OLIVIER Marius, Louis

Par Jean Maitron et Claude Pennetier

Né le 30 janvier 1886 à Bordeaux (Gironde), mort le 16 juillet 1952 à Bégles (Gironde) ; cheminot ; syndicaliste de la Gironde, de la Dordogne et de l’Indre ; socialiste puis communiste.

Fils d’un menuisier, ouvrier métallurgiste monteur à Bordeaux, qui fut militant socialiste et conseiller municipal en même temps de Marcel Cachin*, Marius Olivier, titulaire du Certificat d’études primaire, adhéra au Parti socialiste en 1905 et au syndicat des Métaux en 1912. Mobilisé comme cheminot pendant la Première Guerre mondiale, il fut successivement secrétaire des syndicats cheminots d’Aurillac (Cantal), de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et de Périgueux (Dordogne). « J’ai été entraîné pendant quelques temps par le courant chauvin, mais je me suis ressaisi au contact des militants de Périgueux (1917) » (autobiographie, 1933). Monteur aux ateliers du Paris-Orléans, il était dès 1918 secrétaire du syndicat Matériel et Traction des ateliers et appartenait au conseil de la section socialiste. Les rapports de police le signalaient parmi les militants « jouissant d’une grosse influence dans les divers services du PO ». Le 9 juin 1918, il fut élu au comité directeur de la Fédération socialiste. Il diffusait le journal la Vague pour le compte duquel il organisa une réunion en décembre 1918.
En 1919, il appartenait à la commission exécutive de l’Union départementale CGT et, à ce titre, contribua à la création de nombreux syndicats. Cette même année, il fut l’un des fondateurs de l’imprimerie coopérative « La Prolétarienne ». Délégué au congrès de Lyon de la CGT (septembre 1919), il vota contre le rapport moral. « Produit typique du guesdisme » bordelais, selon Annie Kriegel, il fut candidat aux élections municipales de novembre 1919 et fut élu sur la liste dirigée par Paul Bouthonnier*.
Début janvier 1920, Marius Olivier dirigea le mouvement revendicatif pour les huit heures : les ouvriers quittant les ateliers cinq minutes avant l’heure réglementaire. À la suite de sa mise à pied par la direction, les deux mille agents se mirent en grève et appelèrent au soutien des syndicats du PO. Une délégation passa, avec la direction à Paris, un accord qui fut remis en cause par les cheminots de Périgueux, le syndicat décidant de poursuivre la grève. En avril, au congrès de l’Union des syndicats du réseau PO (Angoulême), Olivier en fut élu secrétaire général. Révoqué à l’issue des grèves de février 1920, il échappa à l’arrestation dans le cadre de l’enquête sur le « complot contre la sûreté de l’État » jusqu’en juin. Arrêté à Paris, il fut détenu à la Santé pendant cinq semaines. En novembre, il fut nommé secrétaire de la commission de propagande du comité syndicaliste révolutionnaire du Sud-Ouest (voir Frédéric Barsac*). Signataire de la résolution du Comité de la IIIe Internationale, délégué au congrès de Tours (décembre 1920), il prit la parole le 25 décembre en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale. Il devint le premier secrétaire de la Fédération communiste de la Gironde. Le récit qu’il fit de ses années 1920-1921 dans son autobiographie rédigée pour la commission des cadres le 1er août 1933 mérite d’être cité : « Au cours du même mois [d’avril] je fus nommé par le Congrès d’Angoulême secrétaire général des syndicats du PO. Arrêté en juin pour complot contre la sûreté de l’État, je passais quatre semaines de prévention à la santé avec les militants de l’époque, Monmousseau, Souvarine, etc... Battus par les réformistes de mon réseau au Congrès de Tours pendant mon incarcération, je quittais le secrétariat et Paris pour travailler à Bordeaux en qualité de forgeron. Un mois plus tard les militants de la fédération de la Gironde venaient me chercher pour défendre le point de vue de l’adhésion à la IIIe Internationale et contre-battre l’influence du leader de droite Marquet. Délégué pour ma tendance au Congrès de Tours, décembre 1920, je fus désigné parmi les hommes de confiance chargés d’assurer aux abords de la salle l’arrivée et le départ de la camarade Clara Zetkin. Lorsque la scission se produisit au sein de la Fédération de la Gironde, je fus nommé secrétaire de la fédération communiste à la tête de laquelle je restais pendant près d’un an. Je fus remplacé par Rieu qui paraissait plus actif que moi. Quelques semaines plus tard les militants du parti et des syndicats de Châteauroux me demandèrent de prendre le poste de secrétaire de la Bourse du travail. J’acceptais (septembre 1921) [...] Je restais 5 ans à ce dernier poste et sur les conseils de médecins je partis dans les Pyrénées afin de fortifier mon fils malade alors âgé de 9 ans et que je soigne encore. » Son épouse, Jeanne, avait eu « des velléités militantes » à Périgueux mais elle a, dit-il, été « touchée par les revers et les ennuis et si elle n’est pas contre le parti, elle n’est pas avec lui. »
Début 1922, Olivier exerçait donc les fonctions de secrétaire général permanent de l’Union départementale, désigné par le congrès de l’Union départementale tenu à Argenton-sur-Creuse le 28 août 1921. L’UD groupait alors une trentaine de syndicats. Délégué au congrès constitutif de la CGTU (Saint-Étienne, juin 1922), il y prit la parole pour défendre, selon le mandat reçu, l’adhésion à la CGTU et à l’Internationale syndicale rouge, sous réserve du respect de l’autonomie du syndicalisme français. Dans l’Indre, la scission fut évitée et Olivier resta à la tête de l’UD unique, adhérente à la CGTU, jusqu’en mars 1923. Son départ fut suivi d’une réorganisation de l’Union (voir G. Baumont*). Cependant, il collabora au journal Travail jusqu’en septembre. Installé comme chauffeur de taxi et garagiste à Lourdes (Hautes-Pyrénées), il n’eut plus d’activité militante. Il écrivit : « Je passais 6 ans à Lourdes comme petit garagiste au bénéfice moyen de 1 500 F par mois, pendant ces cinq années je suis resté sans contact avec la direction du parti ne faisant que lire sa presse, pas toujours régulièrement. Au bout de ce temps voyant les bons résultats physiquement de mon enfant, je décidais de reprendre la bataille. J’écrivis à cet effet aux camarades de Châteauroux et quelques semaines plus tard je prenais le secrétariat de l’Union locale unitaire, poste non rétribué, que je détiens depuis 6 ans, tout en assurant mon emploi de gérant d’une succursale de la coopérative dont la direction est entre les mains du parti. » (autobiographie, 1933).
De retour dans l’Indre début 1929, Olivier devint rapidement secrétaire de la cellule communiste de Bitray du rayon de Châteauroux et secrétaire de l’Union locale unitaire jusqu’en 1933. Il participa au congrès de la CGTU de 1929 (Paris, 15-21 septembre) et de novembre 1931 (Paris, 8-14 novembre). De 1931 à 1933, il assura la gérance de la coopérative de Bitray.
Marius Olivier se présenta au conseil général en octobre 1931 et aux élections législatives de mai 1932 dans la 2e circonscription de Châteauroux. Il obtint au 1er tour 3,1 % des suffrages puis 1 % au second tour, le socialiste Max Hymans étant élu. Militant de la coopérative « La Semeuse », il préconisa, dans les discussions entre communistes de Gironde à la fin d’août 1934, un accord tactique avec les socialistes et les radicaux. Candidat aux élections cantonales à Saint-Foy en octobre 1934, il était présenté comme cheminot révoqué. Il était secrétaire du comité de lutte contre la guerre et le fascisme et fut à ce titre délégué au congrès d’Amsterdam.
À la Libération, Marius Olivier fut maire communiste de Bègles de 1945 à 1947.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article7163, notice OLIVIER Marius, Louis par Jean Maitron et Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 17 août 2019.

Par Jean Maitron et Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Komintern, RGASPI, Moscou, dossier personnel. — Arch. Nat. F7/12987, 12991, 12992, 13130, 13265, 13578. — Arch. Dép. Dordogne, 4 M 186, 4 M 192, 4 M 206. — Arch. Dép. Indre, M 971. — Le Peuple, 3 septembre 1921. — Le Prolétaire du Périgord. — Le Travailleur du Centre-Ouest, 26 novembre 1932. — L’Émancipateur, 1929-1932. — Le syndiqué du Centre, 1929. — A. Kriegel, Aux origines du communisme français, op. cit. — Renseignements recueillis par G.-M. Thomas. — Notes de Jacques Girault et Francis Colbac.

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