ROQUES Jean, Théoxène, Saint-Denis, dit ROQUES DE FILLOL

Né le 11 avril 1824 à Sainte-Colombe (Gironde) ; il vivait en concubinage depuis quinze ans en 1870 et travaillait à la Bourse ; homme de lettres, il fut maire de Puteaux (Seine) sous la Commune.

Roques appartenait à une famille honorable, mais modeste, et avait pris le nom de son village natal, Fillol, pour se distinguer d’homonymes : avec plus ou moins de succès, dit-il, puisqu’on le confondit encore avec de Filhiol, courtier de la coulisse de la rente. Il passa son enfance en Gironde et son père le mit à treize ans en apprentissage chez un vétérinaire, mais celui-ci, qui n’avait pas reçu la somme spécifiée sur le contrat, le renvoya trois ans plus tard ; et Jean Roques devint clerc d’avoué à Bordeaux pour quatre ans ; puis, libéré du tirage au sort, il vint à Paris, sans profession ni fortune, mais ambitieux et intelligent. Présenté, plus tard, devant la Commission des grâces, comme « un révolutionnaire modéré » de 1848, il semble en fait s’être manifesté surtout politiquement lors du plébiscite de 1870. Il commença, en 1863, à être connu à la Bourse comme secrétaire d’un gros capitaliste, puis coulissier, « courtier marron » et finalement établi à son compte. Rien ne lui fut reproché sur le terrain professionnel. C’était, en 1870, « un homme dans la force de l’âge, d’une taille au-dessus de la moyenne, au teint coloré et au visage ovale éclairé par des yeux gris-bleu ».

La campagne antiplébiscitaire le mit en relief ; à son dossier, figurait un Appel au Peuple signé « Th. Roques, électeur de la 8e circonscription », qui dénonçait les inégalités sociales et le caractère despotique du régime sous ses apparences libérales. Roques devint maire de Puteaux le 31 janvier 1871 et se consacra à la tâche difficile du ravitaillement. Sous la Commune, Puteaux se trouva très inconfortablement situé entre Versailles et Paris ; son maire écrivit avec dignité lorsqu’on l’accusa : « Le commissaire de police avait abandonné son poste ; j’étais seul debout en face de tous les périls et de tous les dangers et le gouvernement ne me faisait aucune communication... Cet abandon de l’État, qui était notre tuteur naturel, ne fut sans doute pas sans influencer sur la décision du conseil municipal le jour où il déclara qu’il garderait la neutralité . »

Il se défendit plus tard d’avoir été membre d’une association ou d’avoir assisté à une réunion quelle qu’elle fût ; et de fait, on critiqua surtout son rôle d’administrateur : il ne paya pas ses gardes nationaux, fin mars, les poussant ainsi à envoyer des délégués à Paris qui versera désormais leur solde ; il refusa d’afficher les ordres de Versailles, ne reconnut pas le gouvernement et aurait déclaré que « le petit Thiers est la plus grande canaille que la terre ait portée » ; sous son impulsion, le conseil municipal de Puteaux se déclara neutre et écrivit à la Commune pour demander que le bombardement épargnât la ville, proche du Mont-Valérien. On l’accusa aussi de faire inhumer exclusivement les soldats fédérés.

Tous ces griefs furent évoqués devant le 4e conseil de guerre où des témoins vinrent le dire anticlérical, antiversaillais, artisan de la victoire communaliste à Puteaux. Il s’expliqua très dignement : « Je suis républicain, républicain loyal et sincère, ennemi de la violence de quelque part qu’elle vienne, voulant toutes les libertés compatibles avec notre état social, tous les progrès conformes aux besoins de notre époque, et désireux d’en poursuivre sans relâche la réalisation la plus complète par la persuasion et non par la contrainte . » Des habitants de Puteaux vinrent plaider en sa faveur, mais l’accusation d’embauchage, la distribution d’armes à la population, l’attentat contre le gouvernement le firent condamner de façon particulièrement lourde le 10 août 1871, aux travaux forcés à perpétuité ; il refusa de solliciter sa grâce, et malgré une intervention du conseil municipal de Puteaux demandant qu’il reste en France (1872) il fut transporté en Nouvelle-Calédonie. Il y travailla comme écrivain, en particulier dans les bureaux du commandant de l’île Nou, jusqu’en février 1874 ; il fut alors accusé de détournement de pièces d’archives ; l’accusation devait être reconnue sans fondement et venait sans doute de ce qu’il avait fait parvenir au Daily News un article (publié par celui-ci le 11 août 1875) sur les conditions inhumaines de sa détention : fosse sous terre, bâillon...). En 1875 Roques de Fillol acceptait de solliciter la révision de son procès et non sa grâce ; en 1876, Deschanel, alors député, la demanda en vain à Méline ; le 15 juin 1878, le directeur du pénitencier justifiait les mauvaises notes du détenu, non par des sanctions disciplinaires, mais, disait-il, par son mauvais esprit. Sa peine, le 14 janvier 1879, réduite à vingt ans de travaux forcés, lui fut remise le 11 mars et il partit le 20 avril par la Picardie. Il fut plus tard, à nouveau, maire de Puteaux.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article70087, notice ROQUES Jean, Théoxène, Saint-Denis, dit ROQUES DE FILLOL , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 9 mars 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/729 et H colonies 226. — Arch. Min. Guerre, 4e conseil, dossier 1. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Gazette des Tribunaux, 10 août 1871.

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