GITTON Marcel, pseudonyme de GIROUX Marcel. Autres pseudonymes : PRIEUR, POULIER. (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 20 avril 1903 à Versailles (Seine-et-Oise), assassiné le 4 septembre 1941 aux Lilas (Seine), mort le lendemain à l’hôpital Tenon à Paris ; ouvrier du Bâtiment ; responsable de la CGTU ; membre du bureau politique du Parti communiste (1932-1939) ; député en 1936 ; dirigeant de l’Internationale communiste ; rompt avec le PC en novembre 1939, fondateur du Parti ouvrier et paysan français en 1941.

Marcel Gitton, orateur
Marcel Gitton, orateur

Après avoir passé son certificat d’études primaires en 1915, Marcel Gitton devint expert dans le montage des cheminées d’usine. Entré au bureau de la 26e Entente des JC, parti à l’armée en janvier 1925, il se maria pendant son service militaire.

À son retour il retrouva le PC de Seine-et-Oise en pleine crise. Très actif contre la guerre du Rif, Gitton connut une ascension fulgurante. Dès octobre 1926, il appartenait au triumvirat de direction de la Fédération CGTU du bâtiment et en janvier 1928, il devint permanent en qualité de secrétaire de la 13e Région de la CGTU.

Élu au comité central du PC lors de son 6e congrès (1929), Gitton fut alors associé au bureau politique (BP) et entra également à la CE de la CGTU, suite à son 5e congrès en septembre. Son poids politique augmentait. Alors que Barbé*, Thorez, Billoux*, Frachon*, Marty, Doriot* accumulaient les peines de prison, que Vassart affichait une sourde opposition, que Ferrat* était en URSS, Monmousseau* souvent en déplacement et Celor* dans une sorte de semi-disgrâce, Gitton s’occupait de tout, mettant en œuvre les instructions qui lui parvenaient des membres du BP alors détenus et de Moscou par l’intermédiaire de l’Internationale communiste et de l’Internationale syndicale rouge (ISR).

Encouragé par Karol Vitkowski, émissaire de l’ISR en France depuis le début 1931, Gitton vit son rôle se renforcer encore bien que le 11e plénum de l’IC (25 mars-13 avril 1931) ait été pour lui, comme pour d’autres responsables (Barbé*, Monmousseau*, Vassart , Larribère), un moment délicat. Mais, très vite, la situation s’améliora : dès le printemps 1931, il dirigea, à Moscou, une délégation de la CGTU et fut apprécié. Le 8 mai 1931, il reçut la responsabilité de la Main d’œuvre étrangère (MOE).
Élu secrétaire confédéral de la CGTU lors de son 6e congrès (Paris, novembre 1931), Gitton entra comme titulaire au bureau politique du PC lors de son 7e congrès en mars 1932. À la fin de l’été 1932, il fut promu au Secrétariat aux côtés de Vassart et de Thorez et, permutant avec Frachon* qui devint secrétaire de la CGTU, il prit la direction du travail syndical du PC. Cette promotion était largement liée à sa participation au 12e plénum élargi du CE de l’IC (Moscou, 27 août-15 septembre 1932). Devenu n° 3 du PC, Gitton confirma son rôle de responsable à l’organisation en héritant, début 1935, de la Commission des cadres. L’année précédente il avait pris une part active à la lutte contre Doriot*.

En juin 1935, il présenta au VIIe congrès de l’IC un rapport sur « Les luttes économiques et l’unité syndicale nationale et internationale ».

En janvier 1936, le 8e congrès du PC accueillit officiellement sa nomination comme secrétaire à l’organisation et en mai 1936, il fut élu député dans la 1re circonscription de Saint-Denis (Pantin).

Selon la revue oppositionnelle Que faire ? Gitton aurait défendu au sein du BP le principe de l’entrée des communistes au gouvernement en cas de victoire de la gauche aux élections législatives (la source est probablement Ferrat* dont Gitton dénonce le 4 juillet les liens avec Que faire ?). Puis il se consacra au travail parlementaire, principalement à la commission de l’Armée dont il fut élu vice-président le 16 juin 1936. En tant que secrétaire à l’organisation, Gitton avait la haute main sur l’ensemble des relations qui, de façon directe ou indirecte, avaient pu se nouer avec les secteurs répressifsde l’appareil d’État. Peut-être faut-il voir là un lien avec la rumeur répandue par la suite selon laquelle Gitton aurait eu des liens avec la police ? Mais rien ne permet de conclure en ce sens. Il se consacra également aux questions de ravitaillement ainsi qu’aux problèmes des réfugiés espagnols. Toujours en charge des problèmes d’organisation — il s’efforça de constituer un appareil clandestin après Munich — le n° 3 prit ainsi un rôle plus foncièrement politique.

Début avril 1937, avec P. Semard* et H. Raynaud, il présenta devant l’IC un rapport sur la situation française qui fut couvert d’éloges. Puis survint le Pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre.

Selon C. Tillon*, ce serait vers le 12 septembre 1939 que J. Duclos* l’aurait informé de la décision d’abandonner tous liens avec Gitton. Mais cette chronologie pose problème. Durant l’été 1939, Gitton rédigea plusieurs articles dans la presse de l’IC, en langue française et étrangère. Principal membre du BP en poste à Paris en août, il aurait d’abord fait preuve d’optimisme à l’annonce du Pacte germano-soviétique qu’il défendit avec force dans l’Humanité. Le 28 août, il présenta au groupe parlementaire communiste un exposé parfaitement dans la ligne sur la situation internationale. Jusqu’en décembre 1939, l’Humanité clandestine ne publia aucune mise en garde contre lui. Il en était de même sur le plan interne : en novembre 1939, Thorez* rédigea à Moscou un rapport sur l’état du Parti, destiné à l’IC, dans lequel il ne faisait nulle part mention de problèmes concernant Gitton.

Mobilisé le 4 septembre, Gitton revint en permission à Paris, fin novembre 1939. C’est alors que L’Œuvre du 30 novembre 1939 fit connaître sa déclaration : « ... ayant beaucoup réfléchi… il ne se considér[ait] plus comme faisant partie du groupe des députés communistes à la Chambre » et se déclarait « sans parti ». Déchu de son mandat parlementaire en janvier 1940, Gitton se tourna vers les députés communistes dissidents. Il combattit puis, démobilisé, il semble qu’il se soit rendu à Vichy où il aurait rencontré Doriot*. Il rejoignit la capitale le 19 août et chercha à regrouper les dissidents du PC au sein d’un fantomatique Parti paysan ouvrier français (PPOF) mais il n’obtint que de maigres résultats. L’été 1941, l’invasion de l’URSS plaça le PPOF dans une tout autre posture. Lorsque, courant août, survinrent les premières actions armées contre les troupes d’occupation, Gitton stigmatisa dans une Lettre ouverte aux ouvriers communistes l’orientation nouvelle du PC clandestin. Aussi, le PC décida de sa liquidation qui fut faite peu après.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73212, notice GITTON Marcel, pseudonyme de GIROUX Marcel. Autres pseudonymes : PRIEUR, POULIER. (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 11 août 2009, dernière modification le 5 octobre 2010.

Par Michel Dreyfus

Marcel Gitton, orateur
Marcel Gitton, orateur

SOURCES : RGASPI 491 1 350. — Notice par G. Bourgeois, DBMOF, t. 30. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit.

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