GOURDEAUX Henri, Lucien, Ernest

Par Justinien Raymond, Jean Maitron, Yves Lequin, François Roux

Né le 16 décembre 1881 à Épiry (Nièvre), mort le 2 octobre 1961 à Paris (XVe arr.) ; commis des PTT ; syndicaliste, militant socialiste puis communiste, membre de la Commission exécutive de la CGTU (1922-1935), secrétaire de la CGTU (1933-1935), membre de la CAP du Parti socialiste en 1916 (minoritaire), membre titulaire du comité directeur du Parti communiste en 1921 et 1923, membre suppléant en 1922 ; membre du comité central (1924-1947) avec une interruption en 1937 pour assurer le secrétariat de la commission centrale de contrôle politique.

Compère-Morel, Encyclopédie socialiste, op. cit.

Le père d’Henri Gourdeaux, chef de gare à Épiry (Nièvre), à Courthézon (Vaucluse), prénommé également Henri, fut tué dans une manœuvre de train au Pontet (Vaucluse), en mai 1896. Sa mère, Adèle Eté, était sans profession. Henri, boursier d’État, fit ses études au lycée d’Avignon puis entra dans les PTT comme surnuméraire à Marseille, le 1er juillet 1902, avant d’être nommé commis à Châlons-sur-Marne (Marne) le 1er octobre 1902. Son adhésion au mouvement socialiste était antérieure : elle date, semble-t-il, de 1899.

Appelé sous les drapeaux en novembre 1904, Gourdeaux fut renvoyé dans ses foyers comme fils de veuve, après dix mois de service. L’administration des PTT le nomma à Paris le 26 septembre 1904, le déplaça à Avignon le 1er mai 1906 puis le renomma à Paris (bureau 25) le 11 juin 1915. Il put ainsi se marier le 12 juillet 1915 avec Marie-Thérèse Robin. Pendant son séjour de neuf ans dans le Vaucluse, il fut un militant socialiste actif et devint en 1914 secrétaire de la Fédération.

Candidat aux élections municipales d’Avignon, en 1909, il fit alliance avec des modérés au deuxième tour mais ne fut pas élu. Il échoua de même aux élections municipales complémentaires de 1910, puis à nouveau en 1912. Aux élections cantonales du 3 avril 1913, à Carpentous, n’obtenant que 284 voix, au 1er tour, sur 2 599 votants, il ne se présenta pas au second tour.

Aux élections législatives, il fut candidat SFIO dans l’arrondissement d’Avignon, en 1910, il recueillit 2 209 suffrages sur 20 356 votants au 1er tour et ne se présenta pas au second tour. En 1914, il recueillait 3 603 voix au 1er tour, sur 18 607 votants, se désistant alors pour le radical socialiste Serre. Il s’était fait remarquer, au cours de la campagne, par son action oratoire. « Il parle d’une voix caverneuse et lente, a le geste excessif », notait un rapport de police. Dans une réunion, à l’Isle-sur-la-Sorgues le 13 avril, il avait apporté la contradiction au député sortant, Pourquery de Boisserin, à propos de la loi de 3 ans, et organisé sur place, une réunion d’opposition... Le 7 mai 1914, à l’Isle encore, expliquant son désistement, il stigmatisait la loi de 3 ans et concluait : « Vive la France, vive la République sociale ! »

Délégué de la Fédération socialiste du Vaucluse aux congrès nationaux du Parti socialiste SFIO en 1914 puis en 1916, il fut alors élu membre de la Commission administrative permanente et se fixa à Paris XVe puis XIIIe arr. Il y milita aussitôt au sein des groupements pacifistes, participant notamment en mai 1917 aux activités du Comité pour la reprise des Relations internationales. Il devint bientôt secrétaire du groupe « Les Amis du Populaire », où se retrouvaient certains des minoritaires de la SFIO, ceux qui se reconnaissaient dans les positions de Jean Longuet, puis, en janvier 1920, il fut nommé trésorier du « Comité pour la Reconstruction de l’Internationale », constitué sur la même ligne générale et qui, tout en dénonçant la faillite de la IIe Internationale, s’opposait à l’adhésion sans conditions à l’Internationale communiste de Moscou. Mais, au congrès national de Tours, en décembre 1920, auquel il avait été délégué, il se rallia au nouveau Parti communiste et fut élu membre de son Comité directeur, réélu dans ces fonctions aux congrès de Paris (octobre 1922), de Boulogne (janvier 1923) et Lyon (janvier 1924), puis à ce qui avait pris le nom de Comité central aux congrès de Clichy (janvier 1925) et de Lille (juin 1926). En janvier 1923, il avait été révoqué une première fois à la suite d’une information pour complot contre la sûreté de l’État. Après la conférence d’Essen, il fut arrêté avec les autres dirigeants communistes le 10 janvier 1923. Le procureur général de la Haute Cour de Justice les accusait en mai 1923, d’avoir « pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec des agents d’une puissance étrangère pour les engager à commettre des hostilités contre la France ou leur en procurer les moyens ». Bénéficiaire d’un non-lieu le 13 juin, il fut réintégré après l’amnistie avant d’être à nouveau chassé de l’administration des PTT, le 7 août 1925, après une série d’articles jugés injurieux pour le gouvernement et publiés par l’Humanité et Le Travailleur des PTT.

En effet, il avait, parallèlement, joué un rôle très actif dans la constitution du syndicalisme « rouge » dans son administration, passant dès sa constitution au Syndicat unique créé par les éléments révolutionnaires du Syndicat national des Agents des PTT où les fidèles de la CGT « réformiste » étaient majoritaires. Il entra à la Commission exécutive de la CGTU dès son premier congrès à Saint-Étienne, en 1922, après avoir fait partie de celle des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) fédérés à Bourges en décembre 1921 ; à partir de février 1925, il cumula cette fonction avec celle de secrétaire général appointé de la Fédération postale unitaire, siégeant en outre à la Commission exécutive du Cartel unitaire des Services publics. Il était par ailleurs depuis 1924, secrétaire de la Commission syndicale du Parti communiste. Très bon orateur, on le retrouvait fréquemment dans les réunions des groupements qualifiés d’extrémistes par la police, y combattant à la fois les tendances anarchistes et les tentations réformistes ; en 1923, il avait été l’un des animateurs du Comité d’action contre l’Impérialisme et la Guerre, et, au Comité central du Secours Rouge International depuis juillet 1926, il y assurait la liaison avec le Parti communiste. Convaincu de la nécessité d’établir des liens étroits entre les syndicats et le Parti, il fut un des soutiens les plus actifs de la majorité et de la direction de la CGTU en 1923, quand la question y entraîna un très vif débat et, par la suite, il fut logiquement réélu à sa Commission exécutive à chaque congrès jusqu’en 1935. Il assista au Ve congrès de l’IC (juin-juillet 1924) puis au congrès de l’ISR (juillet 1924).

Selon sa biographie parue dans Nos édiles, Gourdeaux aurait participé au VIe congrès de l’Internationale (juillet-septembre 1928). Il présida la première séance du congrès de Saint-Denis le 31 mars 1929 et fut arrêté avec les autres dirigeants communistes le 24 juillet 1929 et mis en liberté provisoire le 9 mai 1930. Il avait été condamné à trois mois de prison pour « complot contre la sûreté de l’État ».

Membre du comité central, Gourdeaux devint, au début des années 1930, responsable de la commission centrale de contrôle politique et joua un rôle actif dans « l’affaire Barbé-Celor ». « J’ai vécu d’assez près, cette période. Je me rappelle être allé à Berlin, alors que Jacques Duclos y était, pour les questions touchant directement cette "affaire" du groupe" » écrivait-il dans un questionnaire de 1949. .En septembre 1931, il était membre du Comité national de gestion de la souscription.

Lors de l’élection législative de mai 1932, H. Gourdeaux, alors domicilié dans le VIIe arr., 80, rue Vanneau, fut candidat dans la 2e circonscription du XIIe arr. Dans cette circonscription, le communiste Garchery avait été battu de peu en 1928. Il se représentait contre le député sortant mais cette fois avec l’étiquette « socialiste-communiste ». Est-ce pour cela que le Parti communiste choisit de présenter Gourdeaux ? Fait à signaler également, le candidat socialiste SFIO était l’ancien communiste Pierre Dormoy*. Au premier tour, Gourdeaux recueillait 2 499 voix sur 23 938 inscrits. Il arrivait loin derrière le député sortant et Garchery. Toutefois, la simple addition des voix socialistes SFIO ne pouvait permettre à Garchery de combler son handicap. Qu’allaient faire les électeurs communistes ? L’avant-veille du scrutin, une affiche était placardée sur les panneaux communistes. On pouvait y lire : « Il faut chasser le renégat [...] Tout plutôt que Garchery. » Gourdeaux dénonça ce qu’il appelait une « manœuvre » de ce dernier. En faisant imprimer cette affiche, il pouvait « dénoncer une collusion du Parti communiste et de la droite ». Aussi Gourdeaux fit-il distribuer des tracts où il stigmatisait « la manœuvre grossière ». Les électeurs communistes furent-ils sensibles à la personnalité de Garchery ? Plus de la moitié d’entre-eux ne votèrent pas pour Gourdeaux au deuxième tour qui ne retrouva que 1 167 voix ce qui permit à Garchery d’être élu avec trois cents voix d’avance.

Gourdeaux fut candidat aux élections municipales partielles dans le XIIe arr. (quartier de Picpus) en juin 1933.

Dans le même temps, il participait au comité national de lutte contre la guerre et le fascisme élu le 15 juin 1933 après avoir été désigné, quelques jours avant, par le congrès de la salle Pleyel, membre du comité européen.

Pour le conseil général, de nouveaux cantons avaient été créés dans la banlieue Nord. Le 4e canton de Noisy regroupait Romainville et Bobigny. Dans la perspective de la réunification syndicale, des dirigeants communistes furent amenés à opter pour une activité politique. Ce fut le cas de Gourdeaux qui fut élu conseiller général, le 26 mai 1935, dès le premier tour avec 4 240 voix sur 8 971 inscrits. Il fit partie au conseil général de la 5e commission (Enseignement et apprentissage), de la 11e commission (contrôle des travaux, dont il fut le secrétaire) et de la 12e commission (Transport en commun).

Toujours secrétaire de la Fédération postale unitaire en 1935, il devint secrétaire adjoint à Perrot, ex-confédéré, qui avait le titre de secrétaire général, de la nouvelle Fédération réunifiée et fut par ailleurs élu à la Commission administrative de la CGT en 1936. Mais, signataire de la motion de la Vie Ouvrière sur laquelle se retrouvaient les anciens « unitaires » à la veille du congrès de Nantes à l’automne de 1938, il n’y fut pas réélu. En même temps, il fut éliminé, après plusieurs mois d’une lutte acharnée du secrétariat de sa Fédération désormais totalement dominée par les ex-confédérés de la tendance Syndicats, vigoureusement anticommuniste. N’ayant plus de responsabilités syndicales au moment de la guerre, il fut de ceux qui purent échapper à la répression et fut, dans le cours de l’année 1940, un des principaux responsables clandestins des organisations ouvrières communistes. Condamné à mort par contumace, il demeura jusqu’à la Libération de Paris un des dirigeants clandestins des postiers et fut, à partir de 1943, avec J. Chaumeil et V. Gosnat, responsable du service des cadres.

Il présida d’ailleurs la Commission centrale de contrôle politique à partir de juin 1945 puis siégea à la Commission de contrôle financier jusqu’en 1959. En 1949, Léon Mauvais lui fit des "observations sévères" au nom du secrétariat, car « depuis quelque temps [il] manque de fermeté »

Gourdeaux fit partie du conseil municipal de Paris et du conseil général de la Seine de 1945 à 1959.

Au moment de sa mort survenue en octobre 1961, Henri Gourdeaux était vice-président de l’Amicale des Vétérans du Parti communiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73556, notice GOURDEAUX Henri, Lucien, Ernest par Justinien Raymond, Jean Maitron, Yves Lequin, François Roux, version mise en ligne le 26 août 2009, dernière modification le 29 février 2016.

Par Justinien Raymond, Jean Maitron, Yves Lequin, François Roux

Compère-Morel, Encyclopédie socialiste, op. cit.

ŒUVRE : H. Gourdeaux collabora aux organes socialistes fédéraux : Le Combat social du Gard et La Lutte sociale de Vaucluse. — L’agression contre les retraites et les fonctionnaires, Paris, Bureau d’édition, 1932, 72 p. — Préface à E. Fleury, La participation des postiers parisiens à l’insurrection nationale, Paris, septembre 1944.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13090, F7/13091, F7/13092, F7/13165, F7/13265, F7/13735, F7/13802, F7/13810. — Arch. PPo. 101, PPo. 300, PPo. 306, Ba/1715. — Arch. Dép. Vaucluse, 3 M 279-280, 1 M 824, 1 M 855, 1 M 840, 1 M 724. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — I. M. Th. bobines 32, 52, 65, 97, 156. — Arch. Jean Maitron, fiche H. Gourdeaux. — Le Quotidien du Vaucluse, 1er août 1914. — L’Humanité, 3 et 6 octobre 1961. — Le Monde, 4 octobre 1961. — Le Conseil municipal, nos édiles, op. cit. — Le congrès de Tours, édition critique, op. cit. — Compte rendu du congrès socialiste de Nîmes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, pp. 69-82, passim. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, p. 334. — Notes communiquées par l’Institut Maurice Thorez. — A. Autrand, Statistiques des élections parlementaires en Vaucluse, 1930. — A. Autrand, Un siècle de vie politique en Vaucluse, Avignon, 1958. — G. Frischmann, Histoire de la Fédération CGT des PTT, Paris, Éditions sociales, 1969. — Jean Chaumeil, Venise Gosnat, Paris, Éditions sociales, 1975. — S. Courtois, thèse, op. cit. — D. Stéphany, Le personnel de la CGT de 1936 à 1939, op. cit. — Témoignage de Léon Mothes recueilli par F. Roux. — Notes de Jacques Girault. — État civil.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, ibid., p. 69.

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