JERRAM Guy, Mérédith (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 7 mars 1896 à Paris (VIIIe arr.), mort le 4 juillet 1951 à Neuilly-sur-Seine (Seine) ; employé, représentant de commerce, correcteur typographe ; secrétaire de l’Association républicaine des anciens combattants ; membre du CC du PC (1924-1935) ; membre du CE (Comité exécutif) de l’Internationale communiste ; exclu du PC en 1935, adhérent à la SFIO à partir de 1944.

Nanti d’une solide instruction secondaire, Guy Jerram fut appelé sous les drapeaux le 13 avril 1915. Démobilisé le 1er septembre 1919, il prit part à la création de la Fédération du Nord de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) dont il devint peu après le secrétaire. Il fut délégué par les socialistes de Valenciennes au congrès de Tours, porteur d’un mandat en faveur de l’adhésion au Komintern. Avec Delaune*, Hentgès*, Brodel et Bonte*, il appartint au noyau fondateur du PC dans le Nord et contribua à son implantation dans le Valenciennois. Révoqué de son poste de fonctionnaire à l’issue des grèves de 1920, il était devenu représentant de commerce et assurait, dès avant la scission, les fonctions de rédacteur-correspondant de l’Humanité à Valenciennes. Organisateur de premier ordre, faisant preuve d’une activité débordante, il devint, en janvier 1921, secrétaire du comité de l’arrondissement de Valenciennes dont il fut le représentant au comité fédéral provisoire du Nord. Lors du congrès constitutif de la Fédération du Nord du PC, il fut élu à la commission administrative avec la responsabilité de la propagande et de son organe officiel, Le Prolétaire. Début 1922, il créa le syndicat CGTU des Métaux de Valenciennes dont il assuma quelques mois le secrétariat ; ensuite, il se consacra exclusivement à l’action politique.

Lors du congrès fédéral en juillet 1922, Jerram fut officiellement nommé directeur du Prolétaire (devenu L’Enchaîné l’année suivante) et secrétaire fédéral avant de prendre, en 1923, le secrétariat permanent. En décembre 1923, il était encore le délégué régional du Parti pour la région du Nord.
Cette même année, il devint secrétaire général de la Fédération du Nord de l’ARAC. Membre du comité central de l’ARAC depuis 1921, il y eut un rôle moteur. Il entra au comité directeur du PC lors du congrès de Lyon (janvier 1924).

Délégué à Moscou au Ve congrès de l’IC (juin-juillet 1924), il fut élu délégué suppléant au CE de l’Internationale communiste. Lors de la seconde séance de l’Exécutif qui, à partir du 12 juillet, suivit ce congrès, il s’opposa à Treint* et ses partisans qui voulaient exclure immédiatement Souvarine* et présenta une contre-proposition qui recueillit 11 voix sur la trentaine que comptait la délégation française.

Sa promotion l’obligea à s’installer à Paris et, après avoir été condamné à quinze jours de prison avec sursis pour « violences et voies de fait à magistrat », en novembre 1924, il abandonna ses fonctions à la tête de la Fédération du Nord, au profit de Cadeau. Il conserva cependant les fonctions de responsable du rayon de Valenciennes et de secrétaire fédéral à l’ « agit-prop » jusqu’en 1926 mais absorbé par ses tâches, il refusa de se présenter à la plupart des élections.

En mai 1925, il fut désigné pour occuper un « emploi de confiance » auprès du CC du PC qui le chargea, peu après, du secrétariat de sa 3e Région. Il s’établit à Nancy. Réélu au CC lors du 5e congrès (Lille, 1926), il partageait alors son action entre Nancy, Paris et Valenciennes où il conservait de solides attaches. Il semble y avoir animé un courant hostile à la tactique « classe contre classe » qui s’exprima ouvertement au bureau régional par l’intermédiaire de Jacob* et de Porreye ; de plus, il s’attira la condamnation du comité central pour avoir présenté une liste commune avec la SFIO à l’occasion des municipales partielles à Valenciennes. Selon les Mémoires de Vassart*, il fut un des treize militants qui votèrent contre la tactique « classe contre classe » au comité central clandestin de Choisy-le-Roi en janvier 1928. Il ne fut d’ailleurs pas réélu au CC lors des 6e et 7e congrès du PC en 1929 et 1932. Toujours actif au sein de la direction de l’ARAC, il s’attira à plusieurs reprises les foudres de la justice pour « propagande antimilitariste » et fut plusieurs fois condamné et emprisonné.

Très satisfaite de son travail à la tête de la Fédération de Meurthe-et-Moselle, la direction du PC oublia momentanément les échos de dissidence venant de Valenciennes et rappela Jerram à Paris en 1930 pour lui confier la lutte contre les adversaires du Parti, les trotskystes, les socialistes et le Parti ouvrier-paysan. Quelques mois plus tard, le comité central le chargea de la réorganisation de l’ARAC qui connaissait de sérieuses difficultés. En novembre 1931, il fut élu secrétaire de l’ARAC et en 1932 secrétaire provisoire du Bureau international du Comité mondial de lutte contre la guerre impérialiste. Réélu à la tête de l’ARAC en avril 1933, il entra bientôt à la direction du Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme ; le 20 août 1933, il fut désigné au secrétariat du comité Amsterdam-Pleyel pour la France.

Était-il en désaccord avec la ligne suivie par l’Internationale depuis la fin des années 1920 ? Lors du comité central de janvier 1934 où fut repoussée la proposition de J. Doriot* de s’adresser non seulement aux ouvriers mais aussi à la direction de la SFIO, avec Renaud-Jean*, Jerram « eut une attitude un peu hésitante ». Ses divergences s’accrurent lors du CC le 14 mars 1934. Le 9 avril, il co-signa la Lettre à l’Internationale communiste rédigée par Doriot*. Dès lors, Jerram perdit rapidement toutes ses responsabilités. Non reconduit au secrétariat général de l’ARAC lors de son congrès en 1934, Jerram fut exclu du PC en juin 1935, puis de l’ARAC en octobre ; il dut également abandonner ses fonctions au Comité mondial de lutte contre la guerre et le fascisme.

Il reprit son métier de correcteur. Début 1936, il créa le journal La Grande tribune qui semble avoir eu une certaine audience auprès des Anciens combattants et milita au sein de la Fédération ouvrière et paysanne des Associations de mutilés de guerre (FOP). Il adhéra à la SFIO en 1944 et y eut des responsabilités jusqu’à son décès.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73290, notice JERRAM Guy, Mérédith (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 13 août 2009, dernière modification le 13 août 2009.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 12 34. — Notes de Pantéleiev. — Notice d’Y. Le Maner, DBMOF, t. 32. — J.L. Panné, Boris Souvarine…, op. cit.— A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit.

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