PÉNIN Marcel, Victor

Par Maurice Moissonnier

Né le 24 mars 1909 à Bourges (Cher), mort le 9 mars 1988 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; docteur en médecine ; militant communiste, de Tribune du communisme, du PSU, enfin du PCF ; résistant, responsable des Milices patriotiques parisiennes ; conseiller municipal de Cachan (Seine, Val-de-Marne).

Marcel Pénin était issu d’une famille bourgeoise de trois enfants. Sur l’acte de naissance, son père est « négociant » et sa mère « sans profession ». Il fit ses études secondaires au lycée de Bourges et reçut jusqu’à treize ans une formation religieuse bien que son père fût agnostique. Sa rencontre avec Jacques Mitterrand*, au lycée de Bourges, accéléra sa rupture avec l’Église catholique. Après son baccalauréat, en proie à une révolte qui débouchait sur le pessimisme, il se brouilla avec ses parents. Il entreprit des études de médecine à Tours (PCM et 1re année) et y fit la connaissance du secrétaire fédéral du PC (Henri Raitzon*) et de deux cheminots.

À leur contact, il s’engagea dans l’action militante. À la fin de 1928, inscrit à la faculté de médecine de Paris, il adhéra aux Jeunesses communistes (JC). Devenu secrétaire du 1er rayon des JC, Marcel Pénin milita à l’Union fédérale des étudiants et à l’Union générale des étudiants en médecine, chirurgie et pharmacie dentaire. Pendant cette période (1928-1933), il poursuivit difficilement ses études travaillant comme peintre, puis comme manœuvre et enfin comme lecteur à l’agence Tass. Il entra comme interne pendant un an au sanatorium spécialisé dans le traitement de la tuberculose osseuse à Kerpap-Plomeur (Finistère). Il participa aux réunions de l’opposition communiste (trotskiste) jusqu’aux premiers débats sur le lancement de la IVe Internationale. Il accomplit son service militaire en 1934 et participa en uniforme à la manifestation du 12 février.

Après avoir soutenu sa thèse en 1935, il s’installa à Cachan et milita à la « fraction des médecins communistes » (Henri Chrétien). Il participa aux activités du comité de Front populaire de Cachan et forma, avec des médecins socialistes, le syndicat CGT des techniciens médicaux qui réunissait médecins et kinésithérapeutes. En 1937, il appartenait au conseil juridique de l’Union des syndicats de la région parisienne. Le syndicat des techniciens médicaux éclata au moment de la signature du Pacte germano-soviétique. Marcel Pénin ne fut pas sans s’interroger et interroger son parti au moment de l’événement. Il fut rapidement mobilisé, d’abord au Val-de-Grâce, puis dans un groupe de DCA mobile installé sur la Somme.

Démobilisé dans les Alpes, après une rencontre avec Danielle Casanova, il retrouva à Cachan la liaison avec le PCF clandestin en août 1940. Il fut alors chargé de rassembler les médecins communistes et de les organiser pour la clandestinité. Avec Maurice Ténine, sous le pseudonyme du docteur Georges, il rédigea la « Lettre à un médecin démobilisé ». A travers France Bloch, il prit contact avec l’Organisation spéciale du PCF. Un journal clandestin Le Médecin français fut édité avec son concours. Il contribua à la diffusion de La Pensée clandestine et de la réplique de Georges Politzer* au discours de Rosenberg. Au printemps 1942, il s’employa à organiser le Front national. Contraint de passer dans la clandestinité à Paris, il assura tout de même l’édition du Médecin français et continua à travailler pour le Front national, en prenant contact avec des personnalités comme les professeurs Robert Debré, Henri Mondor et Pasteur Vallery-Radot.

Affecté aux Franc-Tireurs et Partisans (FTP) fin 1942, Marcel Pénin participa à l’édition de la France en armes, organe des FTP, et à la rédaction de brochures techniques. Il s’occupa en outre des services de renseignements de l’organisation. Au début de 1944, il participa à la mise sur pied des Milices patriotiques de la région Île-de-France dont il fut l’un des quatre responsables. Après leur dissolution, il fut intégré dans l’armée avec le grade de médecin commandant. Il accomplit plusieurs missions dans l’armée des Alpes, sur le front de la poche de Dunkerque, sur le Rhin, en Alsace. Envoyé en Autriche avec la 1re armée française, il dirigea l’hôpital de Maïnau, où étaient soignés les déportés libérés de Dachau, puis un sanatorium en Forêt-Noire.

En octobre 1946, il quitta l’armée pour reprendre son cabinet à Cachan où, depuis 1945, il avait été élu conseiller municipal avec le plus grand nombre de voix (3 417 voix sur 6 332 votants). Il occupa ces fonctions jusqu’en 1952. Devenu médecin-chef au dispensaire de Champigny-sur-Marne, il reprit ses études pour passer le concours des Quinze-Vingts afin d’obtenir une spécialisation en ophtalmologie. Il assumait alors des responsabilités politiques parmi les médecins et présenta un rapport à un congrès de médecins communistes.

À ce moment survinrent les événements de Hongrie (automne 1956). Marcel Pénin qui avait déjà protesté contre les positions du PCF sur les problèmes de la contraception, qui avait réclamé de meilleures conditions d’information à l’intérieur du parti, affirma des désaccords avec le bureau politique et entreprit, avec Henri Lefebvre* et un médecin, Sapir, de créer des comités d’union de la gauche. Tandis qu’Henri Lefebvre et Sapir étaient exclus pour six mois, il fut blâmé. Il donna alors sa démission du PCF et contribua à la formation du groupe Tribune du communisme qui devint ultérieurement la troisième composante du Parti socialiste unifié (PSU). Membre du conseil politique national de ce parti, il entra au Bureau national où il fit figure, au moment de la guerre d’Algérie, de leader d’une tendance pro-FLN. Il démissionna de ses fonctions au bureau du PSU lorsqu’il s’installa à Alès mais joua un rôle important à la fédération du Gard de ce parti. En 1964, il adhéra au comité pour la réhabilitation d’André Marty. Au congrès du PSU de 1967, partisan de l’unité de toutes les forces de gauche, il s’opposa à Michel Rocard*.

Cette même année, Marcel Pénin revint au Parti communiste. Entre 1971 et 1976, il ne reprit pas sa carte puis il paya de nouveau ses cotisations tout en formulant de vives critiques sur la tactique unitaire du Parti communiste auquel il reprochait de considérer le Programme commun de gouvernement comme un acte juridique de sommet plutôt que comme un instrument destiné à développer l’unité à la base. Il s’éloigna définitivement du PCF au début des années quatre-vingts.

Marié le 19 mai 1930 à Tours (Indre-et-Loire) avec Renée Blondeau puis le 29 juin 1979 à Paris (VIe arr.) avec Michelle Méline, il mourut en région parisienne en 1988.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73984, notice PÉNIN Marcel, Victor par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 12 septembre 2009, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, 1Mi 2426. — Documents personnels et interview de l’intéressé. — Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. — Le Débat communiste, n° 23, 15 janvier 1964. — État civil de Bourges.

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