VERLAINE Paul (dit Robert), nommé ailleurs VERLEN Paul, ou VERLINE Paul, ou MERLAINE Paul.

Né à Metz le 30 mars 1844 ; mort à Paris le 8 janvier 1896 ; poète célèbre, il était, en 1871, employé à l’Hôtel de Ville de Paris et y demeura sous la Commune, au bureau de la presse.

Après des études au lycée Bonaparte, Paul Verlaine avait fait en 1866 ses débuts littéraires et pris rang parmi les Parnassiens. L’année suivante, il avait été présenté à la famille Mauté, honorablement connue à Montmartre. Après avoir débuté comme expéditionnaire à la compagnie d’assurances « l’Aigle et le Soleil », il était entré en mars 1864 au bureau des mariages à la mairie du IXe arr., puis dans les services de l’ordonnancement à l’Hôtel de Ville. Employé peu zélé, il s’évadait à midi et gagnait des cafés littéraires ; il n’était pas même commis lorsque la guerre éclata, n’ayant pu ou voulu passer le simple examen qui lui aurait donné ce grade.
En août 1870, il épousa Mathilde Mauté. Il avait tiré au sort un bon numéro, mais, républicain convaincu, se fit inscrire au 160e bataillon, recruté à la Rapée-Bercy. Il habitait alors avec sa jeune femme, 2, rue du Cardinal-Lemoine, Ve arr. De service aux forts du Sud, entre Issy et Montrouge, il y eut très soif... Sa femme regagna la maison paternelle. Le garde national contracta une bronchite ; une fois guéri, il redevint employé. Il ne fut pas un combattant de la Commune, mais resta à Paris et conserva son poste à l’Hôtel de Ville. Il s’en explique dans ses Confessions (op. cit., p. 212) : il habitait non loin de là, sur le quai, et la routine le poussait vers son bureau ; sa mère qu’il aimait tant était souffrante, rue de Lécluse, aux Batignolles ; les employés, mal informés, partirent pour Versailles ou restèrent à Paris, un peu au hasard. Il connaissait par ailleurs des partisans de la Commune : Raoul Rigault, son camarade d’études ; J. Andrieu, son collègue à l’Hôtel de Ville. Ses convictions le poussèrent de même à rester : « J’avais dès l’abord aimé, compris [...] cette révolution à la fois pacifique et redoutablement conforme au si vrai Si vis pacem para bellum » ; il appréciait le Comité central qui « avait tout bonnement posé, d’aplomb et net et bien, la question politique intérieure et indiqué d’un trait parfait le futur problème social à résoudre illico, fut-ce par les armes ».
Avant 1870, Verlaine mandatait leurs traitements aux prêtres parisiens ; ce travail supprimé au printemps 1871, il fut chargé, avec un homme de cinquante ans qu’il jugea ensuite être un mouchard, de découper et collationner les articles de journaux favorables à la Commune, en les présentant avec un commentaire ; que resta-t-il de son travail après l’incendie de mai ? Le 24 mai, il regagna son logis après une vaine tentative pour aller voir sa mère aux Batignolles ; il y retrouva deux gardes nationaux en uniforme, son ami Edmond Lepelletier et Émile Richard. Lepelletier l’invitait à regarder le spectacle de la rue ; Paul, effaré, préférait les recoins et « consolait » la bonne qui pleurait. Sa mère, sa femme arrivèrent tour à tour. Après le départ des deux amis dont ils aidèrent la fuite, Mathilde apprit à son mari qu’elle était enceinte et le couple retrouva une paix éphémère.
Verlaine aurait pu retourner à son bureau, installé au Luxembourg et tout proche ; il ne le fit pas, s’alarma, vécut chez ses beaux-parents à Montmartre, rue Nicolet. Lepelletier affirme (op. cit., p. 108) : « Verlaine n’a jamais eu le titre, comme on l’a dit, de directeur ni même de chef du bureau de la Presse [... sous la Commune]. On n’eût pas manqué, si le fait avait été exact, de l’inculper pour usurpation de fonctions ». Et plus loin : « Verlaine ne fut d’ailleurs, à aucune époque, l’objet d’une instruction judiciaire pour participation à la Commune ». C’est une vaine crainte qui le poussa en 1871, avec Mathilde, à gagner le Nord de la France ; il rentra à Paris dès septembre. Mais le 31 août 1872, le 4e conseil de guerre jugeait par contumace un nommé Merlaine, chef de bureau de la Presse, à l’Hôtel de Ville, dont on ignorait l’état civil, le domicile, et au dossier duquel figurait une lettre sollicitant un laissez-passer pour un nommé Texier. Merlaine, pour usurpation de fonctions, fut condamné par contumace, le 31 août 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée ; il devait être amnistié le 20 avril 1879, toujours par contumace. Il est difficile de ne pas penser que Merlaine et Verlaine ne font qu’un ; mais le poète ignora sans doute toujours la condamnation qui l’avait frappé.
Lorsqu’en 1872-1873, Verlaine en compagnie de Rimbaud gagna Londres et Bruxelles, la police qui le surveilla sous les noms de Verlen et Verline le taxa de socialisme : à Londres, il fréquenta Vermersch, Andrieu, Lissagaray ; à Bruxelles il assista aux réunions d’un Club de propagande socialiste, à la brève existence. Lorrain d’origine, « je dus, écrit-il, en 1872, opter à Londres, où m’avaient jeté les suites de la guerre sociale, après la guerre civile et la guerre étrangère, en faveur de la nationalité de ma naissance ». Toujours dans les Confessions, il évoque ainsi le printemps 1871 : « Deux mois d’illusions, par le fait, généreuses, que je ne regrette pas, somme toute »
La police signala sa présence, fin avril 1881, dans un réunion privée à Paris, chez le statuaire Charles Capellaro. Une trentaine d’amnistiées ou d’anciens combattants de la Commune se concertaient sous la présidence de Leverdays pour constituer un groupe révolutionnaire militant. Capellaro proposa de l’appeler « Soldats de la Révolution » de qui souleva des vives protestations notamment celles de Verlaine qui s’écria qu’il ne fallait « plus d’armée, plus de soldats, qu’il est nécessaire de créer des mots nouveaux pour une situation nouvelle ». Après une longue et tumultueuse discussion, le nom de Groupe révolutionnaire militant fut finalement adopté. »

En 1883 seulement, Verlaine tenta de retrouver un poste à l’Hôtel de Ville ; miné par l’alcool et la maladie, il ne le put. Ni bureaucrate ni socialiste, il écrivait pour une conférence de Vermersch un Poème des Morts : 2 juin 1832 et avril 1834, inspiré par l’amitié :
« La République, ils la voulaient terrible et belle, Rouge et non tricolore...
... Ils gisent, vos vengeurs, à Montmartre, à Clamart, Ou sont devenus fous au soleil de Cayenne Ou vivent affamés et pauvres, à l’écart ».
Ces vers n’ajoutent rien à la gloire de Verlaine poète, mais disent son sentiment à propos des faits contemporains.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article72485, notice VERLAINE Paul (dit Robert), nommé ailleurs VERLEN Paul, ou VERLINE Paul, ou MERLAINE Paul. , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 13 septembre 2018.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/858 (Merlaine). — Arch. Min. guerre, 4e conseil, (n° 677) (sous le nom de Merlaine). — Arch. PPo., B a/427 et B a/874, Ba 90. — Verlaine, Confessions (Éditions du Bateau ivre, Paris, chapitre XVI). — Edmond Lepelletier, Paul Verlaine (Paris, Mercure de France, 1907). — Henri d’Alméras, Avant la gloire — leurs débuts. — Jean-Marie Carré, La Vie aventureuse d’A. Rimbaud (voir ce nom).

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