OURADOU Gérard [OURADOU Géraud, dit]

Par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier et Georges Ribeill

Né le 20 janvier 1896 à Montesquieu-Lauragais (Haute-Garonne), mort le 29 janvier 1952 à Suresnes (Seine) ; contrôleur technique puis sous-inspecteur ; délégué de la CGT à l’Assemblée consultative provisoire (1944-1945) ; membre de la Commission nationale de reconstitution des organisations syndicales de travailleurs ; secrétaire de la Fédération confédérée FO des cheminots (décembre 1947), membre du bureau fédéral de la Fédération FO des cheminots et représentant FO au conseil d’administration de la SNCF jusqu’en 1951 ; militant socialiste.

Le conseil municipal de Bondy en 1935
Le conseil municipal de Bondy en 1935
Ouradou est au premier rang, 5e à partir de la gauche, à côté de Varagnat, 4e.

Fils d’un cantonnier et d’une ménagère, Gérard Ouradou exerça la profession d’enseignant avant 1914. Il avait combattu à Verdun pendant la Première Guerre mondiale et obtenu le grade de lieutenant. Entré au chemin de fer en 1919 à Conflans-Jarny (Meurthe-et-Moselle), il occupera le grade de sous-inspecteur au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et terminera sa carrière comme inspecteur honoraire.

Syndiqué en 1920, secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Conflans-Jarny, Gérard Ouradou devint ensuite secrétaire de l’Union Est des syndicats confédérés des cheminots de 1924 à 1944. À ce titre, il siégea dans les instances dirigeantes de la Fédération. Délégué aux congrès fédéraux, il fut l’un des artisans de la réunification syndicale. Il avait été nommé administrateur de la SNCF avant la guerre, mais fut dessaisi de son mandat suite à la réduction de l’effectif du conseil.

Domicilié à Bondy (Seine), il avait été élu le 12 mai 1929 conseiller municipal socialiste SFIO sur la liste conduite par Isidore Pontchy*. Réélu le 12 mai 1935 sur la liste de coalition à direction communiste, il était devenu, quelques jours plus tard, troisième adjoint au maire Henri Varagnat.

Responsable national des cheminots du réseau de résistance Libération-Nord sous l’Occupation, Ouradou ne rompit pas les liens avec le syndicalisme officiel, pratiquant ainsi ce que Bothereau appelait la politique de la « persistance ». Il fut membre du bureau exécutif de la Fédération légale pendant toute la guerre. Le 31 janvier 1944, il annonça au bureau qu’il ne voterait pas en faveur des candidatures de Roger Liaud* et de Lucien Cancouët* à la direction fédérale. Il reprochait à Liauddes ses changements de position opportunistes et à Cancouët d’émettre des opinions divergentes notamment au sein de la Ligue de la pensée française. Du congrès officiel organisé les 3 et 4 février 1944, sortit un comité de liaison syndicale, qui présida au rapprochement des deux tendances, Libération-Nord (Ouradou et René Clerc*) et Parti communiste (Raymond Tournemaine* et Jules Crapier*). À ce titre, en août 1944, Gérard Ouradou fut l’un des signataires de l’appel à la grève générale. Il fut nommé par le Conseil national de la Résistance (CNR), avec un représentant de la CGT (Bégot) et un autre de la CFTC (André Paillieux*), membre de la commission ministérielle des voies et communications, chargée de diriger le ministère des Travaux publics et des Transports durant l’insurrection puis d’organiser la libération de Paris. Il fit partie de la Commission nationale de la reconstitution des organisations syndicales des travailleurs entre juillet 1944 et mars 1946. Au sein de la Fédération, il se prononça contre la réadmission de certains camarades exclus des organisations syndicales.

Le 24 novembre 1944, le premier numéro de Résistance ouvrière parut, œuvre de militants qui avaient animé le Comité d’études économiques et syndicales créé le 15 novembre 1940 par l’équipe de Léon Jouhaux. Gérard Ouradou, Raymond Bouyer, Lucien Jayat, Adrien Lavergne, André Lucot, Louis Fréour et J -P. Thomas constituaient le comité de rédaction de Résistance ouvrière, devenue Force ouvrière en décembre 1945.

À la Libération, Ouradou fut secrétaire général, avec Raymond Tournemaine, de la Fédération reconstituée selon les principes de la parité d’avant-guerre et administrateur de la SNCF. Dans l’un des deux éditoriaux de la Tribune des cheminots qui lui revenaient, Ouradou s’attacha régulièrement à la défense du pouvoir d’achat. Mais au congrès fédéral d’août 1945, il ne put empêcher avec la minorité ex-confédérée que soit mis un terme au principe de parité (« la tendance ex-unitaire va proposer la candidature de notre camarade Frachon comme secrétaire général, à côté de la candidature de Léon Jouhaux, également secrétaire général. Je ne vois pas pourquoi on demande la parité à la CGT alors qu’on la refuse ici ») et se retrouva donc simple secrétaire général adjoint. Il fut élu député socialiste en juin 1946 à la seconde Constituante (2e circonscription de Paris). Partisan de l’indépendance entre syndicats et partis, Gérard Ouradou condamnait les groupes socialistes d’entreprise au même titre que les cellules communistes.

Après le congrès fédéral de juillet 1947, simple secrétaire fédéral, il réprouva avec Clerc, de la même tendance Force ouvrière, la scission qui s’ensuivit, à l’origine du Comité d’action syndicaliste (CAS). « C’est du dedans de la CGT qu’il faut opérer », plaidait-il alors. C’est avec toute la tendance FO qu’il quitta à son tour la CGT après les grèves de novembre-décembre 1947. Dans la lettre de démission qu’il envoya au bureau fédéral le 31 décembre 1947, il reconnut que « les militants minoritaires dans les organismes fédéraux ne pourraient désormais représenter qu’eux-mêmes et qu’il leur appart[enait] par conséquent en toute logique de se démettre de leur mandat ». Il fut l’un des secrétaires de la Fédération confédérée FO des cheminots, constituée aussitôt en décembre, dont René Clerc était le secrétaire général. Bien qu’il fût associé aux travaux préparatoires à la fusion entre la fédération et le CAS, il ne retrouva aucune responsabilité au sein de la Fédération syndicaliste confédérée (FO) constituée début mars 1948, à l’issue de cette fusion. En fait, il ne siégea au bureau qu’à titre consultatif, sa fonction d’administrateur de la SNCF ne l’autorisant pas à occuper un poste de responsabilité syndicale.

Décoré chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur, Gérard Ouradou était titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 et de la médaille de la Résistance. Marié en janvier 1920 à Castres-Gironde (Gironde) avec Jeanne Ameau, Gérard Ouradou eut au moins un fils né en 1922, Jean-Robert, et un petit-fils, Gérard. Il fut inhumé le 3 février 1952 au cimetière de Gardouch (Haute-Garonne).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7191, notice OURADOU Gérard [OURADOU Géraud, dit] par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier et Georges Ribeill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Marie-Louise Goergen, Claude Pennetier et Georges Ribeill

Le conseil municipal de Bondy en 1935
Le conseil municipal de Bondy en 1935
Ouradou est au premier rang, 5e à partir de la gauche, à côté de Varagnat, 4e.

SOURCES : Arch. Nat. F/1aII/3353 et F7/13660. — Arch. Dép. Seine, DM3 ; versement 10451/76/1. — Arch. Com. Bondy. — Arch. de l’OURS, correspondance Haute-Marne. — Arch. confédéraux CGT-FO, Centre de documentation Gabriel Ventejol, fonds Marc Blondel. — Arch. Fédération CGT des cheminots (procès-verbaux du bureau exécutif de la Fédération légale). — Arch. Fédération CGT-FO des cheminots. — Congrès fédéraux CGT des cheminots, 1945 et 1947. — La Tribune des cheminots. — Le Rail syndicaliste, 1948. — Force Ouvrière Hebdo, 7 février 1952. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Assemblée nationale constituante, Notices et portraits, 1946. — DBMOF, tome 37, p. 389-390. — Alain Bergounioux, La CGT-FO, Le Seuil, 1975. — Daniel Mayer, Les socialistes dans la Résistance, PUF, 1968. — Maurice Choury, Les Cheminots dans la Bataille du Rail, Paris, Librairie académique Perrin, 1970, p. 104-105. — Pierre Vincent, « La place des dirigeants cheminots dans la confédération, de ses origines à nos jours », Les cahiers de l’institut, n° 2. — Georges Ribeill, « Autour des grèves de 1947, les scissions de l’après-guerre au sein de la Fédération CGT (CAS, FO, FAC, FgMC) », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 3, Mouvement social et syndicalisme cheminot, automne 1990, p. 95-113. — Notes diverses. — État civil.

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