JURQUET Jacques [JURQUET Alphonse, Jacques]

Par Robert Mencherini

Né le 2 avril 1922 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; inspecteur des contributions indirectes ; résistant et militant du PCF à Marseille, dans le Jura et en Seine-et-Marne, puis créateur et secrétaire général du Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF), membre de la présidence d’honneur de l’Association des amitiés franco-chinoises (AAFC) ; militant du MRAP.

Né en 1892 à Carpentras, Albert Jurquet, le père de Jacques, fut grièvement blessé pendant la guerre de 1914-1918. Marié en 1920 à Germaine, Amélie Gaich, il fut nommé, en 1922, professeur de physique-chimie à Fontainebleau. C’est dans cette ville que Jacques Jurquet fut scolarisé, au collège Carnot, et que naquit, en 1929, sa sœur Annie.

La famille regagnait régulièrement Marseille où résidaient les grands-parents. Le grand père maternel de Jacques Jurquet, Émile Gaich, catholique, y était pharmacien de l’Assistance publique au Bureau de bienfaisance, rue de Lodi, près de l’église de Notre-Dame du Mont où Jacques Jurquet fut baptisé. Son grand père paternel, Louis Jurquet, athée et anticlérical d’origine lozérienne, était contrôleur des contributions indirectes à la gare d’Arenc dans les quartiers nord de la ville.

Jacques Jurquet fut sensibilisé, dès sa jeunesse, aux idées socialistes. Son père était militant de la SFIO et, dans les années 1930, la famille hébergea, à Fontainebleau, des réfugiés anti-nazis. Très tôt, le collégien s’essaya à développer une activité anti-fasciste, en lien avec la Ligue internationale scolaire pour la paix (LISP) et la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). À quatorze ans, il participa, avec son père, à la manifestation parisienne du 14 juillet 1936 dont l’ampleur l’impressionna. Désirant rejoindre les Jeunesses socialistes, il prononça à Fontainebleau, le 31 juillet 1936, devant une assemblée locale des adhérents de la SFIO, un discours sur Jean Jaurès. Pendant le même été, il fut délégué, à Marseille, à une « semaine d’études des Jeunesses socialistes » ouverte par Henri Tasso* et à laquelle participait Gaston Defferre.

En octobre 1936, Jacques Jurquet entra en classe de seconde au collège de Pont-de-Vaux (Ain) où son père avait été nommé principal. Lors de la guerre d’Espagne, influencé par la lecture de l’Humanité, Jacques Jurquet écrivit à l’ambassade d’Espagne pour proposer de s’engager dans les Brigades internationales-vainement-et vendit des cartes postales au profit des enfants espagnols. En octobre 1937, son père obtint la direction du collège de Poligny (Jura). C’est dans cette petite ville que Jacques Jurquet poursuivit ses études en première A puis A’ et en terminale de Mathématiques élémentaires. C’est également dans le Jura qu’il s’initia, en 1939, à l’aviation. Il obtint son baccalauréat à Lons-le-Saunier, en mai 1940, quinze jours avant la défaite française.

À la rentrée de 1940, Jacques Jurquet fut interne au lycée du Parc de la Tête d’Or à Lyon (Rhône), élève en classe de mathématiques spéciales, préparatoire à l’École de l’Air et à l’École navale. Une jaunisse le ramena à Poligny en janvier 1941. C’est pendant sa convalescence que le jeune homme rencontra et aima Machla Feigenbaum, une jeune juive, réfugiée de Pologne. En juillet 1941, Jacques Jurquet partit pour Marseille avec sa compagne enceinte. Il s’y marièrent, le 6 septembre 1941. Le couple eut trois enfants, Claude, né en 1942 à Marseille, Michel, né en 1943 à Poligny, Viviane, née en 1944, à Poligny.

À Marseille, en 1941-1942, Jacques Jurquet, jeune père de famille, travailla d’abord au tri postal de la rue Honnorat, puis à la Mairie de Marseille au bureau des services des TAM (Transports, Ateliers et Magasins) du Boulevard Chave. Il fréquenta en même temps la faculté des lettres d’ Aix-en-Provence. À la fin 1941, à Marseille, il adhéra au Parti communiste clandestin par l’intermédiaire d’un cousin cheminot. Le 14 juillet 1942, il participa à Marseille à la manifestation patriotique des organisations de résistance.

Le 4 novembre 1942, il fut mobilisé aux Chantiers de jeunesse sur la presqu’île de Giens (Var). Il obtint, en janvier 1943, sa mutation aux Chantiers de Fied, dans le Jura, sa femme s’étant réfugiée à Poligny. Démobilisé le 15 juin 1943, il fut requis pour le STO. Mais, près de Saint-Amour, il sauta du train en route pour l’Allemagne et retrouva sa famille à Poligny. Jacques Jurquet rallia un maquis-refuge des MUR (groupement de réfractaires) au Bois des Moidons dans le Jura. Chassé par le froid, le chantier forestier se dispersa en décembre 1943. Jacques Jurquet se cacha alors à Arbois (Jura) avec son épouse et son dernier fils. Sous la fausse identité de Jourdan, il travailla comme ouvrier piqueur riveteur aux Établissements Fibra. Il participa aussi clandestinement à un triangle du PCF, arracha des affiches allemandes et confectionna des papillons communistes.

En juin 1944, il rejoignit, près de Salins-les-Bains, dans les bois d’Ivrey, le chef d’état-major des FFI du Jura Nord, Roger Robbe-Voirin dont il devint secrétaire. Après la libération de la région, il s’engagea, le 10 septembre 1944, dans le 1er régiment de Franche-Comté et fut intégré dans la 3e division d’infanterie algérienne du général de Montsabert. Affecté à l’État-major comme officier de liaison avec le 3e RSAR-Régiment de spahis algériens de reconnaissance, il participa à l’offensive des Vosges. Blessé, dans une collision, près de Remiremont, le 28 novembre 1944, il subit une patellectomie (ablation de la rotule). Hospitalisé à Besançon, puis à Dijon et Autun, il retrouva sa famille à Poligny le 8 mai 1945.

Il fut réformé pour blessure de guerre le 14 mars 1946. Il milita alors jusqu’en septembre 1946 au PCF dans le Jura et mena campagne contre le candidat radical à la députation Edgar Faure. À cette époque, il exerçait les fonctions de contrôleur stagiaire des impôts à Poligny, dans l’attente du stage national d’inspecteur, débutant à Paris en octobre 1946. Il avait en effet réussi en 1941 le concours d’entrée dans cette fonction, mais n’avait pu rejoindre l’École de formation des Inspecteurs en raison de sa mobilisation dans les Chantiers en 1942, puis de son illégalité comme réfractaire au STO. Durant toute la période de son stage professionnel parisien, jusqu’en septembre 1947, il milita au PCF dans le XIIIe arrondissement, diffusant l’ Humanité-Dimanche au métro Glacière tous les samedis. Il fut aussi secrétaire bénévole à l’Assemblée nationale du député communiste du Jura, André Barthélémy. C’est enfin pendant cette période qu’il fut élève, le soir, rue Lafayette, des écoles internes du PCF et de l’Université nouvelle.

Nommé à Melun (Seine-et-Marne), il participa à la direction fédérale du PCF. Il fut chargé plus particulièrement des questions de formation idéologique et théorique pour la Seine-et-Marne. En 1949, il fut emprisonné une semaine à la prison de Melun, inculpé de « coups et blessures à officier de l’ordre public »contre le maire RPF de Melun, maître Tunc. Mais l’affaire se solda par un non-lieu. Il participa également en 1952 aux manifestations contre l’impérialisme américain. Un militant ouvrier métallurgiste en grève, Alfred Gadois fut tué à ses côtés lors d’une manifestation spontanée contre un camion GMC de l’armée américaine.

Il obtint, à sa demande, sa mutation professionnelle à Marseille, le 1er janvier 1954. Membre du comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône, il exprima ses premiers désaccords avec le parti à propos de la guerre d’Algérie. Ainsi, il désapprouva le vote des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet en 1956. Il rencontra, la même année, Baya Bouhoune, ancien membre du comité central du Parti communiste algérien, qui avait joué un rôle de premier plan dans le mouvement des femmes et venait d’être expulsée d’Algérie. Il effectua en 1957, un voyage en URSS et en Tchécoslovaquie en tant que syndicaliste CGT. En 1959, Jacques Jurquet fut écarté du comité fédéral du PCF pour avoir refusé de rompre avec Baya, soupçonnée d’avoir une activité clandestine avec le FLN. À partir de 1960, il milita dans les quartiers Nord de Marseille, en accord avec l’organisation algérienne. Il accomplit des missions exclusivement sociales et humanistes.

En 1963, s’interrogeant sur la rupture sino-soviétique et peu convaincu par la condamnation du Parti communiste chinois par le PCF, il prit contact, à l’occasion d’une projection de film, avec le comité de Marseille de l’Association des amitiés franco-chinoises et avec son secrétaire, Marcel Coste, militant, lui aussi, du PCF. C’est par son intermédiaire qu’il découvrit les « 25 points » du Parti communiste chinois (« Propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international, du 14 juin 1963 ») avec lesquels il manifesta son accord. Il fonda, avec d’autres membres du PCF, dont son beau-frère, Christian Maillet, un « cercle d’études » à Marseille qui prit contact avec l’ambassade chinoise à Berne. Ce cercle s’étoffa rapidement et établit des liens avec d’autres groupes prochinois du département, de Clichy, du Quartier latin et celui de Perpignan, avec François Marty*, instituteur retraité, militant communiste de longue date. Les premiers contestataires furent rejoints localement par Vincent Marchetti, secrétaire général des syndicats CGT des Marins, Louis Rovini, ancien déporté, Georges Gauthier, fils du docteur Gauthier, Alain Castan, ancien militant des réseaux de soutien au FLN. Jacques Jurquet fut exclu du PCF, le 21 avril 1964, par huit voix contre quatre, lors d’une réunion de cellule présidée par Roger Donadio. Cette exclusion fut suivie d’autres, dont celle de Christian Maillet par la cellule Vauban de Marseille.

Les 4 et 5 juillet 1964, à Saint-Julien de Boutière, en Ardèche, une rencontre des militants de Marseille, Aix-en-Provence, Saint-Savournin (dans le bassin minier des Bouches-du-Rhône), Bordeaux, Grenoble, Perpignan, décida la création d’une Fédération des cercles marxistes-léninistes.

À partir de ce moment, Jacques Jurquet eut des rencontres fréquentes avec les dirigeants chinois. En juillet 1964, sollicité par les Chinois, il participa, avec une délégation française, à une conférence internationale, organisée par le Gensukyo (Mouvement de la paix japonais), contre les armes de destruction massive à Tokyo. Le voyage se poursuivit jusqu’en Chine populaire à Shanghai et Pékin où il fut reçu, avec d’autres délégués, par Mao Zedong. Parallèlement, les contacts se poursuivaient avec l’ambassade chinoise en Suisse. Au retour d’un des voyages à Berne, le 19 juin 1965, les militants français furent arrêtés et expulsés par les Suisses.

Jacques Jurquet effectua trois autres voyages en Chine, en août septembre 1965, en septembre 1966, après le déclenchement de la « Grande Révolution culturelle prolétarienne » et à la fin août 1967, après avoir conduit, du 8 au 15 août 1967, une délégation à Tirana, en Albanie. Il connaissait déjà ce dernier pays pour y avoir effectué une première visite, en compagnie de François Marty, pour les cérémonies du 1er Mai 1965. Il avait d’ailleurs rencontré, à cette occasion, Enver Hoxha.

Le premier numéro du mensuel l’Humanité nouvelle parut en février 1965 à quinze mille exemplaires. Jacques Jurquet en fut le secrétaire de rédaction, Régis Bergeron, ancien journaliste du PCF, le rédacteur en chef et François Marty le directeur de publication. Lors des élections présidentielles de décembre 1965, l’Humanité nouvelle critiqua la décision du PCF de soutien à François Mitterrand* et appela à voter nul au deuxième tour. La Fédération des cercles marxistes-léninistes - qui commençaient à avoir une certaine influence - décida de réunir une conférence nationale, salle Lancry à Paris, le 26 juin 1966. Jacques Jurquet y présenta un long rapport intitulé « En avant pour une analyse concrète de la situation des classes sociales françaises ! En avant pour la création du Parti communiste français (marxiste-léniniste) ! ». La décision fut prise de créer, dans un premier temps, un « Mouvement communiste français (marxiste-léniniste) ». Dans les semaines suivantes, Gilbert Mury* annonça son adhésion au nouveau mouvement. Mais ce dernier était en butte à l’hostilité du PCF dont des militants attaquèrent, le 5 mai 1967, un meeting du MCF (ML) dans la grande salle de la Mutualité. Plusieurs militants furent blessés et un portrait géant de Ho Chi Minh fut lacéré et déchiré. Jacques Jurquet et Gilbert Mury qui devaient prendre la parole, furent évacués à temps.

Fin décembre 1967, le congrès de fondation du PCMLF réunit 104 délégués, près d’Aix-en-Provence, à Puyricard (Bouches-du-Rhône), dans la propriété agricole de Georges Gauthier. Le climat était tendu : les participants essuyèrent des coups de feu et mirent en cause des militants du PCF. Jacques Jurquet, auteur du rapport politique, fut élu secrétaire général du nouveau parti avec Raymond Casas, ouvrier métallurgiste. Pour assurer pleinement ses nouvelles responsabilités, il prit un congé sans solde d’un an et s’installa, avec Baya, en mars 1968 à Paris. Ce déménagement lui permit de participer aux événements de mai-juin 1968 dans la capitale. Tout en soutenant le mouvement étudiant, en participant aux manifestations et en émettant des communiqués journaliers, le PCMLF fut loin d’avoir, dans ces circonstances, un rôle dirigeant. Le 12 juin 1968, il fut pourtant dissout, comme dix autres organisations d’extrême gauche.

S’ouvrit alors une période de clandestinité au cours de laquelle Jacques Jurquet s’employa, avec d’autres dirigeants, à retisser les liens du parti autour d’une direction centrale clandestine. La parution, à Marseille, de l’hebdomadaire Provence rouge, le 19 septembre 1968 (32 numéros), sous la direction de son beau-frère, constitua un ballon d’essai pour la parution, le 1er février 1969, de l’Humanité rouge. Parallèlement, l’Humanité nouvelle, dont le premier numéro clandestin avait été imprimé à Marseille, continua son existence clandestine toujours sous la houlette de Jacques Jurquet. De janvier 1968 jusqu’au 2 avril 1977, Jacques Jurquet vécut comme permanent du PCMLF, recevant une mensualité très modeste, égale à celle des autres permanents. Le 2 avril 1977, jour de ses cinquante-cinq ans, il put faire valoir ses droits à pension de retraite civile, grâce aux annuités que lui conféraient ses temps de résistance homologués et son engagement dans la Première armée française.

En dépit de ces circonstances, les contacts furent maintenus avec l’Albanie et la Chine. Jacques et Baya Jurquet, ainsi que François et Suzanne Marty, passèrent, en août 1969, des vacances en Albanie. Jacques Jurquet retourna dans ce pays en novembre 1972, pour les cérémonies du 60e anniversaire de l’indépendance. Il conduisit aussi des délégations du PCMLF en Chine en décembre 1969, en août 1971, (au cours de laquelle Jacques Jurquet s’entretint le 7 septembre 1971 avec Chou En Lai), en novembre 1973, et du 6 juin au 29 juin 1975.

En France, le PCMLF, en butte à la répression (arrestation de plusieurs dirigeants au début de 1970) connut aussi un débat interne très vif qui aboutit en février mars 1970 à la création d’un « bureau politique majoritaire », très critique par rapport à Jacques Jurquet, dénoncé comme porteur d’une « valise révisionniste ». La direction clandestine réussit toutefois à reprendre, en 1973, le contrôle de l’organisation. Le PCMLF fondait son action sur la stratégie “classe contre classe”, préconisée par Jacques Jurquet, et sur la solidarité internationaliste. Il réunit en ce sens plusieurs meetings, où intervint Jacques Jurquet. Ainsi, le meeting internationaliste prolétarien, du 26 février 1971 à la salle Lancry, en présence de dirigeants chinois et indochinois, ou ceux d’avril et mai 1972, à la Mutualité, l’un en solidarité avec l’Indochine, l’autre sur la « lutte des classes ». Le PCMLF célébra aussi, en mars avril 1971, le centième anniversaire de la Commune de Paris, créant à cette occasion les Éditions du Centenaire et ouvrant, rue de Belleville, la librairie Les Herbes sauvages (titre d’une nouvelle du poète chinois révolutionnaire Lou Sin).

En juillet 1972, Jacques Jurquet dirigea un numéro spécial de l’Humanité rouge consacré à la guerre d’Algérie. Il critiqua aussi dans l’Humanité rouge les autres groupes d’extrême gauche pour leur « gauchisme ». À l’occasion de l’assassinat du représentant de l’OLP en France, Mahmoud El Hamchari, le 8 décembre 1972, Jacques Jurquet conduisit une délégation du PCMLF au cimetière musulman de Bobigny. Il prit aussi la parole, au nom des organisations françaises, au meeting du 11 janvier 1973 au théâtre Marcadet de Paris à la mémoire de ce militant et contre la venue en France de Golda Meir.

Il participa aux manifestations antifascistes qui amenèrent, de nouveau, la dissolution de plusieurs organisations d’extrême gauche. Par sécurité, il retourna alors à Marseille et se trouva associé plus étroitement aux événements de cette ville. Il prit position, dans un meeting présidé par Jean Espana, contre la répression et la dissolution de la Ligue communiste. En décembre 1973, il participa activement aux manifestations de protestation après un attentat meurtrier contre le consulat d’Algérie à Marseille dont il rendit compte dans l’Humanité rouge.

Parallèlement, au deuxième trimestre 1973, il devint directeur, sous le pseudonyme de Gaston Lespoir, de la nouvelle revue théorique Prolétariat où il écrivit aussi sous le pseudo Michel Viviant.

En mars 1974, il dénonça, dans une lettre à Georges Pompidou, le film de Jean Yanne, Les Chinois à Paris. Il participa aussi activement aux cérémonies commémoratives d’octobre 1974, pour le 25e anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine, organisées par l’AAFC dont il était membre de la Présidence d’honneur. Parallèlement, il dénonça le « social-impérialisme soviétique », le 6 décembre 1974, lors d’un meeting et d’une manifestation hostile à la visite de Brejnev en France.

Du 13 au 20 mars 1975, eut lieu à proximité de Luynes, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le deuxième congrès (clandestin) du PCMLF. L’organisation bénéficia alors du renfort de la tendance « gauche révolutionnaire » du PSU. Jacques Jurquet proposa une inflexion de la ligne politique du parti, dans le cadre d’une troisième guerre mondiale estimée proche, et une stratégie de rapprochement - contre l’impérialisme soviétique - avec certains dirigeants de droite comme Michel Jobert. Cette orientation suscita débat au sein du parti et Jacques Jurquet fut amené à la rectifier lors d’un “Rassemblement ouvrier national” le 4 février 1976.

L’Humanité rouge devint quotidien à partir du 1er Mai 1975 en tant que « publication des communistes marxistes-léninistes de France ». Le journal consacra une place importante à la grève des foyers Sonacotra de la région parisienne, un accord ayant été passé entre Jacques Jurquet et les dirigeants de la lutte du foyer de Saint-Denis. Lors de la mort de Chou en Lai en janvier 1976, puis de celle de Mao Zedong, en septembre 1976, Jacques Jurquet fit part de son émotion dans le quotidien. Il publia à cette dernière occasion un long article dans un numéro spécial de l’Humanité rouge, 9-10 septembre 1976, « La pensée Mao Zedong est éternelle ». Les relations du PCMLF avec l’Albanie et la Chine devinrent plus complexes du fait des tensions entre ces deux pays. Au début novembre 1976, Jacques Jurquet assista au VIIe congrès du PC d’Albanie, très critique par rapport aux Chinois. Il refusa d’applaudir le discours d’Enver Hoxha. Lors d’une nouvelle délégation française en Chine le même mois, l’Albanie fut cette fois mise en cause.

Jacques Jurquet présenta le rapport politique au troisième congrès du PCMLF, les 21 et 22 janvier 1978, boulevard Jean-Jaurès à Paris. Deux mois après, le parti redevint une organisation légale sous le sigle PCML.

Un dixième voyage en Chine, en août 1978, fut suivi d’une visite au Cambodge où Jacques Jurquet rencontra Pol Pot. De retour en France, en octobre 1978, il dénonça, à la radio et dans la presse, les positions des médias à propos du Cambodge. Le 7 octobre 1978, un article parut en ce sens dans Le Provençal sous le titre « Des Marseillais au Cambodge racontent ».

Plusieurs crises affectèrent le PCML à la fin des années 1970. La crise « albanaise » amena des tensions qui conduisirent à l’exclusion, en octobre 1978, de Suzanne Marty, veuve de François Marty, accusée de prendre parti contre Mao Zedong, en faveur des positions albanaises. En Bretagne, de juin 1978 à la fin 1979 d’autres dissensions politiques amenèrent l’exclusion de plusieurs dirigeants régionaux. À la fin du mois d’avril 1980, du fait d’une situation financière difficile l’Humanité rouge redevint hebdomadaire, Jacques Jurquet en demeurant directeur politique. Il effectua, du 16 octobre au 4 novembre 1980, un onzième voyage en Chine où lui fut annoncée la nouvelle politique d’ouverture du PCC aux eurocommunistes et au PS français sur la base de l’antisoviétisme.

En France, Jacques Jurquet constata alors une « dure lutte de lignes contre le courant petit bourgeois qui s’installa progressivement dans nos rangs à tous les niveaux, des cellules de base jusqu’au secrétariat du comité centra ». Le quatrième Congrès du PCML, redevenu légal, réunit cent délégués du 29 janvier au 1er février 1981. Le comité central fut élu à bulletins secrets. Jacques Jurquet qui, selon son témoignage, demeura muet la plupart du temps, fut élu tout de même à la quasi-unanimité au comité central, puis au bureau et au secrétariat politiques, lors de la première session de ce comité central, le 14 février 1981. Au congrès de l’AAFC du 6 au 8 juin 1981, il fut réélu membre de la Présidence d’honneur, mais, de fait, la majorité lui échappait. Parallèlement, en dépit de son désaccord avec la démarche, Jacques Jurquet participa à la délégation invitée au congrès du PS et aux discussions avec ce dernier qui proposa aux membres du PCML de rejoindre le PS.

Le débat de tendance s’accentua en 1982 au sein du parti et entraîna la démission de Jean-Luc Einaudi, avec lequel Jacques Jurquet resta en étroit contact. Lors d’un nouveau voyage en Chine, Jacques Jurquet apprit que le PCC avait rétabli ses relations avec le PCF, ce dont il se réjouit dans un communiqué.

L’Humanité rouge fut remplacé par le périodique Travailleurs. Jacques Jurquet en désaccord avec les autres membres du secrétariat, se replia alors sur Marseille. Le cinquième congrès du PCML, réunit 75 à 80 délégués, du 29 octobre au 1er novembre 1983, à Saint Germain au Mont d’Or dans la banlieue lyonnaise. Jacques Jurquet se démarqua et réussit à faire réintégrer l’objectif de « dictature du prolétariat » dans la résolution. Il fut réélu au nouveau comité central de 26 membres, puis au bureau politique et au secrétariat collectif.

L’essentiel de ses activités eut désormais pour cadre la région marseillaise, principalement dans le cadre du MRAP. Il fut néanmoins présent pour accueillir, à Paris, la Marche pour l’égalité, 3 décembre 1983. Mais c’est dans la cité phocéenne qu’il participa à plusieurs manifestations antiracistes et antifascistes, dont celle contre la venue à Marseille de Jean-Marie Le Pen, le 20 février 1985.

Jacques Jurquet s’opposa à la tenue d’un congrès national spécial de 1985, convoqué par les militants parisiens, qui décida d’abandonner les anciens symboles du PCML et de changer le nom du parti en « Parti pour une alternative communiste » (PAC). Le sixième congrès officiel du PCML (20-22 juin 1986), à Dammarie-les-Lys, regroupa 38 délégués. Jacques Jurquet rompit officiellement avec une majorité qu’il considérait comme une « tendance sociale-démocrate de gauche ». Il annonça, dans un communiqué de presse, le 22 juin 1986, sa démission du PAC qui remplaçait désormais officiellement le PCML.

À Marseille, Jacques Jurquet anima pendant plus de dix ans, à compter de janvier 1984, une émission hebdomadaire sur les antennes de la radio marseillaise Radio Galère. Il resta membre de la CGT et d’associations d’anciens résistants, ANACR, anciens FFI de Salins-les-Bains. En 2011, il militait toujours activement au MRAP dont il avait lancé, en décembre 1984, le bulletin INFO-MRAP-13. Il s’était marié, en 1978, avec Baya Bouhoune, membre de la direction nationale du MRAP.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73536, notice JURQUET Jacques [JURQUET Alphonse, Jacques] par Robert Mencherini, version mise en ligne le 25 août 2009, dernière modification le 25 novembre 2014.

Par Robert Mencherini

ŒUVRE : Du temps d’angoisse. Souvenirs et nouvelles, Éditions Servir, 1946. — Arracher la classe ouvrière au révisionnisme, (recueil de textes 1965-1971), Éditions du Centenaire, 1976. — Le printemps révolutionnaire de 1968, Éditions Gît-le-coeur, 1968. — La Révolution nationale algérienne et le Parti communiste français, tome 1, l’anticolonialisme avant 1920 ; tome 2, de 1920 à 1939 ; tome 3, de 1939 à 1945 (les massacres du Constantinois), Éditions du Centenaire, 1973-1979. — Des élections à la lutte armée (Algérie 1945-1954), Éditions du Centenaire, 1984. — Années de feu, Algérie 1954-1956, L’Harmattan, col. Mémoires du XXe siècle, 1997. — « Génocide anticommuniste en Indonésie », suivi de « Annexion fasciste du Timor oriental », Le Livre noir du capitalisme, Éditions le Temps des Cerises, 1998, pages 158 à 182. — À Contre-courant, 1963-1986, Éditions le Temps des Cerises, 2001, préface de Jean-Luc Einaudi. — Jacques Jurquet Vieillesse cruelle, Editions de la Veytizou, 2010.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — RGASPI 495 270 8841, dossier du Komintern. — Jacques Jurquet, Les hurlements de la vie, 2008.— Jacques Jurquet Vieillesse cruelle, Editions de la Veytizou, 2010.

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