ZAIDNER Marcel [ZAJDNER Marcel]

Par Paul Boulland

Né le 9 août 1930 à Paris (XXe arr.) ; maroquinier puis fraiseur ; militant communiste, secrétaire administratif de la fédération UJRF de la Seine, secrétaire de la fédération PCF de Seine-Sud puis du Val-de-Marne (1960-1970), membre du comité central du PCF (1964-1996), responsable aux cadres (1970-1979).

Marcel Zaidner
Marcel Zaidner
Le Parisien, pages Val-de-Marne, "Il raconte trente ans de communisme", 5 juin 2010.

Le père de Marcel Zaidner, Lejb (Léon) Zajdner, naquit en 1905 à Kusow (Pologne), dans une famille très modeste. Orphelin de père à l’âge de neuf ans, il dut travailler pour soutenir sa mère, atteinte du typhus. Il n’apprit véritablement à lire qu’après la Seconde guerre mondiale, à partir des manchettes de l’Humanité. Avec sa mère, il vint s’établir à Varsovie (Pologne), où il apprit le métier de casquettier. Il adhéra au syndicat des ouvriers juifs et aux organisations politiques du mouvement ouvrier, socialistes ou sionistes. Il épousa Tauba (Thérèse) Krajka, née à Varsovie, issue pour sa part d’une famille ayant accédé à une relative aisance. Dernière d’une fratrie de neuf enfants, dont plusieurs avaient émigré en Europe occidentale (France, Suisse), elle fut élevée par une tante, qui possédait un commerce de vaisselle dans la capitale polonaise. Peu après leur mariage, à Varsovie, ils gagnèrent la France, en 1929, pour fuir les persécutions antisémites.

Á Paris, le couple s’établit dans le XXe arrondissement où naquit leur fils. Ne trouvant pas d’emploi, ils travaillèrent d’abord comme maroquiniers façonniers à domicile. Lejb Zajdner fréquentait alors les milieux juifs progressistes et participa aux activités de leurs organisations, réunies rue de Paradis (Xe arr.) ; il adhéra ensuite au Parti communiste. Au milieu des années 1930, Lejb Zajdner parvint à établir un atelier de maroquinerie avec l’un de ses beaux-frères, atelier qui compta jusqu’à une dizaine d’ouvriers, au 84 rue du Faubourg-du-Temple (XIe arr.). L’entreprise familiale devint rapidement florissante. Le jeune Marcel fréquenta l’école primaire de la rue Saint-Maur, puis de la rue de la Fontaine-au-Roi. Excellent élève et déjà grand lecteur, il suivit également des cours de violon. En 1937, naquit sa sœur, Renée. Les parents parlaient yiddish entre eux mais utilisaient le français avec leurs enfants. Si Lejb Zajdner était athée, son épouse se détacha plus tardivement de la religion, mais la famille n’était nullement pratiquante.

Durant la « drôle de guerre », la famille Zajdner prit le chemin de l’exode et se réfugia un temps dans l’Allier, avant de rentrer à Paris après l’armistice. L’entreprise familiale reprit ses activités mais fut placée sous le contrôle d’un « commissaire » désigné par Vichy. Lejb Zajdner retrouva le contact avec les organisations communistes clandestines et son atelier, situé dans un immeuble où les allées et venues étaient nombreuses, servit de planque et de lieu de réunion. Le 14 mai 1941, il fut interné au camp de Pithiviers mais il se préparait déjà à fuir avec sa famille. Il parvint à s’échapper le 3 septembre 1941 et la famille quitta aussitôt Paris. Parvenus en zone Sud grâce à un réseau de passeurs, ils gagnèrent Grenoble (Isère) puis s’établirent à Villard-de-Lans (Isère). Lejb Zajdner participa alors aux activités du Mouvement national contre le racisme (MNCR). Á la rentrée 1941, Marcel Zajdner fut inscrit comme externe dans une pension privée. Le 22 août 1942, toute la famille fut arrêté lors d’une rafle à Villard-de-Lans mais ils furent libérés le soir même, sans doute car le jeune Marcel bénéficiait de la nationalité française, grâce à la demande effectué par son père, au titre de la loi de 1927. Peu après, la famille quitta la ville pour s’établir en périphérie de Grenoble. Marcel Zajdner fut caché comme pensionnaire dans un établissement catholique mais, vivant mal son isolement, il fugua pour rejoindre sa famille. Début septembre 1943, devant l’avancée des troupes allemandes qui se préparaient à envahir la zone d’occupation italienne, la famille quitta Grenoble pour la Suisse. D’abord envoyés à Montreux, ils furent ensuite séparés. Le jeune Marcel fut autorisé à séjourner chez son oncle maternel, ouvrier horloger à la Chaux-de-Fonds. Il intégra alors le lycée classique (gymnasium). Selon lui, son père avait espéré regagner la France pour poursuivre le combat résistant mais, soumis à des restrictions de circulation en tant que réfugié, il ne put repartir ; il en conserva un « sentiment de culpabilité » qui l’empêcha d’adhérer de nouveau au PCF jusqu’au début des années 1950.

De retour à Paris en 1945, Marcel Zaidner commença à fréquenter les militants de l’UJRF de Belleville. À seize ans, admis en seconde au lycée Colbert (Xe arr.), grâce à des cours de rattrapage par correspondance, il renonça finalement à poursuivre ses études, préférant travailler aux côtés de son père, dont les activités avaient repris et se développèrent dans les années suivantes. Il adhéra à l’Union des jeunesses républicaines françaises (UJRF) en mai 1947 et au Parti communiste en février 1948. Il fut membre du comité puis du bureau de la section communiste du XIe arrondissement, où il se lia notamment avec Roger Trugnan, et suivit une école fédérale de la Seine, en juin 1949. Après trois ans dans l’atelier familial, Marcel Zaidner refusa la perspective de succéder à son père et accepta une première mission de permanent, comme garde du corps de Léo Figuières, dans la clandestinité depuis son retour d’Indochine, en juillet 1950. À cette époque, son élection au comité fédéral de la Seine, proposée par Maria Doriath, fut écartée en raison du statut d’artisan-commerçant de son père. Il effectua ensuite son service militaire, en Allemagne, entre 1950 et 1952, obtenant le grade de maréchal des logis. Il se rendit peu après en République démocratique d’Allemagne (RDA) pour participer à un camp de jeunes.

À son retour, Marcel Zaidner milita dans le XVIIIe arrondissement, où il fut membre du comité de section. Paul Laurent lui proposa alors un nouveau poste de permanent, comme secrétaire administratif de la fédération UJRF de la Seine. Après son mariage, en octobre 1953, il vint s’établir à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) où il fut responsable du cercle UJRF local. Proposé une première fois au comité fédéral de Seine-Sud en décembre 1953, Marcel Zaidner ne fut pas retenu en raison de son jeune âge. Après une formation professionnelle accélérée à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine), il obtint un CAP de fraiseur et fut embauché chez United, à Ivry. Selon la direction fédérale, son activité permit rapidement de développer l’influence communiste dans l’usine. Il contribua notamment à reconstituer le syndicat CGT et fut élu délégué du personnel. Il fut élu membre du comité fédéral de Seine-Sud en 1955 et suivit une école centrale d’un mois en 1956. Marcel Zaidner resta militant des organisations de jeunesse, comme secrétaire fédéral des Jeunesses communistes (JC) en Seine-Sud jusqu’en 1959. Entre temps, il devint à nouveau permanent, en 1958, pour se charger de l’association Loisirs et vacances de la jeunesse (LVJ), affiliée aux JC. Mais, en 1959, les difficultés financières de LVJ l’obligèrent à retourner à la production. La fédération Seine-Sud fit alors appel à un petit entrepreneur communiste pour lui fournir une attestation de travail permettant de dissimuler ses activités de permanent. Il retrouva un emploi à l’usine aéronautique SNCAN de Châtillon (Seine, Hauts-de-Seine). Les responsables de la fédération soulignèrent son activité dans l’entreprise et à Ivry, voyant en lui un militant qui « a déjà la trempe d’un dirigeant de la fédération ». Dès mai 1959, la direction de Seine-Sud envisageait son affectation au secrétariat fédéral. Il fut élu au bureau fédéral en juin 1959 et, libéré de ses responsabilités aux JC dans les mois suivants, il fut élu au secrétariat fédéral en janvier 1960, en remplacement de Louis Dolly. En juin 1961, il prit la tête de la fédération, succédant à Georges Marchais, lorsque ce dernier fut promu secrétaire à l’organisation du PCF, en remplacement de Marcel Servin.

Lors de la conférence fédérale suivante, en juin 1962, la direction de Seine-Sud subit les foudres de Jeannette Vermeersch et Raymond Guyot en raison de décalages entre les documents d’orientation de la fédération et les analyses de la direction du parti, après le référendum d’avril sur les accords d’Evian. Selon Marcel Zaidner, ces critiques étaient la conséquence de tensions au sein de la direction du PCF et visaient avant tout Georges Marchais. Marcel Zaidner fut contraint à l’autocritique mais garda la confiance de Georges Marchais, Maurice Thorez et Léon Mauvais. Un peu plus tard, la direction du PCF lui proposa de participer à l’École supérieure des sciences sociales du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) à Moscou. Ne pouvant s’y rendre pour des raisons familiales, il déclina, soutenu par Georges Marchais. Il suivit alors les cours de l’école centrale de quatre mois du PCF, en 1964. Cette même année, lors du XVIIe congrès du PCF, il fut élu au comité central comme suppléant. Il devint membre titulaire à partir du congrès suivant, en 1967.

Au début de l’année 1970, Marcel Zaidner quitta le secrétariat fédéral du Val-de-Marne, remplacé par Guy Poussy. Son départ avait été préparé dans les mois précédents par Georges Marchais qui lui avait proposé de travailler au sein des éditions du PCF ou de la « Section de montée des cadres ». Considérant que sa formation théorique ne lui permettait pas d’accepter la première proposition, il opta pour la seconde. Il remplaça donc Léon Feix, à l’issue du XIXe congrès (Nanterre, février 1970). À la tête du service des cadres, devenu « Aide à la promotion des militants », il apporta un certain nombre d’innovations visant à améliorer la connaissance de la composition sociale du parti et de ses directions, à l’image du traitement informatique des mandats lors du XXe congrès, et entama une tournée de l’ensemble des fédérations. En 1974, il fut également chargé de la mise en place d’un nouveau questionnaire biographique, qui prit alors le nom de « Résumé d’activité militante ». Le titre, comme l’abandon d’un certain nombre de questions obligatoires, marquaient un rupture avec la contrôle biographique instauré en 1931 et réactivé sous des formes différentes après 1944. Peu après, le service passa sous l’égide de Gaston Plissonnier, Marcel Zaidner restant son adjoint. En 1979, il quitta cette responsabilité pour devenir l’adjoint de Charles Fiterman au secteur de la jeunesse, des sports et de l’enfance. Il assura la direction du secteur lorsque Charles Fiterman devint ministre des Transports et conserva le rôle d’adjoint jusque dans les années 1990, aux côtés de Pierre Blotin puis de Jean-Paul Magnon. Dans cette responsabilité, il contribua à la création de l’Huma 15-25 en 1988 et du bulletin Notre sport. En 1985, lorsque Pierre Juquin quitta son poste de porte-parole du PCF, Marcel Zaidner fut désigné « responsable du bureau de presse » du parti, jusqu’en 1988. En tant que membre du comité central, il fut chargé de suivre l’activité de diverses fédérations (Nièvre, Indre-et-Loire, Loiret, Landes, Vosges, Meurthe-et-Moselle, etc.) et fut lui-même affecté dans l’Oise puis dans l’Indre. Durant cette période, il fut également membre du comité de rédaction des Cahiers du communisme et des Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, et siégea au conseil d’administration de l’IMT en tant que secrétaire de la fédération de Maurice Thorez. En 1993, il fut désigné responsable de la délégation du comité central chargé de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche, dont l’objectif était de contribuer au redressement du journal. Selon son témoignage, à cette époque, ses rapports avec Georges Marchais s’étaient nettement tendus, se limitant à des échanges par secrétaires interposées.

Après son départ du comité central, à l’issue du XXIXe congrès du PCF (La Défense, décembre 1996), Marcel Zaidner continua de participer aux réflexions sur les questions de l’enfance, de la jeunesse et des sports, de même qu’il resta très présent dans les débats qui animèrent le PCF. Membre du Collectif ivryen de vigilance contre le racisme dès 1992, il s’engagea également dans la défense des sans-papiers, au titre du Parti communiste et au sein de l’association de soutien aux étrangers du Val-de-Marne (ASOUEVAM). Déjà dans les années 1980, il avait affirmé ses positions en faveur du principe du droit du sol et il retrouvait dans cet engagement un écho à sa propre histoire personnelle et familiale, durant la guerre. Responsable des archives de la fédération communiste du Val-de-Marne, Marcel Zaidner fut à l’initiative de leur ouverture et de leur dépôt aux archives départementales.

Le 3 octobre 1953, à Ivry-sur-Seine, Marcel Zaidner avait épousé, Jeannine Rio (voir Jeannine Zaidner), née le 30 janvier 1932 à Paris (XIIe arr.) qui travailla comme sténodactylo à l’UJRF, aux œuvres des vacances populaires enfantines d’Ivry puis à la mairie de Villejuif (Seine, Val-de-Marne). Elle adhéra à l’UJRF en janvier 1949 et au PCF en janvier 1952. Elle fut dirigeante nationale de l’Union des jeunes filles de France (UJFF) puis de l’Union des femmes françaises (UFF) et siégea au comité fédéral de Seine-Sud à partir de 1959. Elle fut conseillère municipale dans la municipalité dirigée par Jacques Laloë de 1983 à 2001 et adjointe de 1983 à 1995. Ils eurent trois filles, nées en 1954, 1956 et 1964.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73942, notice ZAIDNER Marcel [ZAJDNER Marcel] par Paul Boulland, version mise en ligne le 11 septembre 2009, dernière modification le 24 août 2016.

Par Paul Boulland

Marcel Zaidner
Marcel Zaidner
Le Parisien, pages Val-de-Marne, "Il raconte trente ans de communisme", 5 juin 2010.

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. — Arch. de la fédération communiste du Val-de-Marne (Arch. Dép. Val-de-Marne). — Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Paul Boulland, Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations PCF de banlieue parisienne (1944-1974), thèse de doctorat d’histoire, Paris 1, 2011. — Marcel Zaidner, Drôle d’enfance. 1930-1945, texte autobiographique (1998-2000). — Entretiens avec Marcel Zaidner.

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