MERCIECA Paul

Par Claude Pennetier

Né le 17 novembre 1932 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; ouvrier maçon ; militant communiste ; maire de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1977 à 1996, député (1986-1988).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Le père de Paul Mercieca, docker, mourut en 1939 dans un accident du travail sur le bateau la Ville d’Alger, écrasé sous une charge. Il laissait une veuve, sans profession, avec une maigre pension et cinq enfants, l’aîné ayant onze ans et le cadet dix-huit mois. Ses parents n’avaient pas d’engagements politiques ou syndicaux. La mère, très catholique, lui fit suivre une éducation religieuse.

Élève du primaire à l’école de Major, dans le quartier du Panier puis dans la banlieue Est, il obtint le certificat d’études primaires à quatorze ans et entra dans un centre d’apprentissage en menuiserie. À quinze ans, il travailla comme ouvrier agricole puis dans une entreprise de caisses en bois. Le service militaire l’éloigna de Marseille, neuf mois à Toulon puis neuf mois en Tunisie. À son retour, son entreprise ne le reprit pas.

Son expérience du monde du travail nourrit la conscience sociale de Paul Mercieca. Il adhéra à la CGT en 1949 et au Parti communiste en 1950 dans le quartier Les Olives. Il se rendit en République démocratique allemande, pour le festival mondial de la Jeunesse de Berlin, en 1951. Responsable de l’UJRF pour les Bouches-du-Rhône, il suivit une école communiste départementale de deux semaines en 1952 puis, en avril 1965, une école centrale d’un mois à Viroflay (Seine-et-Oise). Il se souvient d’y avoir été "très studieux", car "nous étions alors de bons soldats". Son évaluation précisait : « Excellent camarade, intelligent et ayant beaucoup d’esprit de Parti. Modeste et courageux. Devrait devenir un très bon dirigeant de la jeunesse. » Repéré pour ses qualités et sa détermination, il fut appelé en région parisienne en janvier 1957, pour participer à la direction nationale des Jeunesses communistes qui venaient de se recréer en 1956 après la parenthèse de l’UJRF.

Pendant un an, en 1957-1958, il suivit à Moscou l’école des Komsomols, écoutant patiemment les cours d’économie politique, de philosophie, de léninisme, d’histoire, présentés en russe et plus ou moins bien traduits par un interprète. Il y rencontra sa future femme, également étudiante.

De retour à Paris, d’abord logé chez des amis, il vécut ensuite dans une chambre de bonne du XVIe arr., avant de s’installer à Gentilly où il se maria le 25 juillet 1959 avec Monique Maréchal, couturière, elle-même militante communiste de l’UJFF. Le couple vécut à Vitry-sur-Seine à partir de 1963 et eut deux enfants, un garçon et une fille. Ils demeuraient résidence Langlois.

Lorsqu’il quitta la direction de la JC en 1967, il se consacra à Vitry, fut secrétaire d’une des trois sections locales, puis se chargea, en 1969, de les regrouper dans une section unique qui compta environ 2 500 adhérents et jusqu’à 3 500. Il entra au bureau fédéral du Val-de-Marne en mai 1968 et fut secrétaire fédéral de 1974 à 1979.

Paul Mercieca, élu conseiller municipal communiste de Vitry-sur-Seine le 14 mars 1965, dans la municipalité Marcel Rosette, fut responsable du groupe communiste, sans être adjoint. De 1973 à 1977, il travailla à la direction de la fédération du Val-de-Marne. Marcel Rosette lui laissa son écharpe de maire après son élection au poste de sénateur en 1977. Il occupa les fonctions de maire de Vitry de 1977 à 1996, soit dix-neuf ans. Deux ans après son élection, le 24 décembre 1980, un épisode douloureux pour lui plaça Vitry au cœur de l’actualité politique. Si l’affaire dite du « bulldozer de Vitry » a été gonflée par les médias et la polémique publique, Mercieca eut immédiatement conscience qu’il s’agissait d’une erreur politique dont « l’organisation passait par-dessus sa tête ». L’incident mis en scène par la fédération et la direction nationale avec l’usage d’une pelleteuse pour bloquer l’entrée d’un foyer d’immigrés, en coupant l’électricité, le gaz et le téléphone, se déroula en sa présence ("faut que tu sois là") mais il se retira et ne donna pas d’ordres à son personnel municipal. Il dut ensuite s’expliquer devant la presse (archives de l’INA accessibles sur Internet), en justifiant la position du Parti communiste. Il se reprocha par la suite d’avoir manqué d’expérience et de poids politique pour empêcher cette initiative.

L’affaire du "bulldozer de Vitry" doit être placée dans le contexte de la montée du chômage en France, des réactions de l’opinion mettant en rapport immigration et chômage et dans celui de la proximité des élections présidentielles. Il est incontestable que les municipalités communistes payaient le prix fort de l’accueil des foyers ADEF (Association pour le développement des foyers du bâtiments des métaux) sans pouvoir intervenir dans leur politique, ainsi Mercieca aurait préféré que les chambres soient ouvertes à tous les demandeurs, français et immigrés. L’évacuation en mars 1980 de 199 occupant qui faisaient la grève du loyer suivis de travaux qui n’était pas terminés en décembre, et l’arrivée dans la nuit du 21 au 22 décembre de 320 travailleurs immigrés venant de Saint-Maur-des-Fossés, échappait au maire. Il prit un arrêté le 23 décembre 1980 : « A titre provisoire et jusqu’à ce que les conditions de sécurité aient pu être vérifiées par la commission communale compétente, l’interdiction d’habiter l’immeuble sis 37 rue des Fusillés à Vitry-sur-Seine, est prononcé », arrêté annulé le 9 janvier 1981 par le préfet. Mercieca se rendit immédiatement au siège de l’ADEF, rue des Plâtres à Paris où on refusa de le recevoir. Il y retourna le lendemain matin pour s’entendre dire : « Ici, on n’est ni au Far-West ni en Afghanistan, la prochaine fois je vous ferai virer manu militari ». La municipalité était jusque là dans son droit, l’initiative du 24 décembre après-midi changea la nature de son action. Il semble bien que la volonté de la direction nationale ait été de manifester sa fermeté sur le thème de l’immigration par quelques actions voyantes. Elle sollicita sans succès le maire d’Argenteuil (Robert Mondargent*), donna le feu vert à la fédération du Val-de-Marne dirigée par des amis proches de Georges Marchais, suivit avec intérêt, à Montigny-les-Cormeilles, dont le maire était Robert Hue, la dénonciation "citoyenne" d’une famille marocaine accusée de vendre du cannabis. Georges Marchais confirma cette orientation dans sa lettre du 9 janvier 1981 au recteur de la Grande Mosquée de Paris, Si Hamza Boubakeur : « Il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. » Le problème dépassait donc la question de Vitry-sur-Seine et les initiatives de son maire.

La politique urbaine de Paul Mercieca fut marquée par une pause dans la construction de grands ensembles. Il renforça les équipements sociaux et culturels et tenta, non sans difficultés, de faire vivre les cités.

Paul Mercieca devint député en mars 1986, succédant à Georges Gosnat, décédé, et le resta jusqu’en mai 1988. En 1996, fatigué et très pris par les graves problèmes de santé de sa femme, Monique Mercieca, il abandonna ses mandats, conservant la présidence de l’office de HLM.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article74150, notice MERCIECA Paul par Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 septembre 2009, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Claude Pennetier

[Assemblée nationale, Notices et portraits]
Paul Mercieca, maire de Vitry-sur-Seine
Paul Mercieca, maire de Vitry-sur-Seine

SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, 1Mi 2426. — Arch. comité national du PCF. — G. Blanc-Césan, Les maires du Val-de-Marne, 1988. — Claude Pennetier (dir), Figures militantes en Val-de-Marne, Les Éditions de l’Atelier. - État civil de Marseille (extrait), 19 mai 2003. — Archives Ina. — Entretien avec Paul Mercieca, octobre 2009. — Gilbert Dubant, Pierre Benoît, "Décembre 1980, le bulldozer de Vitry. Immigration et communication politique sur fond d’élections présidentielles", Mémoires vives, revue de l’Institut d’histoire sociale CGT d’Île-de-France, avril-mai-juin 2013, n°24. — Marius Apostolo, Traces de lutte 1924-2007, Éditions Autrement, p. 175.

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