GOUJON Lazare

Par Maurice Moissonnier

Né le 23 juillet 1869 au Creusot (Saône-et-Loire), mort le 18 avril 1960 à Lyon (IIIe arr.) ; docteur en médecine ; militant et élu socialiste du Rhône ; maire de Villeurbanne, député socialiste du Rhône (1928-1936).

Lazare Goujon, fils d’un ouvrier mineur devenu sabotier, appartenait à une famille de sept enfants. Un jour, pour fait de grève, son père dut quitter le bassin de Saint-Étienne et aller travailler à Montceau-les-Mines. Le jeune Lazare avait douze ans et, comme la vie au foyer était dure, il fut placé comme apprenti-maçon. Ses frêles épaules durent porter « l’oiseau », la civière à mortier. Malgré la dureté de la tâche quotidienne, il étudia, servi par un esprit éveillé et une volonté farouche. Grâce à son succès au concours des Bourses, il put suivre au collège de Louhans puis au lycée Lamartine de Mâcon, une bonne scolarité secondaire. Il entreprit ensuite des études à la Faculté de médecine de Lyon qu’il parvint à financer en exerçant la fonction de surveillant à l’Institution Fulton à La Demi Lune, localité voisine de Lyon.

Après avoir exercé quelque temps à Lyon, il installa son premier cabinet à Villeurbanne : le choix d’une ville ouvrière n’était pas étranger à son option politique car il avait rejoint dès 1888 le Parti ouvrier Français de Guesde puis il donna son adhésion au Parti socialiste SFIO né de l’unification de 1905.

Mobilisé en 1914, il fut affecté à l’hôpital militaire de Vienne (Isère) mais il demanda à partir au front et se retrouva dans l’armée d’Orient où, pour sa conduite, il reçut, des mains du général Sarrail, la croix de la Légion d’honneur. Démobilisé en 1919, il participa activement à la création de l’œuvre Villeurbannaise des enfants à la montagne. À la suite d’une crise qui avait éclaté dans d’ex-municipalité, socialiste dirigée par Jules Grandclément*, entré au Parti communiste après le congrès de Tours, des élections partielles pour quinze sièges eurent lieu le 23 avril 1922. Les socialistes SFIO gagnèrent tous ces sièges et Lazare Goujon, qui était candidat, entra au conseil municipal.

En octobre 1924, à la tête d’une liste socialiste et radicale il obtint 5 151 voix battant la liste communiste et la liste de l’Union socialiste-communiste. Élu maire le 2 novembre 1924, il obtint le renouvellement de son mandat jusqu’au 20 mai 1935. Pendant toute sa magistrature il prêta une grande attention aux problèmes d’équipements sportifs et scolaires. Sous son impulsion, la municipalité créa des internats primaires ruraux à Poncin (Ain) pour les garçons et Chamagnieu (Ain) pour les filles, cinq groupes scolaires, un service de cantine scolaire. Dans une ville en croissance rapide 80 000 habitants vers 1930, frappée par le chômage (plus de 2 300 chômeurs secourus en 1932), il entreprit de mener à bien un vaste plan d’urbanisme.

Après en avoir obtenu par un décret du 18 avril 1931, l’autorisation, il créa, pour ce faire, la Société villeurbannaise d’urbanisme au capital de 10 000 000 F (en 10 000 actions de 1 000 F). La municipalité en détenait 3 400 (soit pour 3 400 000 F) et les œuvres sociales de la commune 250 (250 000 F). Le reste avait été acquis par des entrepreneurs lyonnais ou villeurbannais, une quinzaine de sociétés représentant les différents métiers du Bâtiment. Ces souscripteurs qui participaient aux travaux s’engageaient à modérer leurs prix, le conseil d’administration de la SVU comprenait sur ses dix membres trois représentants de la municipalité et Lazare Goujon en assumait la présidence. La société constituée pour soixante ans se fixait pour but : l’achèvement d’un Palais du Travail doté d’une piscine, d’un cercle municipal et d’un théâtre pour un prix qui ne devait pas excéder 7 000 000 F, la construction d’un nouvel hôtel de ville (prix fixé 9 000 000 F), l’achat d’une usine désaffectée, la Compagnie d’applications mécaniques et ses dépendances, la participation à la viabilisation du quartier, 20 000 m2 enfin, lui étaient cédés en plein centre, à bail emphytéotique de soixante ans pour la construction d’HLM (prix évalué à 90 000 000 F). La ville devait participer aux bénéfices d’exploitation au prorata de ses actions et l’ensemble (1 700 logements) devait lui revenir en toute propriété au bout de soixante ans.

La municipalité escomptait de cette rénovation de nouvelles ressources (patentes et taxes découlant des constructions, part des loyers, etc.) ainsi que l’emploi de centaines d’ouvriers villeurbannais. Si ce dernier objectif fut partiellement atteint, de sérieuses difficultés financières aggravées par le prolongement de la crise économique conduisirent les conseillers à voter 200 centimes additionnels, au grand mécontentement de la population.

Attaquée avec vigueur à la veille des élections de 1935, la liste du docteur Goujon arriva en deuxième position au scrutin du 5 mai (3 561 voix contre 4 314 au leader de la liste communiste Camille Joly*. Au scrutin de ballottage du 12 mai, la tête de liste communiste récoltait 6 508 voix tandis que Lazare Goujon, désavoué, arrivait avant dernier sur sa propre liste socialiste et radicale avec 4 425 voix.

Battu, il lui restait cependant le siège de député du Rhône de la 12e circonscription qu’il avait enlevé de haute lutte aux législatives de 1928 au 2e tour (8 573 voix contre 6 025 à Jules Grandclément*) et qu’il avait conservé au deuxième tour en 1932 avec 10 879 voix. À la Chambre des députés il se consacra principalement aux travaux de la commission de la santé publique.

En 1940, il ne vota pas l’investiture de Pétain. Son attitude pendant l’Occupation lui valut la suspicion et une arrestation de la police allemande, c’est pourquoi il se retrouva, du 6 mai 1945 au 26 octobre 1947 dans la municipalité provisoire de Villeurbanne dirigée par le communiste Georges Lévy*. Au scrutin du 19 octobre 1947 il arriva premier sur la liste SFIO avec 3 363 voix (moyenne de liste 2 797) et reprit le 26 octobre le siège de maire ; il fut réélu le 26 avril 1954 dans les mêmes conditions (4 712 soit pour une moyenne de liste de 4 275) mais, en raison de son âge, il démissionna le 3 mai 1953 des fonctions de maire au profit d’Étienne Gagnaire* et ne se représenta pas aux élections suivantes.

Le 27 mai 1967 une stèle élevée à sa mémoire a été inaugurée à proximité de l’hôtel de ville de Villeurbanne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73544, notice GOUJON Lazare par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 25 août 2009, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires. — Villeurbanne 1924-1934. Dix ans d’administration socialiste, mairie de Villeurbanne, 500 p. illustrations — Barthélémy Mayéras, « La vie municipale : Villeurbanne » in Le Populaire, 17 juin 1934. — Le Monde, 20 avril 1960. — Bulletins municipaux de Villeurbanne 1922, 1924, 1929, 1935, 1947, 1954 et presse locale Le Progrès, en particulier. — Lazare Goujon « Le nouveau centre de Villeurbanne », conférence prononcée le 6 août 1932 déposée à la Bibliothèque de la ville. — Discours prononcés à l’occasion de ses funérailles le 22 avril 1960 (dans le Bulletin municipal de mai 1960). — G. Rieussec, Les courants politiques du Rhône, types et silhouettes 1870-1934 (Lyon, 1935). — Mairie de Villeurbanne, 8 janvier 1980. — Témoignages de militants.

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