MAUNOURY Monique, Marie, Anne

Par Michèle Rault

Née le 12 octobre 1915 au Mans (Sarthe), morte le 29 octobre 1975 à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; responsable scoute, jéciste ; fondatrice de « Paix et Joie » à Ivry-sur-Seine ; ouvrière en usine (1952-1967) ; militante CFDT.

Fille de Louis Maunoury, lieutenant-colonel, et de Henriette Hagron, petite-fille du maréchal Maunoury et du général Hagron, Monique Maunoury vécut son enfance à Orléans où son père, grièvement blessé en août 1914, mourut en 1926. Élevée dans une famille de tradition catholique, elle s’engagea dans le mouvement des scouts de France, participa aux activités de la paroisse Saint-Jean Le Blanc dans la banlieue d’Orléans et organisa ses premières colonies de vacances à Megève. En 1935, elle obtint son diplôme d’infirmière de la Croix-Rouge et l’année suivante, assura bénévolement des travaux de secrétariat auprès du jésuite Henri Ferrand, aumônier de la JEC/F de l’enseignement libre.

Elle souhaitait mener une vie religieuse et envisagea à la fois d’entrer dans la congrégation des sœurs Franciscaines missionnaires de Marie et d’aller en Russie s’occuper d’enfants abandonnés. Sa recherche spirituelle et son aspiration d’être au service des autres se concrétisèrent lorsqu’elle découvrit, par son activité de cheftaine scoute, le dénuement des enfants qui habitaient le quartier de la zone à la limite entre Paris et Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Dans le courant de l’année 1941, elle acheta une des baraques en bois du quartier pour y organiser des activités plusieurs fois par semaine. Devant la détresse des enfants, au retour d’un séjour à la campagne, elle pensa qu’il fallait qu’elle vienne vivre au milieu des familles. Elle décida de s’établir définitivement dans la baraque au mois d’avril 1943 avec son amie jociste Madeleine Deboissy. Elle conçut cet emménagement, au milieu du sous-prolétariat, comme un départ en mission et se référait à Charles de Foucauld.

Elle fit figure de pionnière par le milieu qu’elle avait choisi d’investir et refusa tout rattachement à la congrégation des Petites sœurs de Jésus ou aux communautés de femmes chrétiennes laïques qui se créaient. Le 29 juin 1945, elle reçut le cardinal Suhard à la baraque qu’elle baptisa « Paix et Joie ». Relatant cette visite, elle écrivait « nous ne sommes plus là parce que installées là mais parce que l’Église nous confie cette mission ». Monique Maunoury choisit de mener une vie très pauvre en privilégiant l’action immédiate aux dépens d’un engagement dans la transformation des structures. Elle prit en charge les enfants, leur assura le quotidien et, entraînant famille et amis dans ses projets, mit sur pied des séjours à la campagne puis à la montagne. Elle organisait des lectures de l’Évangile et préparait les enfants au baptême. Elle puisa dans le savoir-faire acquis dans le scoutisme pour regrouper dans ce qu’elle appelait « la cordée », des hommes et des femmes de tous les milieux sociaux qui lui venaient en aide. Elle était entourée de jeunes femmes qui, venues de la JOC/F, de la JAC/F ou du scoutisme, formaient l’équipe de « Paix et Joie » apportant leur salaire ou leur temps libre à l’accueil des enfants auxquels s’ajoutaient des adultes en marge de la société.

En 1952, Monique Maunoury vit cette équipe éclater sous l’effet d’un mode de vie éprouvant mais aussi sous les pressions de l’archevêché qui l’engageait à prendre appui auprès des religieuses du Cénacle. Cette même année 1952, Monique Maunoury commença à travailler en usine. Elle entra comme balayeuse à l’usine d’automobiles Panhard de la porte d’Ivry, travailla au nettoyage des wagons puis d’octobre 1960 au mois de juin 1967, fut manœuvre dans l’entreprise de caoutchouc Bognier Burnet à Ivry-sur-Seine. Dans cette usine, elle fut élue déléguée du personnel du syndicat patronal mais en octobre 1965, adhéra à la fédération CFDT des produits chimiques qu’elle représenta au comité d’établissement. En 1967, elle fut licenciée de l’entreprise pour son activité syndicale et ne retrouva pas de travail. Acculée au chômage, elle ne cessa de se consacrer, jusqu’à sa mort, en 1975, à l’accueil des personnes en difficulté.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73828, notice MAUNOURY Monique, Marie, Anne par Michèle Rault, version mise en ligne le 8 septembre 2009, dernière modification le 29 avril 2013.

Par Michèle Rault

SOURCES : Archives Monique Maunoury. — Michèle Rault, « Monique Maunoury, un itinéraire », Chrétiens et ouvriers, Les Éditions de l’Atelier, 2001. — Marie-Claire Bergerat, Olivier Marin, Monique Maunoury, une disciple de Charles de Foucauld à Ivry, Karthala, 2006. — Michèle Rault, « Femmes missionnaires en banlieue rouge », La Mission en France des années 1930 aux années 1970. Nouvelles approches, Karthala, 2009.

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