SERRAILLIER (ou SERAILLIER) Auguste, Daniel, dit Jackson

Né le 20 juillet 1840 à Figanières, arr. de Draguignan (Var) ; ouvrier formier pour bottes ; membre du Conseil général de l’Internationale ; élu membre de la Commune de Paris.

Détail d’une affiche d’avril ou mai 1871.

Le père d’Auguste Serraillier était Antoine Serraillier, cordonnier de 34 ans. Selon Clère, op. cit., Serraillier était « fils d’un révolutionnaire très connu dans le département du Var ». « D’une éloquence peu commune, [il] avait une compétence spéciale dans la question économique. Son énergie véritable en fit l’ennemi le plus acharné du romantisme politique ». Il était « de taille moyenne, maigre et fortement marqué de cette maladie qui donna à la figure de Mirabeau cette mâle beauté que l’on admire dans tous ses portraits ». À une date que nous ignorons, Serraillier suivit son père à Londres et y résida. Il ne vint à Paris qu’en septembre 1870. Il habita alors, 104, boulevard de la Chapelle, dans le XVIIIe arr.
Le 12 octobre 1869, il avait été admis au conseil général de l’Internationale. Marx le proposa, le 4 janvier 1870, comme secrétaire-correspondant pour la Belgique. Cette proposition fut acceptée.
Quelques mois plus tard, signataire des deux adresses du Conseil général de l’Internationale, 23 juillet et 9 septembre 1870, il apparaissait en outre comme secrétaire-correspondant pour la Hollande et l’Espagne.
En septembre 1870, Serraillier vint à Paris. Selon une lettre de Marx à Engels en date du 6 septembre, il devait quitter Londres le lendemain et ne rester que quelques jours à Paris, le but de son voyage étant de se concerter avec le Conseil fédéral parisien, pratiquement, de conseiller un renforcement de l’organisation, n’envisageant une action que plus tard lorsque, l’organisation étant acquise, les circonstances seraient favorables (cf. lettres de Marx à Engels et réponse de celui-ci, 6 et 7 septembre 1870).
Le 25 décembre, il intervint à la section de l’Est de l’Internationale et, usant des pleins pouvoirs qu’il tenait du Conseil général, fit désigner dix délégués qui devaient se rendre dans les sections parisiennes et demander la dissolution du conseil fédéral en fonction de sa réorganisation « sur des bases conformes aux intérêts généraux et immédiats de la classe ouvrière ». Voir Fuzier Alphonse.
Serraillier agit non seulement comme conseiller, mais aussi comme militant et il anima avec Briosne, Johannard et Rochat le « comité républicain du IIe arrondissement ». Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février 1871 par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris (cf. J. Dautry et L. Scheler, Le Comité central républicain..., op. cit.). Il ne fut pas élu. Le 28 février 1871, il faisait au conseil général un long rapport sur la situation en France (cf. Minutes... op. cit., vol. IV).

De nouveau à Paris à partir du 29 mars, il fut élu membre de la Commune le 16 avril par le IIe arr. avec 3 141 voix (il avait échoué dans ce même arr. le 26 mars avec 3 711 voix sur 11 143 votants) et délégué à la mairie du IIe arr. à partir du 25 avril. Le 21 avril, il fut élu à la Commission du Travail et de l’Échange. Le 1er mai, il vota contre la création d’un Comité de salut public et, le 15 mai, signa la déclaration de la minorité : « la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public. » Voir Jourde F.
Le 21, il signait la proclamation publiée par la délégation communale du IIe arr., proclamation qui appelait aux armes et aux barricades tous les habitants de cet arrondissement. Le 25 mai, il était à la mairie du XIe arr. devenue point de ralliement des communards. Le lendemain, il s’opposa en vain, aux côtés de Varlin et d’autres élus de la Commune, à l’exécution des otages rue Haxo.

Par contumace, le 3e conseil de guerre le condamna, le 19 février 1873, à la peine de mort.
Après la défaite de la Commune, Serraillier réussit rapidement à gagner Londres. Dès le 25 août, Marx pouvait écrire à Bolte : « Au Conseil général, il y a maintenant, parmi les membres de la Commune, Serraillier, Vaillant, Theisz, Longuet, Frankel ». Comme délégué du Conseil — élu le 16 avec Bastelica, Frankel et Vaillant — Serraillier assista à la conférence de Londres des 17-23 septembre. Il y représentait également la France en qualité de secrétaire-correspondant (c’est à ce titre que figure sa signature au bas de la troisième adresse de l’AIT : la Guerre civile en France). Il intervint fréquemment et remplit les fonctions de président à partir du 18. Il annonça notamment la création de sept sections à Bordeaux (cf. La Première Internationale (J. Freymond), op. cit., p. 219). En 1871-1872, d’ailleurs, c’est à son instigation que furent constituées les sections de Béziers, Narbonne, Toulouse et rassemblé à Paris et à Bordeaux ce qui pouvait rester de l’Internationale « marxiste ». Le procès de Toulouse, notamment, — Voir Dentraygues — allait montrer la pauvreté de ces regroupements.
« Dans les premiers mois de 1872, il eut un démêlé des plus sérieux avec l’ex-membre de la Commune, Lefrançais : cette dispute avait pour objet une lettre prétendue de Karl Marx, publiée dans Paris-Journal, et que Serraillier alléguait être fausse [elle était effectivement fausse]. Elle n’en avait pas moins été accueillie et reproduite comme authentique par Lefrançais dans son Étude sur le Mouvement communaliste de 1871, p. 92. Partant de là, Serraillier avait vertement reproché à ce dernier « son inexpérience et son ignorance complète des hommes et des choses de l’Internationale » (cf. rapport du 3 mars 1878, Sources).

Il fut membre de la section de langue française de l’AIT à Londres, dont le secrétaire était Bourdeille.
Au 5e congrès de l’Internationale tenu à La Haye, 2-7 septembre 1872, Serraillier représenta le Conseil général et une section française clandestine. Il fit partie de la Commission de rédaction des procès-verbaux et signa à ce titre, le 21 octobre 1872, les Résolutions du congrès général tenu à La Haye du 2 au 7 septembre 1872. Il vota pour l’exclusion de Bakounine et de James Guillaume, mais contre celle de Schwitzguébel. Il se prononça pour le transfert à New York du Conseil général qui confirma Serraillier dans ses fonctions de représentant du conseil pour la France, 22 décembre 1872 (cf. lettre de Sorge lue au procès Van Heddeghem et publiée dans le Bulletin de la Fédération jurassienne, n° 8, 15 avril 1873). Il le fit après une lettre pressante d’Engels à Sorge, 7 décembre.
« Un plein pouvoir à Serraillier pour la France est absolument nécessaire si vous ne voulez pas que tout recommence à se disloquer. Serraillier continue sa correspondance avec zèle et nous lui — p. 119 — expédions l’argent pour cela, mais il n’est qu’un particulier tant qu’il n’a pas de pleins pouvoirs et les gens de France veulent décidément, avec toute leur autonomie, être dirigés par un fondé de pouvoir du Conseil général. Nous n’avons personne d’autre ici que Serraillier ; Dupont est beaucoup trop inexact pour une correspondance si étendue et il a trop à faire avec son brevet ».
En 1873-1874, Serraillier fut membre du conseil fédéral britannique. Il continuait à fréquenter la maison de Marx et demeurait l’homme de confiance.
Le 21 juillet 1873, en compagnie de Dupont, Engels, Frankel, Le Moussu et Marx, il signait la brochure l’Alliance de la démocratie socialiste et l’AIT, dernier écrit émanant du conseil général de Londres et dirigé contre Bakounine (reproduit dans La Première Internationale, J. Freymond, op. cit.).
Engels eut cependant « de la peine à persuader Serraillier » d’accepter les pleins pouvoirs du Conseil général pour se rendre au Congrès général de l’Internationale qui devait s’ouvrir à Genève le 8 septembre 1873, congrès qui fut un « fiasco » au dire de Marx lui-même — Serraillier, d’ailleurs, ne s’y était finalement pas rendu (lettres des 26 juillet et 27 septembre 1873 — voir Sources).
En 1874, Serraillier eut des démêlés d’ordre financier avec Lafargue et il cessa un jour de fréquenter Marx. En janvier 1877, Jenny Marx écrivait à Sorge : « Plus de Français du tout, plus de Le Moussu, plus de Serraillier, et surtout pas de blanquistes. We had enough of them [nous en avions assez d’eux] » (cité d’après J. Guillaume, op. cit., t. III, p. 141).
Serraillier serait mort en exil à Londres à une date que nous ignorons (cf. CQFD, 21 octobre 1916). Le Sudoc indique 1891 comme date de décès, mais on ignore la source. Serraillier était marié, père d’un enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article70955, notice SERRAILLIER (ou SERAILLIER) Auguste, Daniel, dit Jackson, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 12 octobre 2019.
Détail d’une affiche d’avril ou mai 1871.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/859 A, n° 3337. — Minutes..., op. cit., vol. III et IV. — Arch. PPo., B a/435 (fiche individuelle rédigée par le « 47 » — O. Testut — et datée Lyon, 3 avril 1878). — PV Commune, op. cit. — Correspondance F. Engels, K. Marx et divers, publiée par F.A. Sorge, Paris, Costes, t. I, 1950 (lettre Engels à Sorge 26 juillet 1873, Marx à Sorge, 27 septembre 1873 ; voir également n. 1 p. 174). — M. Molnar, Le Déclin de la Première Internationale, op. cit. — La Première Internationale (J. Freymond), op. cit. — J. Guillaume, L’Internationale, op. cit. — K. Marx, La Guerre civile en France, Paris, 1925. — J. Clère, Les Hommes de la Commune, op. cit. — État civil du Var. — Notes de Louis Bretonnière et de Julien Chuzeville.

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