’avoir « pas su barrer la route aux agents de l’ennemi » et d’avoir du même coup « empêché l’exécution de mesures militaires importantes, en particulier l’investissement de Vichy qui eut désorganisé un des centres essentiels de la répression et permis de saisir certains membres et archives du pseudo-gouvernement ». Selon la CCCP, « la chute du CMZ a été le facteur essentiel qui empêcha la constitution d’une puissante armée populaire au moment du débarquement des alliés, ce qui eut avancé de plusieurs mois la fin de la guerre ». Concernant André Jacquot, le rapport ne contenait aucun rappel de son action au sein du groupe Valmy, mais il soulignait par contre que dans les Brigades Internationales, il avait « toujours été en conflit permanent avec les commissaires politiques de son unité ». Autrement dit, en particulier avec Henri Rol-Tanguy. Plus loin, il était accusé d’être « alcoolique, ne s’enivrant pas à s’écrouler (mais) jamais en pleine possession de ses moyens ». La CCCP lui reprochait enfin d’être une « tête brulée (…), un homme d’action plutôt qu’un homme politique alors que l’un ne va pas sans l’autre ». En foi de quoi une exclusion temporaire de deux ans était prononcée contre lui par le secrétariat du PCF le 25 février 1946. Il était précisé que « sa réintégration à la base pourra être par la suite envisagée (mais qu’) aucune responsabilité politique et aucun poste ne peuvent lui être confiés dans le Parti ».

A la même époque, André Jacquot a revu Robert Simon. Selon le témoignage de ce dernier, son ancien camarade de résistance était « amer ». Il disait : « ils nous ont contraints à prendre dans nos rangs un salopard, un traître. Or, au lieu de faire le procès de cet individu, ils nous accusent d’irresponsabilité. Ils disent que les FTP de Lyon faisaient la noce et que nos désordres sont à l’origine de nos arrestations. » En 1947, André Jacquot passa deux jours chez Robert Simon à Auxerre : « il buvait plus encore en 1947 qu’en 1946 ». Mais dans ce long témoignage rédigé en janvier 1986 à l’intention de Guy Serbat, Robert Simon rendait surtout un bel hommage à « un ami, qui outrepassant souvent les aspects les plus sclérosants d’une discipline bureaucratique, avait permis l’élargissement et l’efficacité des groupes Valmy FTP (je n’étais pas la seule recrue venue d’ailleurs) ». Il n’est pas douteux que dans les conditions politiques de l’immédiat après-guerre, les contacts qu’avait entretenus André Jacquot avec les services secrets gaullistes et britanniques, ont pesé lourd dans sa mise à l’écart.

Il était Chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre avec Palmes et Rosette de la Résistance (deux citations).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74417, notice JACQUOT André, Raymond, Louis. Pseudonymes : « Caen », « Latour », « Larzac » par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 28 septembre 2009, dernière modification le 17 octobre 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery

André Jacquot, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation
André Jacquot, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, fonds Robert Simon. — Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Archives de la CCCP : notes JP Ravery.— Arch. A Marty, S1. — Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Grasset, 1998. — Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres, la face cachée du PCF, 1941-1943, Robert Laffont, 2007. — Jean-Pierre Ravery, Le procès d’un nazi, éd. L’Humanité-Librairie Nouvelle, 1987.— Henriette Dubois, "Nelly". En résumé... nous devons témoigner. Une vie militante... toujours en prise avec les événements, dactylographié, 78 p. + annexes, déposé à la bibliothèque du Musée de la Résistance des Alpes-Maritimes.

ICONOGRAPHIE : Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres, la face cachée du PCF, 1941-1943, Robert Laffont, 2007

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément