GILLET Jean-Claude

Par André Balent, Alain Monchablon

Né le 14 octobre 1941 à Bordeaux (Gironde) ; psycho-sociologue, enseignant dans un IUT, professeur des universités ; militant de l’UNEF et du PSU.

Jean-Claude Gillet
Jean-Claude Gillet
Fourni par Jean-Claude Gillet

Fils d’un employé de banque devenu agent immobilier et d’une mère sans profession, issu d’une famille catholique pratiquante, Jean-Claude Gillet, lycéen, fut notamment influencé par son professeur de philosophie. À dix-sept ans, il adhéra au PSA, puis devint membre du PSU et de l’Association générale des étudiants (AGE) de Bordeaux dès son entrée à la faculté de lettres à la rentrée 1960. Élu au bureau de l’AGE deux ans de suite tout étant surveillant d’internat pour payer ses études, il participa aux congrès de l’UNEF. Élu au bureau national de celle-ci au congrès de 1963, installé à Paris, réélu en 1964, il fit partie des démissionnaires de septembre 1964, en désaccord avec l’infléchissement de l’organisation étudiante vers des thèmes jugés réformistes. Il était membre du comité national des étudiants du PSU depuis 1963, mais ces derniers n’avaient pas depoint de vue commun sur l’orientation du syndicalisme étudiant.

Demeurant parisien, secrétaire de la section Sorbonne (où il poursuivait ses études) des Étudiants socialistes unifiés (ESU), il devint en novembre 1964, avec l’appui de Marc Heurgon dont il était politiquement proche, permanent des ESU et secrétaire national étudiant, ce qui fut officialisé au milieu de l’année 1965. Sillonnant la France, il redressa la situation des ESU qui passèrent de 50 à 500 adhérents en un an et fit renaître Tribune Étudiante.

Quittant le monde étudiant en février 1966 (mais en mai-juin 1968, il assura fortement la présence du PSU dans la Sorbonne occupée), il devint permanent de la fédération de Paris du PSU, dont il fut secrétaire adjoint, puis de Tribune socialiste jusqu’à l’automne 1969. À cette date, il quitta Paris pour les Pyrénées-Orientales où sa femme, Marguerite [« Maguy »] Couture (qu’il avait épousée à Bordeaux en juin 1963, divorçant en novembre 1985), également militante du PSU, fut nommée professeur de lettres modernes.

Installé à Perpignan, Jean-Claude Gillet, n’ayant à ce moment aucune activité professionnelle et ayant repris ses études universitaires (licence de lettres classiques en 1969, maîtrise en 1972, thèse de 3e cycle en 1975), put se consacrer assidûment au militantisme politique en intégrant l’équipe départementale du PSU qui associait des militants anciens (Antoinette Claux, secrétaire fédérale, André Cazals) et des adhérents plus récents. Jean-Claude Gillet, désormais membre du bureau fédéral, devint ainsi secrétaire de la section de Perpignan dès 1970, puis de celle de Perpignan-Nord. En accord avec la direction fédérale, la fédération des Pyrénées-Orientales se situa nettement à la gauche du parti, choisissant, avant le congrès national de Lille (juin 1971) le courant 5 animé par Bernard Lambert*, Marc Heurgon, André Barjonet et Henri Leclerc*. Dès les années 1968-1969, la fédération du PSU, sensible aux thèmes de la « colonisation intérieure » popularisés par l’universitaire occitaniste de Nîmes Robert Lafont* et repris par des militants héraultais du PSU eux-mêmes occitanistes (Jean Huillet*, par ailleurs leader paysan, ou Yves Rouquette*), développa plusieurs campagnes dans ce sens. Jean-Claude Gillet fut convaincu par la pertinence de ces analyses. Cependant, les débats préparatoires au congrès de Lille (juin 1971) rompirent l’unité du groupe qui animait la fédération des Pyrénées-Orientales.

Le 20 juin 1971, peu de temps avant le congrès de Lille, Jean-Claude Gillet fut élu secrétaire fédéral à la place d’Antoinette Claux qui ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat. Mais la délégation des Pyrénées-Orientales à Lille, dont faisait partie Gillet – qui fut le porte-parole, à la fin du congrès, du courant 5 dit « du mouvement politique de masse » –, était politiquement divisée par le soutien à des textes d’orientation divers et unie dans l’opposition à la candidature de ce dernier à la CPN du PSU. Gillet remit sa démission de ses fonctions de secrétaire fédéral dès le 5 juillet à l’issue d’une assemblée des militants perpignanais du parti et en expliqua les motifs dans une longue lettre en date du 12 juillet. Le bureau fédéral élut alors André Balent secrétaire fédéral provisoire, fonction dans laquelle il fut confirmé par un nouveau congrès fédéral réuni dans le courant du mois de juillet, puis par un autre le 21 janvier 1972. Toutefois la crise interne générale du PSU s’accentuait, provoquant des départs successifs de militants de plusieurs courants de gauche. Dans les Pyrénées-Orientales, le bureau fédéral et la plupart de militants qui le soutenaient donnèrent, en octobre, leur démission du parti, l’exclusion de la « Gauche révolutionnaire » représentée localement par Robert Savelli ayant précipité cette décision.

Fin 1972, avant le congrès national de Toulouse, une nouvelle majorité l’emporta dans la fédération départementale du PSU qui fut peu après rebaptisée « fédération catalane ». Jean-Claude Gillet en fut le secrétaire. Les débats autour de l’opportunité d’un rapprochement avec le PS à la faveur de la dynamique du programme commun l’amenèrent, ainsi que la plupart des adhérents de la fédération, à s’opposer à Michel Rocard* et à ceux qui le soutenaient dans sa démarche. Jean-Claude et Maguy Gillet entrèrent à la direction politique nationale (DPN) du PSU en 1974.

Installé à La Rochelle en 1975, secrétaire fédéral PSU de Charente-Maritime dès 1976, il participa au bureau national élargi en 1977, mais refusa en 1979, au moment de l’arrivée d’Huguette Bouchardeau comme secrétaire nationale, des responsabilités autres que celle de secrétaire de la commission de contrôle des conflits et des comptes. Il démissionna du parti « sur la pointe des pieds » en décembre 1979.

Revenu à Bordeaux, secrétaire de la section CFDT de l’Institut régional du travail social d’Aquitaine où il fut responsable pédagogique de la formation de 1985 à 1990, il quitta cette entreprise, puis la CFDT, pour adhérer à la FSU. Soutien à la campagne de Pierre Juquin, puis à celle de Dominique Voynet en 1995, il fut un militant actif du Forum social de Bordeaux en 2003 et d’Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde depuis sa création (membre du conseil d’orientation). Maître de conférences (après avoir passé une nouvelle thèse en sciences de l’éducation en 1993), habilité à diriger des recherches en 1998, puis professeur des universités en 2000, il était retraité et professeur émérite depuis 2003.

En 2010, Jean-Claude Gillet coordonna avec Roger Barralis un ouvrage collectif présenté par Jacques Sauvageot, Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU. Une utopie porteuse d’avenir ? Il y publia six contributions en partie autobiographiques sur l’histoire du parti et de ses étudiants durant les années 1960 et le début des années 1970.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73345, notice GILLET Jean-Claude par André Balent, Alain Monchablon, version mise en ligne le 5 juillet 2010, dernière modification le 12 novembre 2017.

Par André Balent, Alain Monchablon

Jean-Claude Gillet
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Fourni par Jean-Claude Gillet

ŒUVRE (hors recherche universitaire) : co-direction avec R. Barralis, Au cœur des luttes des années soixante, les étudiants du PSU, Publisud, 2010.

SOURCES : Arch. Nat., fonds UNEF, 46AS. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 110 J 11, archives du PSU, Pyrénées-Orientales (vie de la fédération, 1971-1972). — L’Indépendant, 1969-1975. — Roger Barralis, Jean-Claude Gillet (dir.), Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU. Une utopie porteuse d’avenir ?, Paris, Publisud, 2010, 413 p. — Souvenirs personnels d’André Balent. — Souvenirs de Jean-Claude Gillet et archives personnelles. — État civil de Bordeaux.

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