GAYMAN Vital, Isidore, Élie. Pseudonymes : ALBERT, VIDAL

Par Rémi Skoutelsky

Né le 2 avril 1897 à Conches-en-Ouche (Eure), mort le 3 décembre 1985 à Paris (XIVe arr.) ; étudiant en droit et en sciences, employé de commerce puis journaliste, en particulier à l’Humanité ; militant des Jeunesses socialistes (1919) puis du Parti communiste ; membre du comité directeur puis du comité central de janvier 1923 à janvier 1925 et de juin 1926 à mars 1929 ; commandant de la base des Brigades internationales en Espagne ; rompt avec le PCF le 6 octobre 1939 ; directeur de l’information à la RTF (1946-1958).

Né dans une famille juive originaire de Russie, titulaire du baccalauréat, Vital Gayman vit ses études supérieures interrompues par sa mobilisation, en janvier 1916. Décoré de la Croix de guerre en mai 1917, élève à l’école d’aspirants de Saint-Cyr, il participa comme sous-officier à la bataille de l’Oise. Blessé, démobilisé en septembre 1919, il devint lieutenant de réserve. De retour à la vie civile, il s’inscrivit au Parti socialiste et, par haine de la guerre et admiration de la Révolution russe, milita au sein des Jeunesses pour l’adhésion à la IIIe Internationale.

En 1923, alors qu’il travaillait à l’agence Cook, Gayman entra au comité directeur du jeune Parti communiste et devint permanent dans la presse de l’organisation. Il y mena dès lors une activité journalistique, au gré des fluctuations idéologiques de l’organisation et de ses propres positionnements. Après quelques mois de disgrâce, en 1925, l’année de l’épuration des militants soupçonnés de trotskysme, il réintégra la direction du PC, pour peu de temps : son vote contre la tactique « classe contre classe », en 1928, l’en écarta définitivement. Cela n’entraîna cependant pas son licenciement de l’Humanité, où il exerçait la fonction de secrétaire de rédaction depuis 1927. En 1931, en revanche, son désaccord avec la ligne du parti entraîna son départ du journal, ce qui ne l’empêcha nullement de devenir secrétaire du groupe communiste à l’Assemblée nationale. Il séjourna à Moscou fin 1931 mais ne fut pas en relation avec les membres de sa famille qui y vivaient (autobiographie du 27 janvier 1932).

Élu conseiller municipal communiste de Paris en 1935, le PCF lui confia le secrétariat général des deux fractions communistes du conseil municipal de la capitale et du conseil général de la Seine.

À la mi-août 1936, le PC lui demanda de gagner l’Espagne comme observateur militaire auprès des troupes républicaines. Il collabora sur place avec différents organismes, dont le 5e Régiment. Il dut même décliner la proposition du gouvernement Largo Caballero de l’affecter à l’État-major central de l’armée. À la création des Brigades internationales — pour laquelle il fut consulté — il devint commandant de leur base, ouverte à Albacete le 14 octobre, sous le pseudonyme de Vidal. Chargé d’organiser les unités combattantes en formation et de participer à la sélection des officiers, tout en gérant la base au quotidien, il fut le véritable organisateur des Brigades, sous l’autorité d’André Marty* dont il sut tempérer les explosions. Sa femme, Jacqueline, quant à elle, mit en place le service pharmaceutique d’Albacete.

Le « commandant Vidal » quitta son poste en août 1937. À cette occasion, il rédigea un volumineux rapport sur la situation des Brigades internationales dans lequel, sans rien celer de leurs faiblesses militaires, il condamnait l’attitude de l’état-major républicain à leur égard. Rentré en France et désireux de remplir réellement son mandat municipal, il fut chargé de s’occuper des ESI (Éditions sociales internationales) tout en assurant la vice-présidence de l’Amicale des anciens volontaires en Espagne républicaine (AVER).

Ébranlé par la signature du Pacte germano-soviétique à l’été 1939, Vital Gayman, mobilisé à Metz, rompit publiquement avec le Parti communiste lors de la campagne de dénonciation de la « guerre impérialiste », en adressant le 6 octobre une déclaration au président du conseil général de la Seine : « Je trahirais la mémoire de mes camarades de combat, tombés sur la terre d’Espagne dans la lutte contre le fascisme franquiste, mussolinien et hitlérien, si je n’affirmais pas aujourd’hui de la façon la plus catégorique mon désaccord total avec une politique qui concourt à un but diamétralement opposé à celui pour lequel ils ont généreusement et héroïquement donné leur vie ». Le Parti communiste l’accusa dès lors d’avoir été en Espagne un agent du 2e bureau. Cas unique : André Marty* n’hésitait pas après guerre à rejeter cette calomnie quand on la reprenait devant lui.

Fait prisonnier à Lyon par les Allemands, Gayman fut rapatrié un an plus tard comme ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Installé à Font-Romeu, où il aida des Juifs et des résistants à gagner l’Espagne, puis à Toulouse, il y fut arrêté par erreur puis interné à Drancy. En tant qu’époux d’une « aryenne », il ne fut pas déporté mais affecté à divers chantiers sur les côtes de la mer du Nord. Il réussit à s’évader le 3 septembre 1944 du train qui le conduisait avec ses compagnons de captivité vers l’Est.

Se tenant désormais à l’écart de la politique active, Vital Gayman entra en 1945 à la radio d’État comme secrétaire de rédaction, il accéda rapidement à la fonction de directeur de l’information. Relais à ce poste de la « troisième force », opposée et aux gaullistes et aux communistes, il fut écarté par le nouveau pouvoir en 1958. Il assura, jusqu’à sa retraite en 1968, le secrétariat général de la Dépêche du Midi. Malgré son évolution politique, il ne versa jamais dans une hostilité ouverte au Parti communiste, pour lequel il lui arriva même parfois de voter.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73189, notice GAYMAN Vital, Isidore, Élie. Pseudonymes : ALBERT, VIDAL par Rémi Skoutelsky, version mise en ligne le 10 août 2009, dernière modification le 24 octobre 2019.

Par Rémi Skoutelsky

SOURCES : RGASPI, Moscou, 545.3 ; 495 270/664. — Vital Gayman, « Mémoire sur la base des Brigades internationales », juillet 1937. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, t. 4, Fayard, 1984, p. 257-258. — Rémi Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas. Les Volontaires français en Espagne républicaine, 1936-1939, Grasset, 1998. — Notice par Guillaume Bourgeois, Jean Maitron et Claude Pennetier, DBMOF. — État civil, Paris XIVe, acte de naissance 3298, p. 2.

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