SERBAT Guy. Pseudonymes : Escudié, Esquirol, Caylus, Cayrol

Par Claude Pennetier

Né le 29 janvier 1918 à Lafox (Lot), mort le 4 mars 2001 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) ; professeur agrégé de grammaire en lycée puis professeur d’université ; résistant ; militant syndicaliste du SNES ; militant communiste de 1942 à 1956 ; conseiller municipal de Saint-Maur-des-Fossés.

Le père de Guy Serbat, Léon Serbat, instituteur, militait à la SFIO et était franc-maçon au Grand Orient de France ; sa mère, Marie-Louise Coustès, institutrice, affiliée au Droit humain, milita dans les œuvres laïques. Ses parents, révoqués par Vichy, entrèrent en contact avec des résistants de divers bords. Guy Serbat fut très marqué par son grand-père maternel, Antoine Coustès, « vieux militant du radicalisme, style fin XIXe siècle, anticlérical ».

Guy Serbat fit ses études secondaires au lycée d’Agen (Lot) (1928-1935) puis ses études supérieures à la Faculté des Lettres de Bordeaux (Gironde) où il obtint une licence de lettres. Admissible à l’agrégation de grammaire en 1939, reçu en 1941, il devint professeur au lycée de Carcassonne (Aude).

Intensément anti-hitlérien, suite à deux séjours en Allemagne en 1934 puis 1937, il rejoignit l’Union fédérale des étudiants (UFE, organisation proche du Parti communiste) à Bordeaux et y milita jusqu’à septembre 1939. Il reprit contact avec des étudiants communistes en janvier 1941 puis, dans des villes qu’il ne connaissait pas, Le-Puyen-Velay (Haute-Loire) et Carcassonne, il chercha le contact avec la Résistance. C’est ainsi qu’il travailla avec le réseau Brutus et l’Armée secrète dont il commanda deux « trentaines » à Carcassonne à l’été 1942, mais, « déçu par une action insuffisante », il saisit l’occasion d’un contact avec le Parti communiste pour y adhérer à Noël 1942. Il s’était marié le 27 février 1941 au Puy, avec Andréa, Pâquerette Rivière, née en 1918 ; ils eurent un fils, Henri, né en 1941.

Guy Serbat fut immédiatement chargé du Front national (jusqu’en juin 1943), des FTPF (à partir de janvier 1943). D’abord responsable communiste local d’un groupe de 5, il devint « départemental » Aude-Hérault en mai 1943, « interrégional » à Montpellier en juillet 1943, commandant de la 3e subdivision FTPF en septembre 1943 et enfin commandant militaire en seconde de l’État major zone sud des FTPF, de Noël 1943 à mai 1944. Il avait cessé son activité professionnelle en mai 1943. Dans ces différents triangles de direction, on lui attribuait toujours la fonction de commissaire aux opérations militaires. Après la chute de l’État-major FTP zone sud (mai 1944), où il échappa au coup de filet de la Gestapo, il fut « remis à la base » puis organisa un maquis dans la vallée de l’Azergues, en Bas-Beaujolais. Il joua cependant un rôle militaire de premier plan lors de l’insurrection de Marseille (29 juillet-28 août 1944) où il commandait trente compagnies et le régiment La Marseillaise, permettant au général Montsabert d’obtenir la capitulation allemande en trois jours.

Son épouse, Andréa Rivière, institutrice puis professeur de collège, avait participé à la Résistance avec lui sous le pseudonyme d’ « Hélène ».
Dans le cadre de l’ « amalgame » voulu par le général de Gaulle, entre armée régulière et forces combattantes de la Résistance, le lieutenant-colonel Guy Serbat participa à l’organisation d’un régiment de volontaires dont deux bataillons rejoignirent la 1ère Armée. Il participa alors aux combats d’Alsace et à la campagne d’Allemagne et reçut la Légion d’honneur des mains du général De Lattre de Tassigny, en août 1945, à Marseille, lors d’une prise d’armes pour le premier anniversaire de sa libération.

Le 20 mars 1947, France d’abord annonça la création d’une commission présidée par Charles Tillon, chargée de rédiger l’histoire de la résistance armée, composée d’Hugonnot (est-ce Jean Hugonnot ?), Yves Moreau, Georges Beyer et Guy Serbat. Celui-ce se vit confier l’ensemble de la rédaction à partir de 1949. Il dépouilla des documents à la Bibliothèque nationale, des archives communistes de 1939-1941 et rassembla les informations de Charles Tillon. L’ouvrage qui comptait 700 pages, devait paraître en deux volumes (l’un sur 1939-1941, l’autre sur la Libération) aux Éditions sociales, sous la signature de Charles Tillon. Le manuscrit accepté malgré quelques réserves, le premier volume fut composé dans l’été 1952 et allait être imprimé à Corbeil, à l’imprimerie Crété, quand, début septembre, les flans et épreuves y furent détruits par, selon le témoignage de Serbat, un "commando". Cet événement était consécutif à la mise en accusation de Charles Tillon et d’André Marty.

Ce n’est qu’en 1951 que Guy Serbat décida de réintégrer l’Éducation nationale. Il fut nommé successivement professeur aux lycées du Havre (Seine-Inférieure/Maritime), Marceau de Chartres (Eure), puis de Saint-Maur-des-Fossés (Seine). Il milita activement au Parti communiste français et au Syndicat national de l’enseignement secondaire.

Guy Serbat fut suspendu le 31 décembre 1952 à la suite d’un incident qui l’avait opposé à un militaire venu informer les élèves du lycée Marceau sur les carrières militaires, en réalité pour dénoncer le danger de l’URSS. Il fut soutenu par une large protestation de ses collègues et par la direction nationale du SNES. Il militait parmi les cégétistes de la liste « B » au SNES, sur laquelle il figura (14e) aux élections à la commission administrative nationale en 1953 sans être élu. En revanche, il siégea jusqu’en 1959 au bureau de la section académique (S3) du Grand Paris. Au lycée Marcellin-Berthelot de Saint-Maur, il anima la cellule communiste avec Madeleine Rebérioux avec qui il sympathisa et dont il partagea les engagements et les réserves sur la politique algérienne du PCF, comme sur l’évaluation de la situation internationale. Il s’éloigna progressivement du Parti communiste sans qu’on connaisse sa date de rupture.

Guy Serbat fut élu conseiller municipal communiste de Saint-Maur-des-Fossés le 26 avril 1953 sur la liste d’Union ouvrière et démocratique. Son mandat prit fin en 1959. Le maire était François Urbani (Indépendant).

À partir de 1960, il enseigna dans le supérieur, comme assistant à la faculté de Caen (1960-1961) puis maître-assistant à celle de Nanterre jusqu’en 1969. Durant cette période, il milita au Syndicat national de l’enseignement supérieur. Chargé d’enseignement à l’université de Lille (1969) puis maître de conférences à Nanterre (1970), il devint professeur de linguistique à Paris IV (1971-1985) puis reçut l’éméritat.

Passé au syndicalisme "autonome" après 1968, témoin direct des événements de mars-juin 1968 à Nanterre, devenu hostile à la contestation étudiante, il passa au syndicalisme "autonome", et siégea dans les commissions universitaires (CNU) et du CNRS (Comité national) au titre des « autonomes ». Il fut créateur-président de l’Association pour l’Information grammaticale en 1975, et de l’ERA 996, dite « Centre Alfred-Ernout », regroupant une quarantaine de chercheurs en grammaire latine. Après l’éméritat, il enseigna à l’université de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il publia au cours de sa carrière un grand nombre d’ouvrages et d’articles sur la linguistique latine.

Adversaire du totalitarisme sous toutes ces formes, il avait fondé en 1969 l’Association universitaire d’aide à la Lithuanie. Il fut aussi très actif dans les débats médiatiques sur la Résistance communiste et eut le souci constant d’éclaircir les conditions de la chute de l’État-major FTP, en tirant des conclusions très éloignées de l’histoire communiste officielle. Toujours domicilié à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), il mourut, en mars 2001, juste avant la parution de son livre Le PCF et la lutte armée, 1943-1944.

Titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance, Guy Serbat était également chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74251, notice SERBAT Guy. Pseudonymes : Escudié, Esquirol, Caylus, Cayrol par Claude Pennetier, version mise en ligne le 23 septembre 2009, dernière modification le 7 février 2018.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Le PCF et la lutte armée 1943-1944, L’Harmattan, 2001.

SOURCES : Renseignements fournis par Guy Serbat le 19 février 2001. — Arch. Dép. Val-de-Marne, 1 Mi 2426. — Archives communales de Saint-Maur-des-Fossés (séries 3K (1946) et 1F4 (1946). — Arch. IRHSES (L’Université syndicaliste, fonds FEN-CGT).— Biographie par Roland Eluerd, L’Information Grammaticale, Année 2001, Vol. 90, No 90, p. 3-4. — Stéphane Courtois, "Le PCF historien du PCF", Communisme, n° 4, 1983. — État civil de Lafox. — Notes d’Alain Dalançon et de René Lemarquis.

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