MOURET Pierre. Pseudonyme dans l’illégalité : LAPLAGNE Jean

Par René Lemarquis

Né le 25 novembre 1897 à Limoges (Haute-Vienne), mort le 20 septembre 1968 ; ouvrier en chaussures jusqu’en 1930 ; syndicaliste unitaire de Haute-Vienne, militant communiste ; poursuivi, vécut dans l’illégalité en région parisienne (1931-1935).

Fils d’un corroyeur, Pierre Mouret, entré à l’usine en 1909, fut ouvrier en chaussures pendant deux ans puis suivit des cours pour adultes pour se spécialiser. Mobilisé en janvier 1916, hospitalisé à Limoges de février à fin décembre 1917, il fut démobilisé le 29 septembre 1919, puis revint travailler en usine et se syndiqua. La guerre et la lecture de La Vie ouvrière l’avaient converti au socialisme et, au lendemain du congrès de Tours (décembre 1920), il adhéra au Parti communiste en mars 1921. Il se maria la même année.

Membre du conseil syndical de la Chaussure, Pierre Mouret devint secrétaire adjoint de son syndicat et il fut élu à la commission exécutive de l’Union départementale de la Haute-Vienne. Après avoir été élève de l’École de Bobigny de novembre 1924 à janvier 1925, il fut secrétaire des Jeunesses communistes de Limoges. Membre du comité fédéral, il devint en décembre 1924 secrétaire de la Région limousine du PC durant quelques mois. Gérant du Travailleur du Centre-Ouest, il fut en octobre 1925 l’objet de poursuites pour provocation de militaires à la désobéissance mais les poursuites furent renvoyées pour supplément d’information. Le 17 janvier 1926, au congrès de la région limousine, il annonça qu’il quittait ses fonctions de permanent pour « revenir à l’usine et y travailler pour le parti ».

Cependant à semi permanent syndical, Pierre Mouret assista au congrès de la 25e Union régionale des syndicats unitaires, les 30 novembre-1er décembre 1929, dont il était alors secrétaire adjoint. En décembre 1930, toujours comme gérant du Travailleur, il fut condamné à deux mois de prison, 300 F d’amende et 1 000 F de dommages-intérêts. Par la suite, Pierre Mouret quitta Limoges.

Cependant l’activité de Pierre Mouret ne s’interrompit pas après son départ de Limoges comme nous l’indiquent une série de documents d’avril à novembre 1935. Une lettre du 26 avril 1935, signée par Jacques Duclos, adressée à la région Paris-Sud du PC nous apprend que le rayon de Vitry (Seine, Val-de-Marne) avait demandé des renseignements sur un nommé Laplagne et que celui-ci avait effectivement appartenu en 1927-1928 au comité de rayon de Limoges et avait été radié du parti pour son attitude lors d’une grève dans une usine de galoches. Le rayon de Vitry, réuni le 6 août 1935 pour entendre Laplagne, apprit que celui-ci se nommait en réalité Pierre Mouret. Ce dernier retraça son activité militante à Limoges avant son départ. Il précisait, entre autres, qu’il avait connu, étant secrétaire régional, Georges Marrane et qu’il avait participé à l’École de Bobigny avec Jacques Duclos et Albert Vassart.

Dans la CGTU Pierre Mouret avait contribué à la constitution du syndicat des Cuirs et Peaux, été secrétaire du syndicat de la chaussure et, jusque 1930, demi-permanent à l’UL de Limoges où il rencontra Julien Racamond* en décembre 1930. Pierre Mouret relatait dans son interrogatoire un conflit interne dans le parti, en 1928, au cours duquel il aurait été accusé d’être lié à la police. Une assemblée régionale avait eu lieu à ce sujet fin 1928 en présence de Paul Bouthonnier. Il fut délégué au congrès confédéral de septembre 1929 pour les « Cuirs et Peaux » et il aurait refusé au congrès de sa fédération des responsabilités syndicales qui lui furent proposées par Michel, Morice (sans doute Fernand Maurice* et Charles Michels* ?) puis il abandonna, à la demande de Charles Tillon, ses fonctions à l’UL-CGTU.

Gérant du journal Le Travailleur du Centre-Ouest, Pierre Mouret avait subi trois condamnations de plusieurs mois de prison et d’amendes. Il quitta alors la région fin janvier 1931 muni d’une lettre du responsable régional et d’un billet de chemin de fer pour Paris. Il racontait son accueil « au 120 » dans cette réunion du 6 août 1935 : il lui avait été proposé par Marcel Rouffianges* d’aller « aux soupes à Saint-Denis » (ce qu’il refusa étant donnés les dangers de son illégalité) ainsi que 200 F, ce qui équivalait à « débrouille-toi ». Connaissant de graves difficultés matérielles il se rendit à Paris chez Jean Laplagne qu’il avait connu dans le parti à Limoges. Ce dernier lui vint en aide et surtout lui prêta son livret militaire, document qui permit à Mouret de trouver, sous une fausse identité, du travail chez un mandataire des Halles. Il fut licencié pour refus de travailler le 1er mai 1932 puis fut employé par la société Hermès (chargé de publicité pour l’Humanité) pendant un an et demi, tout en effectuant quelques travaux occasionnels pour des particuliers. Un autre ancien camarade habitant à Vitry, le facteur Léonard Desliot*, lui offrit de venir dans cette localité ce qu’il accepta en janvier 1935 toujours sous l’identité de Jean Laplagne. Desliot le présenta à l’adjoint de Charles Rigaud qui lui fournit un bon de secours, le fit inscrire au chômage et lui procura un domicile en hôtel. Il se lia alors de plus en plus avec les camarades de Vitry, prit sa carte du Bloc ouvrier et paysan lors des élections cantonales, se remit à militer, toujours sous son pseudonyme, pendant les municipales et travailla à la bibliothèque municipale tout en faisant un travail pratique au BOP des combattants.

En mars 1935, enfin, Pierre Mouret se décida à demander au PC d’éclaircir sa situation. À la suite de la réponse de Jacques Duclos, citée plus haut, le rayon de Vitry concluait le 6 août que « l’enquête ayant été faite sur le nom de Laplagne, alors que le nom véritable du camarade est Pierre Mouret, les faits incriminés peuvent être attribués au vrai Laplagne. » Invité par la commission centrale de contrôle du parti le 22 octobre, Mouret confirma son identité, son activité à Limoges et les raisons de son départ. Laissant espérer une solution prochaine, Étienne Vendé* proposa à Pierre Mouret de s’occuper du journal Le Travailleur pour Vitry. Ayant accepté il se rendit au journal fin octobre, alerta Jules Decaux qui promit, lui aussi, de faire le nécessaire. Sans réponse Pierre Mouret se décida enfin le 22 novembre à écrire une lettre au « secrétaire de notre parti, le dirigeant de l’Internationale » pensant que « ce seul moyen s’offre à moi pour obtenir une solution ». Le dossier du RGASPI ne contient aucune réponse à cette lettre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73945, notice MOURET Pierre. Pseudonyme dans l'illégalité : LAPLAGNE Jean par René Lemarquis, version mise en ligne le 11 septembre 2009, dernière modification le 13 septembre 2009.

Par René Lemarquis

SOURCES : Arch. Nat., F7/13023, 13103. — État civil. — RGASPI, 495. 270. 8642, textes d’avril-novembre 1935.

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