RIGAUD Charles, Guillaume

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

Né le 11 novembre 1897 à Paris (IIIe arr.), mort le 31 octobre 1972 à Foix (Ariège) ; tourneur mécanicien ; militant communiste ; maire de Vitry-sur-Seine (Seine) de 1929 à 1940, conseiller général de la Seine de 1934 à 1940.

[Le Conseil municipal. Nos édiles…, op. cit.]

Fils d’un monteur en bronze militant syndicaliste et d’une corsetière, Charles Rigaud commença à travailler en usine à l’âge de treize ans n’ayant qu’une instruction qu’il qualifiait de « tout à fait élémentaire ». Il entra en 1912 aux Jeunesses socialistes à la suite d’une éducation dans les pupilles des coopératives. Mobilisé en 1916 il fit la guerre comme soldat de 2e classe et fut blessé deux fois. Il fut condamné en 1918 à deux mois de prison par le conseil de guerre pour coups et violences à agents de la force publique (dans son autobiographie du 7 mars 1933, il affirmait qu’il s’agissait d’une peine de trois mois de prison infligée en 1917 par un conseil de guerre pour refus d’obéissance). Après sa démobilisation, en novembre 1919, il rejoignit sa famille qui s’était fixée à Vitry-sur-Seine (Seine). Dans cette ville il milita au Parti socialiste et, favorable à la IIIe Internationale, rallia le Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920). Il épousa Maria Plaignard, une infirmière, fille de fossoyeur, syndiquée à la CGTU, membre de l’Union fraternelle des femmes contre la guerre et du Secours rouge international.

Il entra le 10 mai 1925 au conseil municipal avec la liste communiste conduite par Pierre Périé qui venait de conquérir la mairie. Charles Rigaud était alors l’un des principaux dirigeants du 4e rayon (Ve et XIIIe, banlieue sud, notamment Ivry et Vitry). Il militait également à l’Union syndicale des travailleurs de la métallurgie dont il fut le délégué au congrès qui se tint les 4 et 5 juillet 1925, 33 rue de la Grange-aux-Belles. Réélu à l’issue du scrutin du 12 mai 1929, il devint quelques jours plus tard premier adjoint puis remplaça en octobre Pierre Périé, démissionnaire, que la direction du PC voulait écarter à cause de sa profession de pharmacien, jugée peu propice à la direction d’une municipalité ouvrière. Il ne put véritablement exercer sa fonction qu’à partir de 1930 lorsque son employeur, l’hospice de l’Assistance publique d’Issy-les-Moulineaux, lui octroya un congé illimité. Sur cette période, son autobiographie reste vague puisque Charles Rigaud indiquait qu’il avait mené « plusieurs grèves à des postes responsables », qu’il avait été « arrêté plusieurs fois et plusieurs fois blessé… mais jamais maintenu en état d’arrestation » sans autre précision. De même il mentionnait d’une façon générale qu’il avait été « délégué dans plusieurs conférences du Parti : sous rayon, rayon et région ».

En 1934, Charles Rigaud fut élu au conseil général de la Seine à la suite du décès du conseiller général de la 2e circonscription de Vitry et siégea dans les commissions de l’assistance aux malades-protection de l’enfance-hygiène sociale et du contrôle technique des travaux. Après les élections de mai 1935, il conserva son fauteuil de maire puis celui de conseiller général de la 3e circonscription d’Ivry. Jeune édile de la banlieue parisienne, Charles Rigaud joua de ses mandats et de sa participation active à l’Union amicale des maires pour animer, avec succès, les campagnes de Maurice Thorez pour les élections législatives de 1932 et 1936.

La signature du Pacte germano-soviétique puis les événements qui se déroulèrent à partir des hostilités l’amenèrent à rompre avec le PC. Charles Rigaud adressa deux lettres, le 6 décembre 1939 au président du conseil général de la Seine, Robert Bos, et le 9 janvier 1940 au préfet de la Seine pour annoncer qu’il se désolidarisait « entièrement de la politique suivie par l’ex-parti communiste (...) Je pense que la politique suivie par les dirigeants de l’Union soviétique depuis le mois d’août 1939, ne correspond, ni à l’intérêt de notre pays, ni à celui de la classe ouvrière internationale ».

Le 12 juin 1940, Rigaud fut interné administrativement en zone libre, au camp de Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne), d’où il fut libéré le 1er mai 1941 puis astreint à résider à Châteauroux (Indre). Autorisé à revenir en région parisienne, il prit contact avec Marcel Capron dont il avait vraisemblablement signé la seconde « Lettre ouverte adressée aux ouvriers communistes ». Son retour à Vitry fut signalé, en janvier 1942, par un tract émanant de la section locale du POPF tandis que les communistes le dénonçaient comme traître. Peu après, il devint membre du Comité central du POPF.

À la Libération, Charles Rigaud vint habiter chez sa sœur à Vitry. Le 7 avril 1948, la Chambre civique de la Seine le condamna à cinq ans d’indignité nationale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article73152, notice RIGAUD Charles, Guillaume par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 5 août 2009, dernière modification le 9 novembre 2015.

Par Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule

[Le Conseil municipal. Nos édiles…, op. cit.]

SOURCES : Arch. Dép. Seine, DM3 ; vers. 10451/76/1 et 10441/64/2. — Arch. PPo. 101. — Journal de Saint-Denis, 15 mai 1937. — L’Aube sociale, mai 1932. — Le Travailleur (canton d’Ivry), 1934-1939. — Les Révoltes logiques, n° 5, printemps-été 1977. — RGASPI, Moscou, autobiographie du 7 mars 1933 n° 495 270 8481.

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