VERMOREL Auguste, Jean-Marie

Né le 28 juin 1841 à Denicé (Rhône) ; mort le 20 juin 1871 des suites d’une blessure reçue sur une barricade pendant la Semaine sanglante ; journaliste socialiste, opposant au Second Empire, emprisonné à de nombreuses reprises ; élu membre de la Commune de Paris.

Le père d’Auguste Vermorel était instituteur ; son grand-père était « propriétaire ». Auguste passa une enfance sans grand relief, marquée par le goût de l’étude et une solide formation religieuse. À treize ans, il entra en classe de 4e au collège de Jésuites de Montgré, près de Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; il y resta plutôt isolé, hostile à la tutelle cléricale, et en sortit à quinze ans et demi ayant obtenu son baccalauréat avec dispense.
Il entreprit des études de droit à Paris, et écrivit à la même époque des contes, des nouvelles, des articles pour des journaux à l’existence éphémère. En 1859, il publiait un roman, Ces dames, satire des demi-mondaines de l’Empire, qui semble fort innocente aujourd’hui ; en 1860, Desperanza, ou les Amours funestes ; il fonda le journal la Jeune France, tôt supprimé et qui lui valut un mois de prison ; de même, en 1861, les six numéros de La Jeunesse entraînèrent pour lui deux mois de prison : il y avait protesté véhémentement contre Nisard acceptant avec indulgence les amours de Louis XIV, et contre l’interdiction de Tartufe à Lyon. Vermorel était alors un étudiant ascétique, lecteur de Lamennais et Lacordaire, de Marat, de l’Imitation et du Volupté de Sainte-Beuve. En 1862, il fut secrétaire de rédaction à la Semaine universelle, puis dans un hebdomadaire politique, le Courrier du dimanche. Il écrivit dans la Nouvelle revue de Paris, sous son nom et sous le pseudonyme Robert Stacy. Il rédigea également des articles pour le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle.
La mort de son père le ramena à Denicé et il entra en 1864 au Progrès de Lyon ; il lui apporta sa fougue juvénile et parisienne, tandis que sa pensée évoluait vers le socialisme et l’internationalisme, sans qu’il prenne toutefois part au mouvement ouvrier coopératif lyonnais ; le journal fut suspendu après un de ses articles.

Vermorel revint à Paris où l’accueillirent Émile de Girardin, Jules Simon, et, en 1864, entra à la Presse, dans un rôle très subalterne ; il passa quelques mois avec Girardin et Fonvielle à la Liberté, puis fonda en 1866 le Courrier français, qui, après quelques éclipses, devint quotidien. Vermorel lui donna un tour original, proudhonien, plus social que politique. Bien que neutre, il y accueillit les thèses de l’Internationale, et, en mai 1866, y publia l’adresse des étudiants socialistes français aux étudiants allemands ; le 10 juin, il y écrivait un article célèbre : « La grève des peuples contre la guerre ». Il fut condamné, le 25 mars 1868, à une amende de 1 000 f ; des actionnaires et des rédacteurs quittèrent alors le journal, tandis que Vermorel était en prison ; il y écrivit Les Hommes de 1848 et Les Hommes de 1851. Il devint, selon les mots de Jules Clère, « une des notoriétés de la presse démocratique. »
Il prit part à la campagne électorale de 1869 dans les rangs socialistes et publia un pamphlet : les Vampires ; il avait déjà écrit Les Mystères de la police en trois volumes (Ancien Régime — Révolution — jusqu’à Napoléon III) et fut au premier rang des protestataires lors du meurtre de Victor Noir. Il fut pourtant accusé par Rochefort d’être un mouchard de Rouher, dès 1868 ; accusation que Pyat reprendra plus tard, bien que sans fondement, et qui souleva une grosse émotion ; Félix Pyat l’accusera d’avoir offert le Courrier français aux d’Orléans, puis de l’avoir vendu à l’Empire. La plupart de ceux qui le connaissaient croyaient à l’honnêteté de Vermorel.
Il prit la parole au cours de plusieurs réunions publiques, notamment en septembre 1869, prônant le socialisme, ou encore condamnant la pratique du duel comme une « entrave apportée à la liberté de la presse et à la liberté de la pensée ».
Il essaya de rénover La Réforme politique et sociale, où il avait remplacé Lissagaray comme éditorialiste, en décembre 1869, mais ne s’entendit pas avec son associé. Dans La Réforme politique et sociale, Vermorel avait dit la nécessité de reconstruire la société sur des bases nouvelles : liberté, égalité, instruction intégrale à la portée de tous (25 décembre 1869) ; juges nommés et jurys, armées remplacées par des milices locales (10 décembre 1869). Le 17 décembre 1869, il écrivait que « l’action révolutionnaire doit remplacer l’action parlementaire ». Le 25 décembre, il se proclamait en faveur du socialisme. Et, le 26 janvier 1870, à propos des grèves du Creusot, il écrivait : « La question sociale et la question politique sont étroitement dépendantes l’une de l’autre [...] C’est pour avoir méconnu cette étroite solidarité que la révolution de 1848 a échoué [...] La société est fondée sur le travail ; le problème même de l’organisation sociale. L’abolition du prolétariat, c’est la grande question révolutionnaire ; c’est le grand but auquel nous devons tendre ».
Vermorel fut à nouveau, en 1870, emprisonné à Sainte-Pélagie ; libéré le 4 septembre, il y retourna le 31 octobre pour quatre mois de prévention et fut acquitté en février 1871 par un conseil de guerre ; il avait continué, en prison, d’étudier et d’annoter les écrits socialistes. Du 9 au 22 septembre 1870, il avait fait paraître une nouvelle fois Le Courrier français (treize numéros). D’après Jules Clère, Vermorel se serait ensuite engagé dans l’artillerie de la Garde nationale.
Vermorel chercha vainement, en février 1871, à fonder un nouveau journal ; se tenant à l’écart du Vengeur, de Pyat, il fonda l’Ordre, qui parut en quatre numéros à partir du 20 mars 1871 ; Vermorel en était l’unique rédacteur et prônait l’union du peuple et de la bourgeoisie.
Vermorel fut élu à la Commune le 26 mars par 13 402 voix du XVIIIe arr. sur 17 443 votants ; il siégea à la commission de la Justice (29 mars), à la commission exécutive (3 avril) et à celle de la Sûreté générale (21 avril au 13 mai). Son action à la Commune fut libérale en même temps qu’énergique ; il demanda à Raoul Rigault d’expliquer les saisies de lettres et de journaux aux portes de Paris (séance du 1er avril), poussa à relâcher le curé de Saint-Eustache (22 avril) et s’éleva contre les empiétements du Comité de la rue d’Aligre (26 avril) ; le manque de méthode de la Commune l’effrayait : « Depuis un mois, il faut bien le dire, nous sommeillons, nous n’avons pas eu d’organisation [...] Dans toutes les commissions il y a un ou deux membres qui travaillent [...] Eh bien ! il y a un moyen, c’est la responsabilité ». Le 15 mai il signa la déclaration de la minorité : « La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public » — Voir Jourde F..

Il avait conservé ses activités de journaliste : l’Ami du Peuple, lancé le 23 avril et qui se proposait pour modèles les journaux de Robespierre, Marat, Mirabeau, disparut au quatrième numéro ; il y polémiquait avec Félix Pyat, qui reprenait contre lui les accusations d’appartenance à la police déjà reprises sous le gouvernement de la Défense nationale. Il essaya encore de faire paraître La Justice — en vain. Remplacé le 14 mai par Émile Clément à la commission de Sûreté générale, il se cantonna dans son XVIIIe arr.

Il fut grièvement blessé le 25 mai sur la barricade du Château-d’Eau où son ami Delescluze trouva la mort. Vermorel, la cuisse traversée de part en part près de la hanche, fut emporté sur des fusils à la mairie du XIe arr. Jaclard tenta vainement d’obtenir pour lui l’hospitalité chez le père d’Olivier Pain ; le concierge fut plus accueillant, et Jaclard emmena Vermorel, bandé, chez un ami ; mais Vermorel fut arrêté et emmené à l’hôpital de Versailles où il mourut de sa blessure le 20 juin 1871. Son corps fut ramené à Denicé.
Ses livres furent mis aux enchères le 17 novembre 1871.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article72495, notice VERMOREL Auguste, Jean-Marie, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 16 août 2019.

ŒUVRE : Outre les journaux cités, de nombreuses brochures ou pamphlets : Ces dames ! (1860, Cournol, in-32). — Desperanza (1861, Librairie nouvelle, in-12). — Les Amours vulgaires (Paris 1863, Lévy frères, in-12). — Mirabeau, sa vie, ses opinions, ses discours (1865, Dubuisson et Cie, cinq vol. in-32). — Servitude volontaire, La Boétie (préface), — œuvres de Robespierre, recueillies et annotées (1866, Cournol, in-12). — œuvres de Vergniaud, Gadet, Gensonné (1866, Cournol, in-12). — Les Mystères de la police (1867, Lebigre — Duquesne, in-12). — Biographies contemporaines (Rouher, Raspail, J. Simon, Rochefort 1869, quatre brochures, in-12). — Les Hommes de 1848 (1869, Alonnier, in-12). — Les Hommes de 1851 (1869, ibid). — Les Vampires, pamphlet électoral (1869, Alonnier, in-8), — Le Parti socialiste (1870, Librairie internationale, in-12). — Le Peuple et les élections (1871). — Qu’est-ce que la République ? (1871, Fayard, in-8°).

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1735, n° 5178. — Arch. PPo., E a/104-8. — BHVP, NA 155, p. 502-503, 530, 554 et 689. — Procès-verbaux Commune, op. cit. — Revue blanche. avril 1897 (article de Jaclard). — Da Costa, La Commune vécue, op. cit., t. III, p. 53. — Lissagaray, Histoire de la Commune, op. cit. — Jaurès, Histoire socialiste, t. II, p. 463. — Jules Clère, Les Hommes de la Commune, op. cit. — Jean Vermorel : Un enfant du Beaujolais, Auguste Vermorel (1841-1871) Paris-Lyon, 1911, 211 p. (se trouve à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, n° 925 922). — La Comune di Parigi (G. Del Bo) op. cit. — Notes de J. Chuzeville.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 227. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 139. — Arch. PPo., album 286/43.

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