JANIN Henri Émile, Jules (version DBK)

Par Claude Pennetier

Né le 5 février 1901 à Charquemont (Doubs), mort le 15 juin 1946 ; militant communiste du Doubs puis de Seine-et-Oise, membre de la commission centrale de contrôle politique du PCF (1937 à 1946), membre titulaire du comité central de 1945 à 1946 ; maire de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) de 1935 à 1940 et de 1945 à 1946.

Avis de recherche d’Henri Janin en 1943
Avis de recherche d’Henri Janin en 1943
Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne

Aîné d’une famille de sept enfants, fils d’un artisan horloger, Henri Janin fit ses études dans une école chrétienne puis, titulaire du certificat d’études primaires, fut apprenti dans la métallurgie à l’âge de quatorze ans et devint ajusteur-mécanicien. Membre des Jeunesses communistes depuis 1923 et du Parti communiste depuis 1925, il suivit une école communiste de deux mois à Clichy. Il fut un temps secrétaire du syndicat CGTU des Aciéries de Sainte-Suzanne (entreprise Peugeot), mais la répression patronale l’obligea à changer souvent d’usine. Secrétaire adjoint appointé de la Région communiste du Centre-Est en 1926, il était très lié à un autre militant local, Maurice Tréand, futur membre du comité central et responsable aux cadres qui influa beaucoup sur sa carrière politique. Janin était secrétaire de la Région Centre-Est lors du 7e congrès national tenu à Paris en mars 1932. Il joua un rôle dans le conflit qui conduisit à l’exclusion d’Henri Jacob*, ancien membre du comité central, dirigeant du rayon communiste de Belfort et secrétaire de la 5e Union régionale CGTU (Doubs, Jura, Haute-Saône). Son attitude fut dans un premier temps conciliatrice et il affirma avoir soutenu jusqu’au bout la candidature de Jacob* aux élections législatives de mai 1932, mais lorsque la direction nationale en décida autrement, il demanda à Jacob* d’agir « en vrai bolchevik » et de « démontrer ensuite, par son travail, qu’il [était] victime d’une erreur » (Arch. Nat. F7/13261, rapport du 2 avril 1932).

La direction du Parti communiste lui demanda de venir dans la région parisienne et de suivre les cours de l’École léniniste de Moscou de fin 1933 à fin 1934. 26 décembre 1932 au 20 octobre 1933, sous le nom de Damon. Il habitait dans les locaux de l’ELI. Il appartenait au 3e contingent d’un an, prévu pour une arrivé fin 1932 et un départ début 1934.. Cette promotion comprenait vingt-deux militants.

André Marty qui, lors de la Cistka (épuration) de 1933 à l’École Lénine, explique le bon usage de l’autocritique comme méthode de travail au Parti. Il critiqua sévèrement une "approche libérale et non bolchevique » Lors d’une discussion autocritique du secteur français les fautes dévoilées par Marty sont analysées par Danon : " Nous nous sommes efforcés de mettre en relief les côtés positifs de notre travail en estompant les côtés négatifs. Pendant l’épuration il en fut de même. Nous n’avons pas compris que l’épuration était la forme la plus haute de l’autocritique et un levier puissant d’éducation en même temps que de correction des fautes. Il fallut la voix de notre camarade MARTY pour nous rappeler ces vérités."

Selon son autobiographie remplie en décembre 1937, il avait été « secrétaire administratif du Parti » de janvier à mai 1935.
Domicilié à Villeneuve-Saint-Georges, Janin fut élu maire communiste en mai 1935 puis conseiller général en 1937 et vice-président du conseil général de Seine-et-Oise.

En 1937, il était professeur à l’École centrale du Parti communiste installée à Arcueil. Début novembre, Maurice Tréand* l’informa qu’il allait être affecté au service des cadres du PCF ce que Maurice Thorez lui confirma bientôt. Cette fonction commença à la mi-novembre 1937. En fait, Janin était depuis février 1937 chef du service des cadres français en Espagne. Marty fit un rapport très élogieux de son activité et se plaignit de son départ au bout de trois mois : « Il a été le seul dirigeant sérieux et capable des cadres » (rapport du 18 février 1940).

Janin était un des cinq membres de la Commission centrale de contrôle politique élus au congrès d’Arles (9e congrès) en décembre 1937. Il aurait fait un voyage à Moscou en 1938. Janin participa activement à la propagande contre les trotskystes (voir les Cahiers du Bolchevisme, n° 11, novembre 1938 et n° 2, février 1939).

La préfecture de Seine-et-Oise le déchut de ses mandats électifs le 10 février 1940. Janin fit partie des quelques militants non mobilisés (il était réformé pour sa mauvaise vue) qui entreprirent la réorganisation du Parti communiste clandestin, de septembre 1939 à son arrestation le 8 avril 1940. Ses initiatives furent multiples : au nombre de celles-ci la récupération en décembre 1939 de fonds du parti cachés chez Clamamus ou la rencontre avec Louis Grojnowski*, dirigeant de la MOI (Main-d’œuvre ouvrière immigrée). Janin tomba avec l’état-major de la région Paris-Nord. Les tortures qu’il subit altérèrent gravement sa santé. La justice militaire l’inculpa et le fit incarcérer à la prison de la Santé. Le 10 juin, il fut transféré avec d’autres prisonniers politiques et de droit commun au camp de Groux. Le 15 juin, ce camp fut évacué. Ils passèrent la Loire et, au milieu des populations en exode, ils se dirigèrent à pied vers Bordeaux. Il s’évada à travers bois.

Janin était présent à Paris vers la mi-juillet. Jean Jérôme* se souvient d’une altercation entre lui et Maurice Tréand* à propos de la tentative de publication légale de l’Humanité. Il participa à deux tentatives d’occupation de la mairie de Villeneuve-Saint-Georges. Son état de santé, aggravé par les violences qu’il avait subies lors de sa première arrestation, l’obligea à cesser ses activités. Selon la police : « Le 22 août 1940, une unité allemande prit position autour de son domicile et se livra à une perquisition. Sa trace fut retrouvée quelque temps plus tard à Tonnerre-en-Puisaye (Yonne). Il était atteint de tuberculose des os et de paralysie générale et il fut jugé intransportable mais il s’évada. En juillet 1941, le tribunal correctionnel de Corbeil le condamna par défaut à dix-huit mois de prison et 100 F d’amende pour activité communiste. Malgré ses problèmes de santé, Janin participa à l’organisation de la résistance armée en Bretagne, à partir de juin 1941, contribua à l’organisation des évasions au camp de Châteaubriant et anima, en octobre, la grande grève de l’Arsenal de Brest. Son action lui valut le grade de commandant, la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance.

Henri Janin reprit ses fonctions à la Libération mais il restait souvent alité. Il fut réélu maire de Villeneuve-Saint-Georges, conseiller général et vice-président de l’assemblée départementale. Le 10e congrès national du PCF (Paris, 26-30 juin 1945) le désigna membre titulaire du comité central et secrétaire de la Commission de contrôle politique. Mais ses problèmes de santé s’aggravèrent et il mourut à quarante-cinq ans le 15 juin 1946.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73280, notice JANIN Henri Émile, Jules (version DBK) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 13 août 2009, dernière modification le 29 septembre 2010.

Par Claude Pennetier

Avis de recherche d’Henri Janin en 1943
Avis de recherche d’Henri Janin en 1943
Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne
Henri Janin à l’époque vers 1935
Henri Janin à l’époque vers 1935
Cliché fourni par Robert Janin

SOURCES : RGASPI, 495 270 28. — Notice par Jean Maitron et Claude Pennetier, DBMOF. — Notes de Sylvain Boulouque.

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