FROSSARD Oscar, Louis, dit L.O. FROSSARD [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 5 mars 1889 à Foussemagne (Territoire de Belfort), mort le 11 février 1946 à Paris ; instituteur puis journaliste : premier secrétaire du Parti communiste français (décembre 1920-janvier 1923).

La présence de Louis Oscar Frossard dans ce Dictionnaire des Kominterniens peut surprendre : pourtant, par le rôle historique qui fut le sien avant le congrès de fondation du PC à Tours (décembre 1920) puis en tant que premier secrétaire général du Parti communiste, L.O. Frossard a toute sa place dans cet ouvrage.

Fils d’un petit paysan exploitant, L. O. Frossard, écolier doué, entra en 1905 à l’École normale d’instituteurs de Belfort. Il rejoignit alors les rangs de la SFIO et devint rapidement un des dirigeants socialistes du Territoire de Belfort. Partisan de la politique de défense nationale en 1914, il se classa ensuite parmi les minoritaires qui remettaient en cause cette orientation. Il y prit une telle place que lorsque ce courant, dirigé par Jean Longuet y conquit la majorité, il fut porté au secrétariat général de la SFIO lors de son 15e congrès (Paris, 6-10 octobre 1918).

L.O. Frossard se situait « alors à la droite de la Reconstruction », selon ses propres termes, à Tours. Les événements auxquels il fut mêlé, joints à son opportunisme foncier, en firent avec Marcel Cachin, l’artisan de l’adhésion de la majorité de son parti à la IIIe Internationale. À la suite du 17e congrès national de la SFIO (Strasbourg, 25-29 février 1920), il fut chargé avec Marcel Cachin le 9 mars 1920 par la Commission administrative permanente (CAP) de la SFIO d’une enquête en Russie soviétique et de négocier avec les dirigeants de la IIIe Internationale l’adhésion de son parti. Partis de Paris le 31 mai, les deux hommes arrivèrent à Berlin le 2 juin, embarquèrent à Stettin le 6, arrivèrent à Reval le 10, franchirent la frontière estonienne-russe le 13 et arrivèrent à Moscou deux jours plus tard.

Ils furent accueillis avec froideur, sans doute parce qu’ils représentaient « un parti suspect, un parti de confusionnistes dangereux » (A. Kriegel) et n’obtinrent la faveur de voir Lénine que le 29 juillet, jour de leur départ. Lors de leurs premières rencontres avec Boukharine, Radek et Zinoviev*, ils furent pris à partie et critiqués. Toutefois, l’adhésion du Parti français était souhaitée par l’Internationale. Le 28 juin, le Comité exécutif de l’IC admit leur participation à son IIe congrès ; de son côté, la SFIO accepta cette proposition.

Le 2 juillet, Marcel Cachin et Frossard partirent visiter les régions de la Volga ; ce voyage les plongea dans l’atmosphère révolutionnaire qui secouait le pays et contribua — sans doute plus pour Marcel Cachin que pour Frossard — à dissiper la réserve qu’ils avaient d’abord manifestée devant la Russie révolutionnaire. Revenus à Moscou le 17 juillet, ils se déclarèrent convaincus, dans un télégramme envoyé à la SFIO, qu’un accord était possible avec l’IC. Puis ils assistèrent comme observateurs aux débuts du IIe congrès de l’IC (17 juillet-7 août 1920). Ils y prirent connaissance de certaines des 21 conditions d’admission à la IIIe Internationale et les admirent, sans nécessairement en mesurer toutes les conséquences : la discussion sur ces conditions d’admission débuta en effet le 29 juillet, jour du départ des deux hommes pour Paris. Ultérieurement, dans ses mémoires (De Jaurès à Lénine. Notes et souvenirs d’un militant), Frossard prétendit avoir hésité et s’être laissé entraîner par Marcel Cachin. Les deux hommes n’en plaidèrent pas moins en faveur de la IIIe Internationale et leur prise de position fut déterminante : l’un était secrétaire général du Parti, l’autre directeur de l’Humanité.

Le 28 décembre 1920, Frossard prononça à Tours un grand discours en faveur de l’adhésion à l’IC, en s’efforçant de rallier les hésitants. Nommé premier secrétaire du nouveau Parti communiste, il ne se sentait guère lié par les conséquences des « 21 conditions », ce qui provoqua dès juillet 1921 rappels et remises en cause de l’Internationale ; convoqués à partir de cette date à Moscou, Frossard et Cachin cherchèrent à faire la sourde oreille mais durent parfois s’y rendre. Avec Cachin, Frossard assista notamment aux Comités exécutifs et aux plénums de l’IC tenus en juin 1921 et juin 1922 ; il se soumit à ses décisions, en dépit de l’opposition du PC à la tactique de front unique que préconisait l’IC. En revanche, lors du 2e congrès du PC (Paris, octobre 1922), il refusa d’obtempérer aux ordres de l’IC de s’unir à la gauche du Parti — ses rapports étaient particulièrement mauvais avec son principal représentant, Boris Souvarine* — contre sa droite. Il l’emporta mais pour peu de temps : le conflit s’envenima avec Moscou qui demanda de rejeter les éléments non révolutionnaires.

Le 1er janvier 1923, L.O. Frossard donna sa démission de secrétaire général du PC qu’il abandonna quelques jours plus tard pour former le Parti communiste unitaire ; il revint à la SFIO au cours de l’été 1924. Après avoir dirigé la Nouvelle revue socialiste, de 1925 à 1930, il évolua de plus en plus vers la droite de la SFIO, la quitta en 1935 et fut plusieurs fois ministre. Le 10 juillet 1940, il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73186, notice FROSSARD Oscar, Louis, dit L.O. FROSSARD [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 10 août 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : B. Studer, « Préface à l’année 1920 », Carnets Cachin, tome 2, 1917-1920, sous la direction de Denis Peschanski, Paris, CNRS Éditions, 1993, pp. 393-404 — S. Wolikow, « Préface à l’année 1922 », Carnets Cachin…, op. cit., tome 3, 1921-1933, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 71-100. — Notice par J. Raymond, in DBMOF.

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