FROMAGE René, Auguste. Pseudonymes : FRONSAC René, à Moscou : GAYET, de Résistance : MINOS [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 25 novembre 1901 à Lyon IIe arr. (Rhône), mort le 25 mai 1945 à Saint-Étienne (Loire) ; contremaître armurier puis administrateur de journaux communistes ; membre du comité central du Parti communiste en 1925-1926 ; secrétaire de la Région communiste limousine de 1928 à 1933 ; maire adjoint de Bagnolet (Seine) de 1935 à 1940.

René Fromage se présentait comme « orphelin de père » à l’âge de cinq ans (Kurella*, La génération léniniste, en russe). En fait son père, ouvrier teinturier à Villeurbanne en 1901, vécut à Bagnolet où il tenait un hôtel dans les années vingt. René Fromage donna en décembre 1919 son adhésion aux Jeunesses socialistes. En février 1920, il était secrétaire du groupe avant de devenir secrétaire pour le département et membre du comité exécutif de la 17e Entente des Jeunesses. Après le congrès de Strasbourg, il fréquenta la section socialiste où il s’opposa à Ferdinand Faure. Il siégea à la commission exécutive de la Fédération socialiste de la Loire. Il adhéra au Parti communiste naissant puis le quitta fin 1921 et n’y revint qu’en mars 1924, après la rupture de Ferdinand Faure. Contremaître armurier à la Manufacture, il devint alors secrétaire du syndicat CGTU des métallurgistes de Saint-Étienne et secrétaire à l’organisation des cellules du rayon communiste local.

La rapidité de sa promotion dans le Parti communiste surprend : dès janvier 1925, le 4e congrès national réuni à Clichy l’élut au comité central. Il est vrai qu’il avait suivi, en décembre 1924, les cours de l’École léniniste de Bobigny où ses qualités avaient sans doute été remarquées. La direction du Parti communiste le nomma en janvier 1925 secrétaire permanent de la région lyonnaise mais le congrès de Lille (juin 1926) ne le maintint pas au comité central. En fait Fromage était parti à Moscou suivre les cours de l’École internationale. Il travailla sur la Ire Internationale et sur l’anarchisme. La direction du Parti communiste manifesta des inquiétudes devant son comportement politique en URSS. Au bureau politique du 30 décembre 1926, Semard*, de retour d’une réunion de l’Exécutif à Moscou, affirma que Fromage serait allé avec Jacob* voir Zinoviev* et Trotsky qui les auraient encouragés au travail fractionnel. Et il ajoutait que Fromage était déçu par sa non-élection au bureau politique et au comité central lors du congrès de Lille.

Fromage raconta lui-même ses hésitations dans son autobiographie de février 1931 : « Arrivé à Moscou fin avril 1926. Je suis politiquement lié avec en France le groupe Suzanne Girault* et le groupe Zinoviev* de l’IC. J’ai immédiatement le contact avec le camarade Jacob*, représentant du parti français à l’IC. En compagnie de celui-ci j’ai à Moscou des entrevues avec Gouralski* (plusieurs), avec Zinoviev* (deux), avec Trotsky (une). Je reviens de Moscou en juin 1926 pour assister au congrès de Lille, appartenant toujours à l’opposition. De retour à Moscou en juillet de la même année, me rendant compte que le chef de l’opposition sera Trotsky, que le groupe Zinoviev* glissera sur sa plate-forme, je romps toutes relations avec l’opposition, sans être toutefois entièrement convaincu de la fausseté de ma position. En décembre 1926, je participe au 7e Exécutif de l’IC. Je suis entièrement d’accord avec la politique de l’Internationale. Mon cas vient devant la délégation française à l’Exécutif. Je fais une déclaration concernant mes erreurs et mes liaisons passées avec l’opposition (groupe Zinoviev*). De décembre 1926 à septembre 1928, j’assiste à tous les Exécutifs de l’IC. Au Ve congrès de l’ISR, au VIe congrès de l’IC. »

Il adressa de Russie aux Cahiers du bolchevisme un article sur « Le fonctionnement d’un trust d’État en URSS » publié dans les numéros 79 (1er septembre 1927) et 80 (15 septembre 1927). En juin 1928, les Cahiers du bolchevisme publièrent sous son pseudonyme de René Fronsac, un article hostile à Trotsky intitulé « Léninisme et Trotskysme ».

En septembre 1928, le bureau politique lui demanda de prendre le secrétariat de la Région limousine et d’assurer la fonction de rédacteur en chef du Travailleur du Centre-Ouest. Délégué de la Région limousine au congrès national de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929), il intervint lors de la dernière journée et émit des réserves sur le rapport Semard* concernant la tactique électorale. Il ne fut pas élu au comité central. Fromage avait quitté la Haute-Vienne au cours de l’année 1933 pour, selon la police, venir à Bagnolet gérer l’hôtel-restaurant de son « père », emprisonné pour deux ans (pas pour des raisons politiques semble-t-il). En juin, il entra à la rédaction de l’Humanité, où il signait Fronsac. Ce nom lui resta jusqu’à sa mort. Il fut, après mai 1935, adjoint au maire communiste Paul Couderc. Cette fonction d’adjoint semble modeste pour un militant de cette expérience.

La police l’arrêta en Haute-Loire en février 1941, le conduisit successivement à la prison de la Santé de Paris, à Fresnes, à Saint-Paul-d’Eyjeaux en Haute-Vienne (février à mars), à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) puis à la prison de Castres.

Libéré en mai 1943 et mis en résidence surveillée, il exploita un domaine appelé « La grande maman » à Beaux-Malataverne (Haute-Loire). Il entra alors dans les FTP et devint, sous le nom de Minos, lieutenant. On l’appela à la Libération pour administrer, à Saint-Étienne, le journal Le Cri du Peuple.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73185, notice FROMAGE René, Auguste. Pseudonymes : FRONSAC René, à Moscou : GAYET, de Résistance : MINOS [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 août 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 8590 ; dossier École léniniste internationale 531 1 31. — A. Kurella, La génération léniniste (en russe). — Notice par J. Maitron et Cl. Pennetier, DBMOF.