Né le 6 octobre 1909 à Moca-Croce (Corse), mort le 19 juin 1996 à Paris (XIIe arr.) ; professeur ; syndicaliste et militant communiste ; premier maire communiste d’Ajaccio, premier député communiste de Corse (1945-1956).

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Le village d’origine de la famille Giovoni est Azilone-Ampaza, canton de Sainte-Marie-Sicché (Corse) ; les parents d’Arthur Giovoni furent instituteurs à Moca-Croce. Il avait deux sœurs, un frère qui ne partagea pas ses options politiques (milicien, condamné et blanchi) et une demi-frère. Le jeune Arthur fit ses études secondaires au collège Fesch d’Ajaccio dont il fut exclu en 1928 pour avoir dirigé une « sédition ». Après avoir obtenu son baccalauréat, il fut étudiant à Paris puis à Aix-en-Provence. Licencié ès lettres (Philosophie) en 1933, il fut nommé professeur adjoint à Bastia où il fut secrétaire du syndicat des professeurs adjoints en 1935-1936.
Arthur Giovoni se maria en août 1933 à Bastia avec un professeur, Yvonne Saliceti, qu’il présenta après la Libération comme une "adversaire politique". Le couple eut trois enfants et divorça en juillet 1946. Il effectua en 1935 son service militaire dans l’infanterie comme soldat de 2e classe.
En janvier 1934 (selon les archives du PCF, adhésion en 1933), Arthur Giovoni adhéra au groupe de Bastia du Parti communiste qui réunissait treize ou quatorze adhérents (il y en avait à peu près un même nombre à Ajaccio et quelques membres du Parti étaient dispersés dans les villages de Tavera, Sorbo Olagnano, etc…). Il participa activement à la vie du Parti dont il fut un des principaux propagandistes, notamment en 1936 où la poignée de militants de Bastia et d’Ajaccio parcourut les villages pour expliquer et soutenir le programme du Front populaire. Il appartenait, depuis 1935, au bureau fédéral de la sous-région de la Corse rattachée à la région provençale du Parti et aidée politiquement par Pierre Emmanuelli de Marseille puis par François Billoux. Selon le rapport sur la conférence régionale de Corse (28-29 novembre 1937), membre du secrétariat, il était responsable de la propagande et de l’agitation.
Candidat du Parti dans un des deux cantons de Bastia à l’élection du conseil général (avec sept autres candidats) en 1938, Arthur Giovoni obtint 225 voix, ce qui constituait l’une des premières affirmations du Parti comme une force sur le plan électoral.
Nommé professeur au collège Fesch d’Ajaccio, Arthur Giovoni y retrouva comme collègues certains des professeurs qui l’avaient exclu en 1928. En 1935, il fut le secrétaire département de Secours rouge puis populaire et du groupe des Amis de l’Union soviétique. Avec un professeur « continental », ils furent deux à faire grève le 30 novembre 1938, grève à laquelle participèrent aussi quelques instituteurs. Il aida également à l’organisation des mouvements revendicatifs, notamment chez les dockers et dans le bâtiment. Le 21 mai 1939, il fut élu à la commission administrative de l’Union départementale des syndicats constituée ce même jour. (Voir J. Méria*). En 1938-1939, il était aussi secrétaire départemental du mouvement Paix et Liberté. En 1938, il fut l’un de ceux qui prêtèrent à Bastia, le serment, visant Mussolini, de « vivre et mourir français ». Il fut « d’accord avec le parti » à propos du Pacte germano-soviétique.
Mobilisé à la déclaration de guerre comme auxiliaire de la marine puis dans l’artillerie, Arthur Giovoni, noté comme « propagandiste », fut envoyé successivement à Bonifacio, Corte, Chateuil (Drôme), Fontainebleau puis sur le front. Lors d’une permission à la fin de 1939, il créa à Ajaccio le Cercle culturel Cyrnéen qui fut à l’origine, selon beaucoup de Corses, « de l’esprit de résistance ». Démobilisé en juillet 1940, il retourna en Corse et reprit son poste de professeur au lycée de Bastia en octobre. Il reprit aussi son action militante dans le Parti devenu illégal. Dénoncé par la Légion, il fut déplacé au lycée de Rodez (Aveyron). Il y organisa la Résistance, en créant la première caisse de solidarité, d’abord au lycée pour les professeurs révoqués puis en ville, dans le cadre du Front national. Le 14 juillet 1942, il participa à l’organisation d’une manifestation publique. Durant l’été, il créa à Azilone en Corse un groupe du Front national qui rassembla la presque totalité des hommes valides.
Les sources alors divergent. Revenu à Rodez en octobre 1942, Arthur Giovoni, étroitement surveillé par la police de Vichy, prévenu qu’il allait être arrêté, il aurait quitté l’Aveyron et serait rentré en Corse clandestinement à la fin d’octobre 1942. Selon ses biographies remplies, il était revenu clandestinement en Corse en juillet 1942 et y serait resté. Le 11 novembre, jour de l’invasion de la Corse par les troupes italiennes, il participa à la réunion qui décida de l’organisation de la résistance active et de masse. Désigné par la direction de la fédération communiste comme responsable politique du Front national, il fut de ceux qui mirent en place l’organisation politique et les groupes de combat dans tout le département. Lieutenant-colonel FFI, il présida le Comité départemental de Libération. Le 5 septembre 1943, il embarqua sur le sous-marin Casabianca pour apporter à Alger des renseignements et demander au général Giraud et au Comité français de libération nationale l’aide de l’armée car la décision était prise de déclencher l’insurrection à l’annonce de la capitulation italienne que l’on sentait imminente. Il rejoignit la Corse le 13-14 septembre 1943, avec le nouveau préfet, pour rejoindre l’insurrection.
À la Libération de la Corse, Arthur Giovoni, Compagnon de la Libération, président départemental du Front national, à la tête du conseil de préfecture, fut désigné pour représenter la Résistance à l’Assemblée consultative d’Alger (novembre 1943-août 1944) dont il fut l’un des plus jeunes membres. Il participa à la commission de l’éducation nationale, de la santé publique et de la jeunesse. Ses interventions, faites en liaison avec la délégation du PCF à Alger, portèrent sur la situation des résistants après la guerre et sur les questions corses. Élu député aux deux Constituantes à la tête de la liste « d’Union républicaine et résistante », il siégea dans la commission de la Constitution. Selon un rapport de François Billoux (avril 1946), il avait « besoin d’être surveillé car se laisserait facilement entraîner dans l’électoralisme. » La même année on lui reprocha la publication d’une magasine illustrée sur l’insurrection de Corse qui ne tenait pas assez compte du rôle du Front national, du PC et de la JC.
De vives tensions marquèrent la vie de la fédération communiste de Corse en 1946, et notamment un force concurrence entre Vittori et Giovoni. Selon un rapport de la direction nationale : « Il pense qu’il faut mettre fin à la légende représentant Vittori comme le libérateur de la Corse et un grand capitaine (Vittori était à Alger au moment de la bataille de Bastia). Il affirme que Vittori n’a aucune des qualités qu’on lui prête. La plupart de ses rapports et écrits sont faits par des camarades. Il n’a aucune fermeté politique. » Il rapporte une prise de position de Marty : " « Pendant la session du comité central à Ivry au début de novembre [1946], notre camarade André Marty interrompant notre camarade Vittori au cours de son exposé sur la Corse, lui disait à peu près ceci : " Vittori veux-tu expliquer à nos camarades pourquoi le Parti en Corse, malgré un télégramme du CC a présenté une liste avec Giovoni au lieu de Vittori membre du CC et libérateur de la Corse ". Vittori a répondu que ce télégramme n’était jamais arrivé en Corse et l’incident a été clos. » La commission des cadres conseillait de « ne pas entraîner Giovoni à se faire valoir. Cette tendance est déjà assez forte en Corse où l’on veut des " maîtres " ».
Élu à l’Assemblée nationale, le 10 novembre 1946 à la tête de la liste « d’Union républicaine et résistante socialiste et communiste", il fut membre de plusieurs commissions (règlement et suffrage universel, affaires étrangères, marine marchande et pêche, réforma administrative) et fut juré à la Haute cour de justice. Ses interventions portèrent sur la Corse et sur les questions scolaires. Réélu le 17 juin 1951, il participa aux commissions des Affaires étrangères et de l’Education nationale. Battu en 1956 en raison des apparentements, il fut à nouveau candidat en 1958 dans la première circonscription (Calvi-Ajaccio). Sur 58 003 inscrits, il obtint 5 281 voix et 6 304 voix au deuxième tour. Il fut désigné pendant quelques années conseiller de l’Union française en 1959. Pour Albert Stéphanini, secrétaire fédéral, « Très populaire en Corse, connu de toute la population », il « représente bien le député de type nouveau » (octobre 1952).
Arthur Giovoni avait été élu maire d’Ajaccio en mai 1945. Sa liste fut battue en 1947 et en 1953. Toujours conseiller municipal, pour les élections municipales de 1959, tête de liste à Ajaccio aux élections municipales de mars 1959, il obtenait 4 310 voix sur 10 154 suffrages exprimés au deuxième tour. Il fut candidat au Conseil général en 1951 dans le canton de Sainte-Marie-Sicche.
Remarié en avril 1953 à Saint-Cloud, Arthur Giovoni reprit en 1960 un poste de professeur à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) puis à Paris au lycée Paul Valéry jusqu’à sa retraite en 1970.
Arthur Giovoni participa au bureau de la fédération communiste de Corse depuis la sortie de la clandestinité à la conférence fédérale de 1959. Le 12 novembre 1958, dans une lettre au secrétariat du comité central, Giovoni se plaignait de l’attitude à son égard de Roucaute* et du secrétariat de la fédération communiste de Corse à la suite du XXe congrès du PCUS et de l’intervention soviétique en Hongrie. Il notait « mon autorité personnelle a été considérablement affaiblie dans le Nord de la Corse et en particulier à Bastia. » En 1959, il fut réélu seulement au comité fédéral car, travaillant et résidant en région parisienne, il ne pouvait « plus se rendre fréquemment » en Corse selon la section de la montée des cadres. Le secrétariat du PCF demanda en avril 1961 qu’il soit maintenu au comité fédéral. La section de la montée des cadres estimait que des communistes pourraient penser « que s’il n’est réélu au comité fédéral, cela peut être mal interprété en relations avec les positions de Casanova".
Sur le plan national, Arthur Giovoni appartint à la Commission centrale de contrôle financier en 1956 puis au comité central de 1951 à 1961. Lors de la réunion du comité central du PCF, les 25-27 novembre 1961, il contestait certaines conclusions du XXIIe congrès du PCUS approuvées par le PCF concernant la coexistence pacifique et les positions du Parti communiste chinois. Il s’étonnait du refus de chercher des solutions « plutôt que de radicaliser les antagonismes », ce qui affaiblissait le mouvement communiste international, d’autant que contrairement à l’opinion majoritaire sur la coexistence pacifique, il considérait que « la supériorité du camp socialiste n’est pas acquise » et que les luttes devaient se poursuivre. S’estimant en profond désaccord avec la direction du PCF, il demandait à être relevé du comité central. Maurice Thorez nota alors que ces divergences remontaient à 1957 et Gaston Plissonnier, dans son intervention, indiqua qu’il s’alignait sur le Parti communiste d’Albanie tandis que Gaston Voguet l’accusa d’être opportuniste. Dans sa deuxième intervention, Giovoni précisa qu’il condamnait aussi bien les analyses des communistes chinois et albanais que celles des communistes italiens. Considérant qu’il avait appris beaucoup des diverses interventions de ses camarades, il demanda un temps pour la réflexion. Lors de la réunion du comité central du 25 mars 1964, Waldeck Rochet, dans son rapport, faisant le bilan des activités des membres du comité central pour le renouvellement de la direction, indiqua que seul Giovoni s’était « écarté de la ligne du Parti pour épouser les analyses du parti chinois mais il avait pris l’engagement de ne pas se manifester » ; « il a tenu parole et s’est bien comporté » ajouta-t-il, aussi était-il retiré de la commission centrale de contrôle financier.
Le 17 octobre 1961, le secrétariat du PCF lui proposa d’assurer la responsabilité de la direction du groupe de travail des communistes de l’enseignement secondaire et supérieur, proposition qui ne fut pas suivie d’effets. En 1970, Arthur Giovoni habitait Paris (XIIe). Il participait peu à la vie du PCF. En 1973, il reconnaissait n’avoir " pas été toujours d’accord avec toutes les résolutions après le XXe congrès. J’en étais arrivé à mettre en cause la ligne élaborée XXe congrès. "
Lors de son décès à l’hôpital Saint-Antoine, l’Humanité annonça sa mort et son incinération au Père Lachaise. En septembre 2006, un collège portant son nom fut inauguré de Finosello.
Il s’était remarié avec Angèle Giacomoni (voir Angèle Chevrin, députée communiste du Cher (1950-1951), à Saint-Cloud (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) en avril 1953.

ŒUVRE : Collaboration à Rouge-Midi, 3 janvier 1939, 25 octobre et 10 décembre 1944.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. Dép. Corse (Ajaccio), 7 M 528. — RGASPI, 517 1 1863, 1908. — Archives du comité national du PCF. – Site Internet de l’Assemblée nationale. — Le Mémorial des Corses, tome 4. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Jacques Girault. — État civil.

Jean Maitron, Antoine Olivesi

Version imprimable de cet article Version imprimable