MABILLE Léon

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 20 juin 1901 à Paris (XIVe arr.), mort le 19 avril 1995 à Saint-Florentin (Yonne) ; militant communiste, secrétaire du rayon communiste d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; secrétaire national du mouvement Paix et Liberté.

Léon Mabille
Léon Mabille
Photographie de son dossier de police sous l’Occupation

Le jeune Léon connut une vie familiale lorsqu’il fut retiré de l’Assistance publique. Enfant naturel, il avait été placé dans la Nièvre chez des fermiers qui l’avaient rudoyé, puis chez un boulanger. Ce n’est que vers 1909-1910 qu’il fit la connaissance de sa mère, de son frère et de sa sœur et qu’il changea de patronyme pour s’appeler désormais Mabille. Il alla vivre chez eux, à Thiais (Seine, Val-de-Marne), où il fit sa première communion et obtint son Certificat d’études primaires. Peu avant la Première Guerre mondiale, il déménagea à Choisy-le-Roi (Seine, Val-de-Marne) avec sa famille.

Le « père Mabille » était ouvrier faïencier chez Boulenger. Il secondait un boucher après ses heures de travail et le dimanche. Mobilisé, il partit au front et fut tué à la bataille de la Marne. Léon Mabille dut alors aider sa mère, qui avait remplacé son mari à la boucherie. Il fit ainsi son apprentissage. Rapidement des conflits familiaux l’éloignèrent de Choisy et le poussèrent à travailler à Taverny (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), où des bouchers trop âgés pour faire la guerre achevèrent sa formation. Il gagna ensuite Paris, puis ayant été garçon boucher ça et là, il s’engagea dans la Marine.

Ayant à peine terminé ses trois ans, Mabille réembarqua au Havre comme soutier. Les conditions de travail étaient si pénibles qu’il débarqua à New York (États-Unis) et se rendit au Vatel club, le bureau de placement des gens de cuisine. Engagé comme garçon d’hôtel dans un établissement qui servait d’auberge de jeunesse l’été et devenait ferme l’hiver, il fit la connaissance de deux syndicalistes, membres du Parti communiste. Convaincu par leurs arguments (il n’était pas rémunéré mais seulement nourri et blanchi), il les suivit à New York. Là, tout en travaillant comme boucher dans plusieurs grands hôtels, Mabille commença à militer. Il fonda en 1922-1923 la première cellule communiste en langue française composée surtout de juifs immigrés. Son action politique l’amena à rencontrer à Huguenot Park (New Jersey), dans un camp qui rassemblait des jeunes gens attirés par le communisme, celle qui allait être la compagne de sa vie et de ses luttes politiques. Fille de rabbin, d’origine russe (de Letecheff), Liliane Silverman avait fui avec sa famille les pogroms d’Ukraine.

Devenu permanent politique, élu délégué du syndicat des travailleurs d’hôtel-restaurant affilié à l’Américan Federation of Labor, Mabille sillonna les États-Unis pour fonder cellules et syndicats. Il fut chargé d’organiser la grande manifestation de San Francisco (où il y avait une importante colonie italienne) en faveur de Sacco et Vanzetti. Tous les manifestants furent arrêtés et condamnés à quinze jours et plus de prison. Liliane Silverman, qui s’était rebellée au moment de son arrestation, dut purger une peine de quelques mois.

Mabille reçut alors l’ordre de se rendre au Canada. Il y entra sous le pseudonyme de Georges Dubois. Il avait pour mission de créer des cellules communistes et des syndicats parmi les canadiens français. Abrité dans un local, rue Sainte-Catherine à Montréal, il fonda un journal L’Ouvrier canadien qu’il distribuait ensuite lors de ses tournées. Le parti lui demanda ensuite d’organiser des manifestations de chômeurs. C’est au cours de l’une d’entre elles qu’il prit la parole et fut identifié par la police. Il fut arrêté quelques jours plus tard et incarcéré à la prison de Bordeaux, à Montréal. Il fut ensuite transféré à la prison de Malone County Jail, à la frontière des État-Unis, et expulsé vers la France.

Léon Mabille arriva donc en 1931 et se rendit, de sa propre initiative, à la mairie d’Ivry. Accueilli par Jean Mazet* puis par Georges Marrane, il fut d’abord hébergé chez des camarades, puis envoyé en Charente-Maritime pour se remettre de son incarcération, et enfin embauché à la régie municipale comme camionneur. Il reprit ses activités politiques. Rédacteur de l’Humanité (il signait M. L.), il fut identifié par les services de police lors de l’assemblée générale des rabcors tenue à la Bellevilloise (XXe arr.), le 19 juillet 1931. Il collaborait aussi au journal du Secours rouge international, La Défense. Liliane Silverman le rejoignit et ils se marièrent en 1933.

Redevenu permanent, Mabille fut secrétaire du rayon d’Ivry-sur-Seine avec Maurice Gunsbourg*, Jules Decaux et Émile Zellner*. Lors de la conférence de la Région Paris-sud tenue à Issy-les-Moulineaux les 4 et 5 décembre 1937, il fut élu membre du bureau régional. Il était alors secrétaire du mouvement Paix et Liberté pour la circonscription d’Ivry et l’un de ses secrétaires nationaux. Il parcourait la France avec sa femme, faisant du cinéma ambulant pour animer les réunions. Il était également secrétaire administratif du comité national du Rassemblement populaire et membre du secrétariat du comité de Front populaire de la région parisienne. Il consultait régulièrement Maurice Thorez qui habitait non loin de chez lui. Il assuma toutes ces responsabilités jusqu’à sa mobilisation dans le 5e génie en 1939. Peu avant, sa connaissance de la langue anglaise l’avait conduit en Angleterre, à Cardiff, « pour convaincre les camarades anglais qu’il fallait constituer une armée populaire et non une armée de métier ».

Pendant la guerre d’Espagne, Mabille avait recruté un bataillon de volontaires parmi les militants du mouvement Paix et Liberté. Il le convoya, fut son commissaire politique et fit avec lui la bataille de Teruel. Il raconta ensuite dans une brochure les cinq semaines qu’il avait passées avec le bataillon « Henri-Barbusse ».

Démobilisé, Mabille reprit contact avec le Parti communiste qui en fit son responsable politique pour le deuxième secteur de Paris. Chargé de reconstituer le parti, il eut aussi à établir des liaisons dans la région parisienne et dans la Somme. Il s’occupait également des anciens combattants de 1939-1940 de septembre 140 à avril 1941, et écrivit à ce sujet une brochure. Dans une lettre à la commission des cadres, en date du 14 mars 1946, il précisait ses fonctions : « Cette responsabilité m’avait été informée par le camarade « Legros » (Maurice Tréand). Comme responsable, je voyais une fois par semaine le camarade Catelas, puis ensuite un autre camarade qui était sa liaison […] Responsable de P2 du Parti où je remplaçais le camarade Brochet qui avait été arrêté et exécuté en même temps que le camarade Catelas. Cette responsabilité me fut confiée par le camarade Lafitte [Jean Laffitte]. J’ai tenu cette responsabilité de mars ou avril 1941 à décembre 1941. Mon responsable était le camarade Lafitte. Nous avions un bureau de trois camarade. Le responsable aux usines était je crois de son vrai nom Gireau, un camarade du syndicat des métaux. Le responsable à l’agitation était un jeune camarade bordelais, ancien rédacteur à l’Huma, du temps que j’y étais moi-même. » Prévenu par un inconnu qu’il avait été identifié, il alla à son rendez-vous suivant, fit part de son information et perdit alors tout contact avec le Parti et la Résistance. Il ne songea plus qu’à se cacher et à soustraire sa femme et sa fille à la répression antisémite. A la fin de la guerre, il servit de blanchisseur aux troupes américaines.

À la Libération, Mabille fut aux côtés de Venise Gosnat pour reprendre la mairie d’Ivry. Ayant rendu compte de son activité pendant l’Occupation, il comprit qu’il ne retrouverait pas les responsabilités qu’il avait eues avant la guerre. Las, souffrant d’un ulcère, il partit dans la région de Metz où il monta une petite entreprise de cinéma ambulant. Il acheta par la suite à Migennes (Yonne) un, puis deux cinémas, qu’il exploita avec sa femme. Il en acquit plus tard un troisième à Saint-Florentin.

Mabille réadhéra quelque temps au Parti communiste alors que sa femme, Liliane, ne se départit jamais de son engagement jusqu’à sa mort survenue en 1977. Il partagea ensuite sa vie entre Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et Saint-Florentin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73753, notice MABILLE Léon par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 1er septembre 2009, dernière modification le 31 janvier 2011.

Par Nathalie Viet-Depaule

Léon Mabille
Léon Mabille
Photographie de son dossier de police sous l’Occupation

ŒUVRE : Cinq semaines en Espagne avec le bataillon Henri Barbusse, Édité par le mouvement Paix et Liberté, s.d., 32 p.

SOURCES : RGASPI, 495 270 8469. — Arch. PPo. Ba/1717. — 6e conférence de la Région Paris-Sud, brochure, Issy-les-Moulineaux, 16 p. — L’Humanité, 18 février 1939. — Témoignage de Léon Mabille, 1989. — Renseignements communiqués par Jean-Pierre Ravery.

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