GILLOT Auguste, Lucien

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 7 février 1905 à Dourdan (Seine-et-Oise, Essonne), mort le 30 août 1998 à Gisros (Eure) ; ouvrier forgeron en carrosserie ; militant communiste, membre du comité central du PCF ; maire de Saint-Denis (1944-1971) puis maire honoraire, conseiller général de la Seine (1945-1967), membre de l’Assemblée nationale consultative à la Libération.

Auguste Gillot
Auguste Gillot
Ville de Saint-Denis

Fils de Lucie, Augustine, Juliette Gillot, âgée de vingt-quatre ans, lingère, et de père non dénommé, Auguste Gillot connut une enfance difficile. Son père, menuisier, abandonna sa compagne enceinte, repasseuse à domicile qui mourut de tuberculose le 6 décembre 1905, jour de ses vingt-cinq ans. Orphelin, Auguste Gillot, qui ne vit jamais son père, fut placé en nourrice à Dourdan jusqu’à l’âge de sept ans, puis recueilli par sa tante, très catholique, qui habitait Longjumeau (Seine-et-Oise, Essonne).

En 1915, âgé de dix ans, Auguste Gillot travaillait douze heures par jour, payé 0,20 F de l’heure dans la corderie de Longjumeau. À douze ans, en avril 1917, il devint lecteur de l’Humanité. Il entra dans une carrosserie hippomobile qui devint automobile. Il la quitta en mars 1922 pour travailler à Paris comme compagnon forgeron-ferreur, limeur, monteur. Il adhéra au syndicat des Métaux CGTU, le 1er mai 1924. Un an plus tard, il devenait soldat (10 mai 1925-4 novembre 1926) au 25e RAD et participait à Essen à l’occupation de la Ruhr, et à Landau à celle de la Rhénanie.

Participant à une réunion de soldats libérés de la classe 1925, il adhéra aux Jeunesses communistes. Il se maria à Longjumeau le 20 août 1927 avec Eugénie Broust et fut bientôt père d’une fille. Cette même année, il fonda la section SRI de Longjumeau dont il fut le secrétaire en même temps qu’il appartenait au comité régional parisien. Dans un questionnaire biographique il écrit : « En 1927, j’étais trésorier de la cellule de Longjumeau sans être officiellement adhérent. Les camarades Thomas, Deschamps, Delair qui dirigeaient pensaient qu’il valait mieux attendre. Aux élections municipales de 1929, j’étais candidat avec eux, sans avoir l’âge, ainsi il y avait un sans parti. » En effet, il figura en deuxième position à l’élection municipale de Longjumeau présenté sur une liste communiste ; il obtint 103 voix (tête de liste : 104) et ses adversaires furent élus avec 482 et 349 voix. Le 21 juillet 1929, Auguste Gillot était arrêté à la Maison du Peuple de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) au cours d’une assemblée qui discutait de la préparation de la journée du 1er août de lutte contre la guerre. Emprisonné à la Santé, il fit partie de la commission qui contrôla l’application correcte de la grève de la faim de 72 heures qui avait été décidée pour obtenir la libération.

Devenu en novembre 1929 trésorier de la région parisienne du SRI, il passa ensuite secrétaire et c’est lui qui, au cours du Ve congrès de cette organisation (13-14 juin 1931), présenta le rapport moral. En juillet, il effectua son premier voyage en URSS, travailla comme ouvrier qualifié à l’usine « Faucille et Marteau », contribuant ainsi à la formation de la main-d’œuvre paysanne (A. Gillot a conté cette expérience dans les Cahiers du communisme, n° 10-11, octobre-novembre 1967). Il assista au congrès international du MOPR (Secours rouge international), suivit un temps les cours de l’École léniniste internationale et revint en France en novembre 1932. Il resta un lecteur intense des classiques du marxisme-léninisme.

Membre du secrétariat de la région sud du Parti, il devint administrateur du Travailleur de la banlieue sud créé fin 1932 et desservant Ivry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine et Choisy-le-Roi. Deux ans plus tard, il fut délégué à la conférence nationale du Parti qui se tint en juin à Ivry et, en juillet, il fut chargé par le secrétariat du parti d’aller à Saint-Denis mener campagne contre Doriot et ses amis. Cette même année, en octobre, il fut élu secrétaire du rayon de Saint-Denis. Aux élections municipales du 5 mai 1935, Auguste Gillot fut candidat aux côtés de Jacques Duclos contre la liste Doriot. Sa liste obtint 3 943 suffrages, celle de Doriot 9 790. Le 26 mai, candidat dans le canton de Saint-Denis Nord (2e circonscription) à l’élection au conseil général, Auguste Gillot obtint 2 350 voix contre 5 426 au doriotiste Jules Lauze*, maire de Villetaneuse (Seine, Seine-Saint-Denis). Délégué de la région Paris-Nord au VIIIe congrès du PC à Villeurbanne (janvier 1936), il y présenta un rapport sur Saint-Denis et la région Paris-Nord. Mais il ne put être candidat aux élections législatives d’avril 1936 et fut remplacé par Fernand Grenier. Hospitalisé à la fin du congrès, il le demeurera durant six mois. Toutefois, le 20 juin 1937, présent sur la liste d’Union du Front populaire lors d’une élection partielle pour cinq sièges, Doriot ayant été révoqué de sa fonction de maire, sa liste fut élue par 10 633 voix contre 6 507, avec Jules Trémel, président des Bretons de Saint-Denis, Gaston Gombert, petit commerçant, Jean Parré, socialiste, Fernand Grenier* et lui-même, communistes. Toutefois, la majorité du conseil municipal restait aux partisans de Doriot qui, depuis un an, avaient constitué le Parti populaire français (PPF). Auguste Gillot, secrétaire de la région Paris-Sud depuis janvier 1936, fut alors délégué au XIe congrès du parti tenu en Arles, 25-29 décembre 1937.

Dès l’interdiction, le 26 août 1939, de l’Humanité, Gillot tira, avec Georges Poupon et Fernand Belino, plusieurs milliers d’exemplaires d’une Humanité clandestine, diffusée dans la région Paris-Nord à la fin du mois d’août 1939 (introduction à l’édition des Humanités clandestines). Mobilisé le 2 septembre 1939 au 205e RAD, il revint le 5 août 1940 et entra en contact avec Jean Catelas, membre du comité central du PC qui le chargea de reconstituer clandestinement, avec le colonel Dumont et Charles Désirat, le Secours populaire français. Auguste Gillot fut déchu de son mandat de conseiller municipal le 29 février 1940 par le conseil de préfecture pour appartenance au Parti communiste. Il fut responsable du Secours populaire avec Auguste Havez. La direction du parti l’envoya dans l’Eure, du 16 mai à octobre 1942, réorganiser le parti, le Front national et les FTPF puis, début mai 1943, le chargea d’impulser le travail des « inter-province » dans la zone Nord et de participer au triangle national avec Auguste Lecœur et Jean Chaumeil. Il fut en liaison avec René Camphin. En août 1943, Auguste Gillot abandonna ces responsabilités pour devenir, au départ d’André Mercier en Algérie, le représentant du Parti au Conseil national de la Résistance (CNR) sous le nom de Manin. À ce titre, il participa aux discussions en vue de l’élaboration du programme du CNR. En août, il s’opposa à la trêve des combats. Désigné comme président de la commission de la justice au CNR en novembre 1944, il conserva ces mêmes responsabilités à l’Assemblée consultative.

Il fit partie de la commission politique désignée par le comité central tenu à Ivry-sur-Seine du 21 au 23 janvier 1945. Le Xe congrès du Parti communiste, réuni du 26 au 30 juin 1945 à Paris, l’élut membre titulaire du comité central. Il y siégea jusqu’au XVe congrès (juin 1959) ; il fut alors membre de la commission centrale de contrôle financier et en demeura membre jusqu’en mai 1964. Dans une lettre du 10 mars 1954 à Jacques Duclos, il approuva l’exclusion d’Auguste Lecœur : « La loi du Parti est la même pour tous, il n’y a pas de grand seigneur dans le Parti de Maurice Thorez. » Sa faible présence à Saint-Denis entre 1953 et 1955 provoqua des rumeurs de découragement. Des opposant dénoncèrent l’absence de Gillot durant la campagne municipale de 1953 et affirmèrent qu’il était en traitement en Hongrie. Aucun document ne vient confirmer cette affirmation.

Désigné comme maire de Saint-Denis par le conseil municipal provisoire le 28 août 1944, il fut réélu à la première magistrature municipale en avril 1945, novembre 1947, mai 1953, mars 1959 et mars 1965. Il siégea au conseil général de la Seine de 1945 à 1967. Divorcé le 13 avril 1945, Auguste Gillot s’était remarié le 30 août de la même année avec Simone Levasseur, qu’il avait connue en reconstituant clandestinement le Secours populaire. Ensemble, ils contèrent leur vie militante dans un ouvrage intitulé Un couple dans la Résistance, publié aux Éditions sociales en 1975 et réédité en 1976.

Auguste Gillot fut décoré notamment de la Croix de guerre, de la Médaille de la Résistance avec rosette et il fut fait chevalier de la Légion d’honneur au titre de la Résistance le 3 mai 1983. Il appartint au comité d’honneur de l’ANACR.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73649, notice GILLOT Auguste, Lucien par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 28 août 2009, dernière modification le 26 décembre 2018.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Auguste Gillot
Auguste Gillot
Ville de Saint-Denis
Simonne et Auguste Gillot en 1980
Simonne et Auguste Gillot en 1980
Cliché fourni par Christian Laquerrière

ŒUVRE : Un couple dans la Résistance, 1975. — Un Forgeron dans la cité des rois, Longjumeau-Paris, Halles de Paris, 1986.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — RGASPI, 517 1 998 ; son dossier biographique du Komintern, 495 270 40, n’est pas conservé au RGASPI mais au RGANI et inaccessible jusqu’à 70 ans après sa mort. — Arch. Nat., F7/13516. — Arch. Dép. Seine, DM3. — Arch. Com. Saint-Denis. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, IMT bobine 394. — Arch. comité national du PCF. — L’Humanité, 22 avril 1935 et 27 mai 1935. — Réédition de l’Humanité clandestine. — Jean-Paul Brunet, Saint-Denis la ville rouge, (1890-1939), Hachette, 1980. — A. Fourré, La Guerre froide 1947-1953 à Gennevilliers et à Saint-Denis à travers la presse locale, Mémoire de maîtrise Histoire. [S.l., S.d.] : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1994.— Renseignements fournis par la mairie de Dourdan, 24 mars 1983. — Notes d’Auguste Gillot. — L’Humanité, 4 septembre 1998. — Jacques Marsaud, Passion commune. Secrétaire de mairie en banlieue rouge, Les Éditions de l’Atelier, 2018. — État civil.

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