RIMBAUD Arthur [RIMBAUD Jean, Nicolas, Arthur]

Né le 20 octobre 1854, à Charleville (Ardennes) ; mort le 10 novembre 1891 à l’hôpital de la Conception à Marseille (Bouches-du-Rhône). Le jeune poète prit-il part à la Commune ? il l’affirma, et la question mérite d’être examinée.

Il avait, à la fin de l’année scolaire 1869-1870, remporté à Charleville (Ardennes) le premier prix de vers latins au concours académique, les prix d’excellence, de discours latin, de discours français, de version grecque ; jeune collégien désemparé par le départ en vacances de son professeur, furieux de la guerre, il fit alors sa première fugue, le 29 août 1870 ; dans la panique des premières défaites, sa mère s’affola. Il avait pris le train pour Paris, fut arrêté en gare de l’Est et envoyé à Mazas ; son professeur vint l’y chercher et le ramena à sa mère, non sans peine. Deuxième fugue le 7 octobre, vers la Belgique ; c’est l’époque où il écrit le Buffet, la Bohême, le Dormeur du Val. Période de révolte pour lui, scandée aussi par le bombardement de Charleville (décembre 1870) et l’occupation allemande ; il passa le début de l’hiver en longues promenades et en stations à la bibliothèque. Puis il repartit pour Paris le 25 février 1871, et voyagea avec une jeune fille aux yeux violets qu’on retrouve peut-être dans le sonnet des Voyelles. À l’arrivée, il se rendit chez André Gill, absent, et qui, à son retour, eut la surprise de trouver l’adolescent installé chez lui ; il lui donna 10 F, et, après quinze jours de vagabondage, Rimbaud, le 10 mars 1871, prit la route des Ardennes, par les campagnes sillonnées d’Allemands.

Revint-il à Paris durant la Commune ? Il existe une légende selon laquelle Rimbaud, arrivé à pied ou en carriole, se serait présenté aux portes comme une recrue de province et aurait séduit les fédérés par ses propos ; on l’aurait enrôlé aux « Tirailleurs de la Révolution » — les Vengeurs de Flourens — à la caserne Babylone ; mais il n’aurait pas été armé, et aurait fui en mai. Il aurait, si on l’en croit, manié le pétrole : « Je voyais une mer de flamme et de fumée au ciel, et à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres. » Son ami Ernest Delahaye affirme lui aussi que « Rimbaud n’était pas homme à se contenter de théories, et il avait voulu risquer sa vie pour la révolution sociale ». Les triolets du Cœur volé s’inspireraient de son expérience de combattant.

Mais il travaillait en avril au Progrès des Ardennes — voir Jacoby — et il écrivait, le 13 mai, à son maître, Izembard, une lettre datée de Charleville et dans laquelle il lui envoyait le poème Cœur volé ; il y disait : « Je serai un travailleur ; c’est l’idée qui me retient quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris » ; et la lettre dans laquelle il expose à son ami de Douai, Paul Demeny, son art poétique — « je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant » — est datée de Charleville, le 15 mai. On peut difficilement admettre qu’il soit allé à Paris du 16 au 20 mai ; prit-il la route, s’arrêta-t-il en chemin ? l’épisode de la forêt de Villers-Cotterêts, où il se jeta dans un fossé pour échapper à des uhlans, est plausible.

Reste surtout que l’adolescent révolté accueillit la Commune avec un enthousiasme délirant ; elle devait promouvoir une société nouvelle fondée sur l’égalité des biens et la vraie justice. Sedan lui avait inspiré les Rages de César ; dans Chant de guerre parisien il écrit :
« La Grand’Ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole ;
Et, décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle...
Et les Ruraux, qui se prélassent
Dans de longs accroupissements,
Entendront des rameaux qui cassent
Parmi les rouges froissements. »
Et il glorifia les combattantes, les mains de Jeanne-Marie qui :
« ... ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d’amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé ! »
La Commune vaincue, dans Paris se repeuple, il déplore :
« Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte,
La tête et les deux seins jetés vers l’Avenir
Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,
Cité que le Passé sombre pourrait bénir. »

En août 1871, il élaborait une constitution libertaire : le peuple s’administrait directement, en ses communes ; la république communiste, qui vivait sans argent, comportait un comité fédéral et des délégués temporaires, au mandat impératif. Ce projet de Constitution est perdu, mais à la fin du même mois, Rimbaud écrivait le Bateau ivre ; en septembre, Verlaine, à qui il avait écrit, l’invitait à Paris ; s’il n’est pas prouvé que Rimbaud ait servi la Commune, elle a eu sur lui, sur son œuvre, une influence certaine.
Voir Jacoby.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article69767, notice RIMBAUD Arthur [RIMBAUD Jean, Nicolas, Arthur], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 27 septembre 2019.

SOURCES : Ernest Delahaye, article dans la Revue littéraire de Paris et de Champagne, 1906. — Jean-Marie Carré, La Vie aventureuse de Jean-Arthur Rimbaud (1939). — Revue socialiste, n° 83, janvier 1955, « Les idées sociales de Rimbaud », par Théodore Beregi. — Pierre Gascar, Rimbaud et la Commune, Paris, Gallimard, 1971.

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