GERBAL Raymond, François, Joseph

Par Carlos Escoda, Annie Pennetier

Né le 29 novembre 1924 à Mende (Lozère), mort le 6 décembre 2011 à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) ; journaliste, comédien ; dramaturge, professeur d’art dramatique, metteur en scène ; directeur du théâtre Romain-Rolland de Villejuif (Seine, Val-de-Marne).

<em>Bulletin municipal de Villejuif</em>, octobre 1994
Bulletin municipal de Villejuif, octobre 1994

Raymond Gerbal naquit dans une famille de cinq enfants, dont Blanche Gerbal. Son père, Joseph Gerbal, employé des postes en tant que télégraphiste installateur de lignes, mourut des suites de sa participation à la Première Guerre mondiale ; les enfants devinrent pupilles de la Nation en 1931. Leur mère, Delphine Martin, travailla comme concierge au Musée de Mende. Raymond fut scolarisé, en primaire à l’école religieuse, la famille paternelle étant très catholique, mais par manque d’argent sa mère l’en retira et l’inscrivit au collège professionnel où il suivit des études de métallurgie. Il avait obtenu son certificat d’études primaires en juin 1936, son unique diplôme scolaire.

Pendant la guerre, ses deux frères aînés furent résistants, Pierre rejoignit Alger, Paul s’engagea dans le maquis des Cévennes. Raymond fut interpellé et subit une mise en garde suite à une altercation avec insulte à Pétain dont il niait sa participation. Il se consacra à la création et à la formation théâtrales à partir du moment où, avec les élèves de l’école normale de Mende, il avait, en 1943, réalisé un montage mimé sur Le Joueur de fifre de Hamelin, et avec la compagnie Les Bateleurs, il avait donné, en 1945, à travers la Lozère, soixante-dix représentations du Médecin malgré lui. Il était également employé des postes à Mende, comme porteur de dépêches puis quitta sa ville natale en 1946 pour travailler à Paris dans un central téléphonique et surtout poursuivre ses activités théâtrales ; il s’inscrivit au cours de Charles Dullin.

En 1950, il fut engagé par la compagnie des Pavés de Paris pour jouer, avec Charles Denner et Claude Martin*, dans Drame à Toulon, autour de l’affaire Henri Martin*, militant communiste emprisonné pour « acte de trahison » en 1950, après avoir fait de la propagande contre la Guerre d’Indochine (400 représentations à travers toute la France, dans des conditions de clandestinité). Comédien reconnu, il joua par exemple au Théâtre Marigny, aux côtés de quelques illustres noms comme Claude Martin, Raymond Hermontier ou Jean-Louis Barrault.

Ses qualités d’écriture et ses convictions communistes lui permirent d’être, parallèlement à son activité théâtrale, journaliste à Droits et Libertés, organe du MRAP, et à La Défense (mai 1955-juillet 1957), publication du Secours populaire. À partir de 1956, il fit porter ses efforts sur la création de cours d’art dramatique et de conservatoires municipaux dans le milieu le plus défavorisé : la banlieue parisienne. Gennevilliers, Montreuil, Nanterre, Saint-Ouen, toutes communes à direction communiste, qui bénéficièrent ainsi de son savoir-faire. Militant du Parti communiste, lors d’une distribution de tracts devant une usine Simca de Nanterre, le 23 septembre 1958, le service de sécurité de la firme le blessa d’une balle dans le mollet. Il fut hospitalisé avec plusieurs camarades.

Raymond Gerbal participa ainsi à quelques grandes expériences. La plus exaltante fut celle qui le porta à la direction de la compagnie du Franc-Théâtre, une compagnie professionnelle qu’avaient fondée José Valverde, Gabriel Garant et Henri Delmas dans le but d’apporter un théâtre nouveau aux villes de la banlieue autour d’un répertoire militant. Il y mit en scène des pièces qu’il avait adaptées : Les Héros improvisés, La Mère, Le brave soldat Schweik, Sacco et Vanzetti.

Professeur de théâtre depuis 1961 à Villejuif, Raymond Gerbal fut appelé, en 1964, par la municipalité communiste dirigée par Louis Dolly, à la tête du Théâtre Romain-Rolland qui venait d’être construit. Plus qu’une salle de théâtre, Romain-Rolland était une salle « omnispectacles », avec cinéma, fosse d’orchestre et lieu de conférences, lieu vivant de vie sociale.

Le 28 juin 1964, Raymond Gerbal inaugura son théâtre avec la troupe de Jacques Fabbri et un texte de Shakespeare, Les joyeuses commères de Windsor. Pour découvrir, élargir et structurer son public, un « Centre culturel municipal » fut créé avec l’aide de la municipalité de Villejuif, dont les adjoints successifs à la culture, André Le Bigot et Antoinette Marchand, et une équipe de militants de la culture populaire dont la cheville ouvrière, Gaston Monot avait quitté Renault pour prendre la direction des affaires culturelles de la commune. Un journal régulier, Échanges, fut abondamment diffusé dans les quartiers de Villejuif, et au-delà, à partir de 1967. Il s’adressait également aux comités d’entreprise. Romain-Rolland eut un grand rôle dans la promotion du cinéma d’art et d’essai. La faiblesse des moyens financiers était compensée par la mobilisation d’un grand nombre de bénévoles dans une ambiance chaleureuse.

Raymond Gerbal donna la priorité aux créations originales, les siennes étant également présentes. Ainsi de sa plume, La grande main de Faragaladoum, pièce destinée aux jeunes mais aussi tout-public (1971), Une si belle amitié (1973) avec Armand Mestral, Le mouton à cinq pattes, dans une mise en scène d’Edmond Tamiz (1977), Lazare Dupron (1982), l’une des dernières créations de Raymond Gerbal dans son théâtre. Il fit appel à de grands metteurs en scène tels que Maurice Sarrazin, Jean Dasté, Ariane Mnouchkine, Antoine Vitez, Jérôme Savary. Il fit partie de ceux qui introduisirent en France le théâtre étranger engagé du XXe siècle, ainsi l’américain Arthur Miller (Mort d’un commis voyageur), le russe Maxime Gorki, l’irlandais Eugène O’Neil. Il fit également place à la chanson avec des récitals de Georges Brassens, Léo Ferré, Barbara, Jacques Brel et aux concerts de musique classique.

Soucieux de formation, Raymond Gerbal mit en place un conservatoire d’art dramatique, qui devint l’Atelier Romain-Rolland, permettant à une trentaine d’amateurs de théâtre de vivre l’aventure des comédiens. Les jeunes talents et les jeunes troupes ont pu s’exprimer et se faire connaître à travers les « Rencontres Charles-Dullin » créées à Villejuif et rayonnant dans le Val-de-Marne.

Sa femme, Jeanne Le Gal (née le 16 septembre 1920 à Oran), comédienne professionnelle, faisait également partie de l’aventure depuis qu’ils s’étaient rencontrés aux Pavés de Paris. Licenciée en Lettres, comédienne reconnue, elle enseignait également l’art dramatique. Issue d’une famille communiste (son père présent à Odessa en 1919 était revenu probolchevique), elle militait également au Parti communiste dans le XIIIe arr. Elle joua pour le cinéma, notamment dans L’authentique procès de Carl-Emmanuel Jung de Marcel Hanoun. Mariés le 22 décembre 1956, à Paris XIX arr.ils eurent une fille, Françoise.

Raymond Gerbal quitta la direction du théâtre Romain-Rolland, en 1983, à la demande de la nouvelle municipalité dirigée par Pierre-Yves Cosnier. Très affecté par cette mise à l’écart, il partit avec sa femme, s’installer à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) où le couple possédait une maison. Il dirigea une troupe amateur, donna des cours de théâtre à la Faculté de Montpellier (Hérault) sans objectifs militants, travailla à un projet de musée ethnographique et à un scénario de cinéma ; il avait quitté le Parti communiste et cessé progressivement toute activité. Sa femme mourut le 12 janvier 2002.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73474, notice GERBAL Raymond, François, Joseph par Carlos Escoda, Annie Pennetier, version mise en ligne le 24 juin 2014, dernière modification le 25 juin 2014.

Par Carlos Escoda, Annie Pennetier

<em>Bulletin municipal de Villejuif</em>, octobre 1994
Bulletin municipal de Villejuif, octobre 1994
Photo de Raymond Gerbal fournie par sa fille
Photo de Raymond Gerbal fournie par sa fille

ŒUVRE : La grande main de Faragaladoum a paru chez Magnard en 1971. Lazare Dupron a été publié dans l’Avant-Scène Théâtre.

SOURCES : Carlos Escoda, « Les trente ans du théâtre Romain-Rolland », Chroniques de Villejuif, Éditions Escalier D, 2004, p. 168-176. — Témoignages de sa fille Françoise, de sa sœur Blanche Gillet, de Christian Louvet, de Jean-Louis Lecraver et de Henri Kochman, son successeur à la direction du théâtre Romain Rolland, recueillis par Annie Pennetier. — État civil.

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