HAVEZ Auguste, Alexandre (version 94)

Par Claude Pennetier

Né le 4 avril 1897 à Carvin (Pas-de-Calais), mort le 11 février 1959 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; employé de mairie ; dirigeant communiste du Pas-de-Calais, de la Seine (Ivry, Vitry) et de Bretagne ; membre suppléant du comité central (1947-1950) ; secrétaire administratif du PCF (1945-1947).

Fils d’un mineur de Calonne-Ricouard (Pas-de-Calais), Auguste Havez, fut secrétaire de mairie dans cette localité. Il adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920). Auguste Havez était, en 1924, trésorier de la Fédération du Pas-de-Calais de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC). Très lié à Maurice Thorez, il fut appelé par celui-ci dans la région parisienne en septembre 1926. Il s’était marié en 1921 à Calonne, avec Eva Bertiaux, fille de mineur (voir la biographie de son père, Isaïe Bertiaux), née le 2 février 1902, dont il eut trois enfants. Le couple habita Ivry-sur-Seine, 3, rue du Bocage puis à partir de janvier 1928, place Philibert-Pompée, dans une cité de HBM dont le gardien était Venise Gosnat. Son épouse obtint du travail au dispensaire d’Alfortville et y fit toute sa carrière.

Georges Marrane*, maire d’Ivry, l’embaucha au service d’état civil de la mairie, le nomma régisseur du service des soupes populaires de la commune (21 janvier 1927), et en fit un des animateurs du 4e rayon communiste de la Région parisienne. Il était, en 1927, rédacteur administrateur de l’édition de la banlieue sud du journal communiste L’Aube sociale. Auguste Havez jouait un rôle non négligeable dans la vie associative locale comme militant de la section ARAC et, depuis mars 1928, comme président de l’Union fraternelle des HBM de la place Philibert-Pompée d’Ivry. Il fut directeur du patronage laïc du 19 juin 1928 au 6 juillet 1929. Selon le témoignage de son épouse, qui n’était pas membre du Parti communiste, son activité devint intense à partir de 1927. Il ne revenait qu’épisodiquement à son domicile où il « planquait » parfois des militants clandestins ; ainsi Maurice Thorez séjourna, en 1928, une quinzaine de jours dans son appartement.

La préfecture de Police de la Seine le présente comme élu au Comité central du Parti communiste au congrès de Saint-Denis (mars-avril 1929), information qui n’est confirmée par aucune des autres sources. Cependant, plusieurs témoins et historiens lui attribuent, pour la période 1928 à 1931, la fonction de responsable de l’appareil clandestin de liaison. Il aurait en particulier été un des organisateurs de la réunion du comité central clandestin à Achères (Seine-et-Oise) le 9 juin 1929, qui fut découverte par la police.

Mais ses fonctions ne se limitaient pas à ce travail puisqu’en décembre 1928, le bureau politique l’avait chargé des affaires municipales. En fait, il faut remarquer que, sans être encore conseiller, Havez participait au travail des commissions municipales d’Ivry et collaborait étroitement avec Henri Birot, maire adjoint. Depuis mai 1929, Auguste Havez travaillait au siège du Parti communiste, 120, rue La Fayette, à la Société de recherches documentaires et d’informations municipales dont il devint, en juin 1929, secrétaire général. N’étant plus employé municipal, il put se faire élire conseiller au scrutin de mai 1929 (28e sur 32).

Comme pour la plupart des dirigeants communistes, les années 1929 et 1930 furent placées sous le signe des procès et des condamnations. La justice lança contre lui un mandat d’arrêt en juillet 1929 pour « complot contre la sûreté de l’État » et le fit emprisonner à la Santé.

Quelques mois plus tard, Auguste Havez partit à Moscou suivre les cours de l’École léniniste internationale (ELI). Son séjour dura un an et demi. Il était de retour en juillet 1931, puisqu’il fut chargé d’aller chercher Henri Barbé sur son lieu de vacances pour le convoquer à une réunion exceptionnelle du bureau politique. Selon Henri Barbé, il lui aurait déclaré dans le train : « Depuis quelques jours, Manouilski est à Paris : il a eu de longues conversations sans témoin avec Thorez, Marty et Raymond Guyot*. On parle de grands changements dans la direction du Parti pour mettre fin au travail fractionnel des jeunes. » La réunion du BP fut en effet consacrée à la mise en accusation du « groupe Barbé-Celor ». Auguste Havez participa activement à l’élimination du « groupe ». Sa présence est signalée à Moscou, en octobre 1931, au Praesidium de l’exécutif de l’Internationale où fut étudiée la mise à l’écart de Henri Barbé et de Pierre Celor.

En mars 1932, toujours à Moscou, il fut le seul Français à participer au procès de Henri Barbé et de Pierre Celor. Bien que les souvenirs de Henri Barbé n’en fassent pas état, Auguste Havez accusa vraisemblablement Pierre Celor de liens avec la police. Ses activités durant le reste de l’année 1932 sont mal connues. Selon son épouse, il travaillait au service social de Vitry lorsqu’il se sépara d’elle en septembre 1932.

Au cours de l’année 1933, le bureau politique le chargea de suivre la Région communiste de Bretagne. Il s’installa sur place et fut secrétaire de l’Union régionale des syndicats unitaires de Bretagne, puis, à la réunification de la fin de l’année 1935, secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT du Finistère. C’est lui qui créa en 1935 le journal La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime. En août de la même année, sa nouvelle compagne, Yvonne (originaire de Vitry) et lui-même furent inculpés d’incitation de militaires à la désobéissance, à l’occasion de la grève des ouvriers de l’arsenal de Brest contre les décrets Laval.

Auguste Havez revint à Vitry-sur-Seine (42, rue Germain-Defresne) au début de l’année 1936. Au lendemain des élections législatives d’avril-mai, le Parti communiste lui confia la fonction de secrétaire du Groupe parlementaire communiste à la Chambre des députés. À ce titre, il fit en septembre 1936 la déclaration de gérance des journaux Le Courrier parlementaire et Le Correspondant parlementaire. Il aurait également été chargé des questions électorales à la section d’organisation et serait resté un des responsables des régions communistes de l’Ouest.

L’attitude d’Auguste Havez à l’automne 1939 est connue par un rapport de 1957 publié pour la première fois par Auguste Lecœur, ancien secrétaire à l’organisation du PCF, dans La Nation socialiste, n° 4, de janvier 1958 : « Fin septembre — écrit Havez — n’ayant pas trouvé trace de la direction, je suis parti " sans rien dans les mains ", sans un seul indice autre que ceux que je possédais personnellement et ma volonté. Je suis parti à travers le pays et y ai constitué trente-quatre directions départementales. Après cela je m’en fus organiser et diriger un secteur de l’Ouest comprenant dix départements. Dès la première quinzaine de juin 1940 et devant l’avance allemande, j’allai dans mes dix départements pour dire aux camarades qu’il ne fallait pas fuir, qu’il fallait rester avec la population et se préparer à frapper les Allemands. Les 16 et 17 juin j’étais à Brest et donnais comme mot d’ordre de ne rien laisser debout à l’Arsenal si les Allemands arrivaient [...] Le 22 juin, je rédigeai un tract à l’usage des Fédérations dont j’avais la responsabilité. Bien entendu c’était orienté à fond contre l’occupant hitlérien, contre le fascisme et ses complices en France. » La conclusion était : « Pas de répit avant d’avoir bouté les forces hitlériennes de notre pays ». « Fin juillet, alors que je m’apprêtai à quitter Nantes où j’avais discuté avec Marcel Paul* et Robert Ballanger*, je fus averti qu’un envoyé de la Direction porteur d’instructions cherchait à prendre contact. » Les instructions étaient si opposées à l’orientation imaginée par Auguste Havez qu’il le prit pour un provocateur. Il fallut un voyage à Ivry pour qu’il comprenne la réalité des directives de travail légal orienté uniquement contre le gouvernement de Vichy. Vers la fin de l’année 1940, Venise Gosnat le remplaça dans l’Ouest et Auguste Havez entra au triangle de direction nationale du Secours populaire en 1941.

La police l’arrêta le 30 mars 1942, chez une amie, Madame Gomet, 100, avenue de Saint-Mandé à Paris (XIIe arr.). Un tribunal le condamna le 24 mars 1943 à trois ans de prison et 1 200 F d’amende. Après avoir séjourné à la prison de Clairvaux puis à celle de Blois (de septembre 1943 à février 1944), il fut transféré à Compiègne pour être déporté en Allemagne à Mauthausen, Melk et Ebensee d’où il fut libéré le 14 mai 1945. Auguste Havez avait contribué à l’organisation de la résistance dans les camps. Son attitude pendant l’Occupation lui valut d’être décoré de la Légion d’honneur.

Le premier congrès communiste tenu après la Libération (Xe congrès, juin 1945) ne l’élut ni au comité central, ni dans les diverses commissions si l’on s’en tient aux listes publiées par l’Humanité des dimanche 1er et lundi 2 juillet 1945. Cependant, Pierre Daix affirme avoir été convoqué par lui, en septembre 1945, pour se voir proposer la fonction de secrétaire politique de Charles Tillon* ministre de l’Air : « Élu au comité central par le congrès de la fin juin, il [Auguste Havez] était secrétaire administratif du Parti, c’est-à-dire chancelier de sa direction. » Il exerça vraisemblablement la fonction de secrétaire administratif sans être membre du comité central. D’ailleurs le XIe congrès (juin 1947) ne l’élut au CC que comme suppléant. Auguste Lecœur lui succéda comme secrétaire en 1947 et Havez — qui avait gardé son bureau — se consacra aux problèmes municipaux. Il était un des responsables du Centre de diffusion du livre et de la presse CDLP, société communiste d’édition et de libraire. Selon Pierre Daix, avant le XIIe congrès (avril 1950), « Une scène dramatique avait éclaté entre Havez et Thorez. Havez avait parlé de 1940... » (op. cit., p. 241). À l’issue du congrès, il ne fit plus partie du comité central.

Dans les années qui suivirent, Auguste Havez, profondément découragé, acheta une épicerie à Vitry où il vivait maritalement avec Madame Topsent. Un rapport de police, affirme qu’il fut exclu du Parti communiste en 1957 et qu’il adhéra peu après au Mouvement communiste démocratique et national d’Auguste Lecœur. Il collabora à La Nation socialiste, journal de cette organisation, sous le pseudonyme de Louis Desmines à partir de décembre 1957. Sa santé était alors très mauvaise.

Son enterrement eut lieu à Perpignan en février 1959, puis sa femme, Eva, épousée en 1921 (ils n’avaient pas divorcé), fit transférer son corps au cimetière d’Ivry-sur-Seine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74363, notice HAVEZ Auguste, Alexandre (version 94) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 27 septembre 2009, dernière modification le 2 juillet 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270/249. — Arch. Paris, DM3 ; versement 10451/76/1 et listes électorales. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 2387. — Arch. Jean Maitron, notes Vassart (1947) et fiche Auguste Havez. — Arch. A. Marty (Jean Maitron), E VII, rapport Havez, 15 septembre 1948. — Arch. Com. Ivry. — Charles Tillon, On chantait rouge, op. cit., pp. 482-483. — Pierre Daix, J’ai cru au matin, Paris, Robert Laffont, 1976. — Albert Vassart, Mémoires, manuscrit. — Branko Lazitch, Biographical dictionary of the Comintern, Stanford, 1973. — Renseignements recueillis auprès de Eva Havez par G. Bourgeois, par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule. — État civil. — Komintern : l’histoire et les hommes, DBIC, Éditions de l’Atelier, 2001. — Notice DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier.

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