TANGUY Julien, dit le « père Tanguy »

Né le 28 juin 1825 à Plédran (Côtes-du-Nord), mort le 6 février 1894 à Paris ; communard ; marchand de couleur et ami des peintres impressionnistes.

Né à Plédran, au hameau de la Touche-Jaguay, fils d’un tisserand, Julien Tanguy se maria le 24 avril 1855 à Saint-Brieuc où il fut plâtrier, puis charcutier. Une fille, Mathilde, naquit le 27 janvier 1856. Le couple s’installa à Paris en 1860. D’abord cheminot à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, il fut embauché chez Edouard, fabricant de couleurs et marchand d’articles pour artistes, 6, rue de Clauzel, et devint broyeur.
Il fit sept ans de service dans la Garde nationale, y resta pendant le Siège et se retrouva dans les rangs des fédérés pendant la Commune. Fervent socialiste, « communard par persuasion » doux « rêveur anarchiste ». Pendant la Semaine sanglante, il se heurta, rue Saint-Vincent (18°) à un groupe de Versaillais, le fusil à la main. Il le jeta et se réfugia dans une maison voisine où il fut aussitôt arrêté. Envoyé à Satory, il passa devant un conseil de guerre. Des pétitions lui permirent d’éviter le peloton d’exécution. Condamné, il fut emprisonné à Versailles, puis au fort de Quélern. Jobbé-Duval réussit à le faire gracier au bout de deux ans d’internement.
C’est à son retour en 1873 qu’il loua un petit magasin, 14, rue de Clauzel et se consacra à la fabrication et à la vente de couleurs fines. Il allait à Barbizon ou à Argenteuil proposer ses couleurs. Il fournit de nombreux peintres impressionnistes et néo-impressionnistes (Guillaumin, Monet, Pissarro, Renoir, Cézanne, Gauguin, Emile Bernard...), exposant parfois leurs œuvres dans sa vitrine et sympathisa particulièrement avec deux d’entre-eux : Camille Pissarro, dont il partagea les idées anarchistes, et Vincent van Gogh. Celui-ci fit plusieurs tableaux célèbres (conservés au musée d’Orsay, à Copenhague et à Athénes) et croquis de Tanguy, qui maintinrent son image. Les toiles du peintre étaient entreposées chez lui en 1889. Il assista aux obsèques de Vincent van Gogh en 1890 avec le docteur Gachet et une vingtaine d’artistes puis ferma sa boutique l’année suivante et mourut d’un cancer en 1894 à son domicile 9 rue Clauzel. Il fut inhumé au cimetière de Saint-Ouen. La vente après décès organisée par Octave Mirbeau comprenait six Cézanne (le prix le plus élevé fut 45 F) et un van Gogh qui monta à 30 F !

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article71454, notice TANGUY Julien, dit le « père Tanguy » , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 26 juillet 2009.

SOURCES : Alain Mothé, Vincent Van Gogh à Auvert-sur-Oise, Paris, 1987, Editions Valhermeil. — Paul Gachet, Les 70 jours de Van Gogh à Auvers, Paris, 1994, Editions Valhermeil. — J. de Beucken, Un portait de Cézanne, Paris, Gallimard, 1955. — Michel Renouard, Dictionnaire de Bretagne, Editions Ouest-France, Rennes, 1992. — Renseignements fournis par M. Cordillot et M. Bretonnière.

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