GARAY Maurice, Arthur. Pseudonyme : MOYON (version DBK)

Par Claude Pennetier, René Lemarquis

Né le 14 décembre 1894 à Paris (XVIIe arr.), mort en 1938 ; comptable ; membre du comité central du Parti communiste (1925) ; élève à l’École léniniste internationale (ELI).

Fils d’un employé de chemin de fer, Maurice Garay obtint son certificat d’études primaires et travailla entre quinze et dix-sept ans comme petit employé. Il entra ensuite à la filiale française de la Compagnie générale berlinoise d’électricité et des lampes OSRAM. Un employé allemand éveilla son intérêt pour la question sociale ; il lut alors, « sans ordre, sans système » (Cf. Kurella, La génération léniniste, en russe), Jaurès, Deslinières, Paul Louis, Michelet, Rousseau.

Il fut incorporé le 10 septembre au 1er régiment de Zouaves, habituellement basé en Algérie et reconstitué à Saint-Denis et au fort de Nogent-sur-Marne. Le régiment fut affecté à la 38e division d’infanterie d’août 1914 à juillet 1915. Il futengagé en Belgique sur l’Yser et à Nieuport. Blessé par balle le 22 avril 1915 à Langermark (Flandre occidentale), Garay ne fut pas hospitalisé. Le régiment fut transféré à la 25e division d’infanterie en juillet 1915. Il servit en Champagne. Les zouaves étaient particulièrement exposés. Toujours en première ligne, sans casque, vêtus du traditionnel costume bleu, blanc et rouge, les pertes en hommes sont considérables et compensées par l’arrivée de nombreux tirailleurs nord-africains, de "sénégalais" et de nouvelles recrues métropolitaines. Le 22 février 1916, à la suite d’une décision de la commission de réforme "pour pieds plats et myopie aiguë", Maurice Garay fut affecté au 120e régiment d’artillerie lourde . Ce régiment opèra pendant l’année 1916 dans les environs de Verdun. Le régiment était situé aux alentours de Chantilly au début de 1917. Pendant cette année il se déplaça en Champagne dans le secteur de Montmirail. Le 6mars 1918, le soldat artilleur Garay passa au 141e régiment d’artillerie lourde constitué à partir des 3e et 4e groupes du 120e RAL, toujours sur le théâtre d’opérations de la Marne. Selon son témoignage recueilli par Alfred Kurella* il aurait été sanctionné à la suite des mouvements de mécontentement des soldats en 1917. Rien ne vient confirmer ces dires, dans sa fiche signalétique et des services, il n’est pas fait état d’une quelconque sanction et il est notifié qu’il obtint le certificat de bonne conduite. Il fut démobilisé le 12 septembre 1919. Il déclare aux autorités militaires qu’il se retirait à St-Germain-en-Laye, 16 rue des Poissonniers.

En 1917, il avait épousé, à Paris, Alice Pierre, née à Verdun le 5 mai 1897. Il déclara dans le civil le métier de comptable et elle celui de dactylographe. Il était, à cette date, domicilié officiellement chez son père 17 rue Louis IX à St-Germain-en-Laye (Seine et Oise). Sa mère, Marie Nésida Moyon, n’assista pas au mariage mais y consentit, Elle demeurait à cette époque dans la Drôme.
Son premier fils, Robert, naquit le 7 novembre 1920 à Paris. Maurice Garay s’installa à cette époque à Saint-Germain-en-Laye , 32 rue du Vieil Abreuvoir. Le deuxième, André, vit le jour le 14 mars 1925 à Saint-Germain-en-Laye

Rendu à la vie civile en septembre 1919, Maurice Garay fit partie de cette génération du feu que l’expérience de la guerre gagna à la nécessité de l’action révolutionnaire : « Je tournais les yeux autour de moi, vit tous ces gens, le même égoïsme, ceux qui s’illusionnaient et continuaient à se bercer d’illusions. Le Parti socialiste présentait ce même visage. Mais il y avait la Russie. » Marié en 1917 à Paris, il vécut à Valence (Drôme), adhéra au Parti socialiste en 1919 et participa aux grèves de 1920. De retour dans la région parisienne à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) pendant l’année 1920, il s’affirma partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale et rejoignit à la Fédération communiste de Seine-et-Oise après le congrès de Tours (décembre 1920).

Maurice Garay suivit les cours de l’école de Bobigny (novembre 1924, janvier 1925) animée par Alfred Kurella. Le 4e congrès national, tenu à Clichy du 17 au 21 janvier 1925, l’élut membre titulaire du comité central et secrétaire de la section centrale d’agitation et de propagande. À ce titre, il collaborait régulièrement avec Albert Treint, Claude Calzan, François Chasseigne et André Ferrat. Il était responsable, depuis le 15 mars 1925, d’une nouvelle rubrique des Cahiers du bolchevisme intitulée « Bulletin intérieur » et signait plusieurs articles dont « Les tâches de l’agit-prop. centrale ». En juillet 1925, Albert Treint et lui-même écrivirent, au nom de l’agit-prop, centrale, une circulaire sur le programme des écoles léninistes. Il fut chargé d’une mission à Montluçon (Allier) pour enquêter sur les activités d’un dirigeant communiste local : l’instituteur Ernest Montusès.

En mai 1925, le bureau politique le mandata pour une campagne de protestation contre la guerre du Maroc dans les départements bretons. Ses appels à la fraternisation avec les Riffains lancés dans un meeting à Brest lui valurent une condamnation par le tribunal correctionnel de Brest à huit mois de prison et 500 F d’amende. Le comité central du 1er avril 1926 le désigna pour suivre les cours de l’École léniniste internationale qui s’ouvrait à Moscou en octobre 1926. Jules Alvergnat lui succéda à la section d’agitation mais, sans faire oublier Garay, comme en témoigne une lettre de Paul Marion à l’Internationale regrettant l’absence du « seul copain qui avait quelque expérience technique de l’agit-prop. »

Le dossier de Maurice Garay, qui prit le pseudonyme de Moyon à l’ELI, nous donne quelques renseignements sur ses difficultés en URSS. La direction du PC français, tenant compte du fait que Garay, marié et père de deux enfants était d’accord pour laisser sa famille en France pendant les deux années de cours, avait décidé d’accorder à sa famille une indemnité de 600 F par mois. Or dès le début de 1927 Garay exprima le désir de rentrer en France pour des raisons familiales de santé. Une discussion à l’intérieur du Groupe français, avec la participation de Pierre Semard* qui venait de succéder à Albert Treint, eut lieu le 21 mai 1927. Un accord fut conclu pour que le PC paie les frais de voyage de retour. Mais le grand souci fut que cette décision ne crée pas un précédent. On insistait sur le fait qu’il s’agissait d’un cas spécial non d’un « droit collectif », que « personne d’autre ne pourra faire une demande pour aller en France ». Après cette mise en garde une lettre devait être adressée à l’administration de l’École pour ce départ, en ajoutant que « Moyon » pourrait participer fin juin à la conférence du PC français où il pourrait rapporter sur l’opposition russe. Le dossier ne permet pas de savoir si Garay put retourner voir sa famille ou si l’autorisation fut refusée. Une année plus tard, dans une lettre du 1er juin 1928, il demandait en accord avec « la section coopération du Komintern », de se rendre à Leningrad pour observer « la coopération de crédit à la consommation » qu’il étudiait depuis deux ans, et souhaitait avoir une réponse.

Le comportement de Maurice Garay à l’École donna lieu à des jugements sévères et à une discussion. Certes il était jugé intelligent, ayant un « développement général grand » et une capacité élevée. Mais, il n’a pas utilisé toutes ses capacités, il a manifesté peu d’intérêt pour le travail théorique. Si l’appréciation relevait « une certaine tendance vers les traditions social-démocrates » et une « fermeté de conviction et d’attachement au Parti insuffisante », ses camarades de promotion affirmèrent qu’il n’avait pas rempli le mandat que lui avait confié le Parti. Maurice Garay s’était défendu fermement ; il mentionnait qu’il avait conservé son libre arbitre (« je n’ai pas voté après avoir regardé comment votait la direction ») ! Mais ayant « nettement soutenu la ligne politique du comité central pendant la discussion au sein du PC (b) la résolution finale indiquait que la Commission « ne doute pas que le camarade Moyon est un communiste ».

À son retour en août 1928, Maurice Garay fut nommé directeur de l’ARCO (Association régionale des coopératives ouvrières) qui collaborait avec la Banque ouvrière et paysanne et les coopératives communistes. Selon la mémoire familie, il cacha des dirigeants clandestins dont Maurice Thorez. Il n’était plus membre du comité central depuis le congrès de Lille (juin 1926). Selon les Mémoires d’Albert Vassart, accusé de mauvaise gestion des fonds de son organisme coopératif (accusation qui peut recouvrir un désaccord politique), Garay avait quitté le Parti communiste vers 1930 et s’était suicidé en 1938. Cette fin est confirmée par la famille : suicide dans une chambre d’hôtel de Paris.

Après son exclusion il avait vécut des moments difficiles mettant ses deux garçons dans un internat sur l’île d’Oléron pendant un an, divorçant vers 1932, avant de trouver un travail de comptable pour des entreprises, commerces et restaurant de Saint-Germain-en-Laye. On ne sait rien de son évolution politique.

Il fut enterré au cimetière de Saint-Germain-en-Laye.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73188, notice GARAY Maurice, Arthur. Pseudonyme : MOYON (version DBK) par Claude Pennetier, René Lemarquis, version mise en ligne le 10 août 2009, dernière modification le 27 décembre 2013.

Par Claude Pennetier, René Lemarquis

SOURCES : RGASPI : 495 270 1389 : dossier sur le séjour à l’ELI. — Albert Vassart, Mémoires, s.d. (vers 1950), inédit. — Alfred Kurella, La génération léniniste, en langue russe, 1925. — Notice par Jean Maitron, Claude Pennetier, DBMOF.. — Renseignements communiqués par sa petite fille, Chantal Ripoche. — Note de Philippe Andrès sur sa participation à la Première Guerre mondiale à partir de la consultation de son dossier militaire.

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