RIGAULT Raoul, Georges, Adolphe

Né le 16 septembre 1846 à Paris (ancien IIe arr.) ; fusillé le 24 mai 1871 près du Panthéon ; étudiant ; journaliste ; délégué à la Sûreté générale et procureur de la Commune dont il était membre.

Publication de 1898
Publication de 1898

La destinée du père de Raoul avait déjà été fort tourmentée : né en Belgique en 1811, Charles, Édouard, Henri Rigault était, en 1837, employé au ministère de la Guerre et devint en 1848 sous-préfet de Ribérac (Dordogne) pour la 2e République ; il fut ensuite révoqué et gagna sa vie comme premier caissier de la maison Christofle avant de devenir conseiller à la préfecture de la Seine, le 4 septembre 1870 ; il fut d’ailleurs relevé de ses fonctions le 30 mai 1871 et, après 1871, il renia son fils.
Raoul commença ses études au lycée Bonaparte (Condorcet), puis les continua au collège de Versailles et y obtint ses deux baccalauréats ès lettres et ès sciences ; il entra alors en mathématiques spéciales à Louis-le-Grand et souhaita préparer Polytechnique ; en fait, dès 1865, il fut mêlé à l’agitation révolutionnaire et se posa en représentant du quartier des Écoles auprès des ouvriers. Il vivait — assez mal — en donnant des leçons de mathématiques et grâce à l’hospitalité de ses nombreux amis. Il est ainsi dépeint par la police : « Taille au-dessous de la moyenne, yeux très vifs, porte constamment un pince-nez, se coiffe en arrière, voix forte. » Très populaire au quartier Latin, il organisa la participation des étudiants au congrès international des étudiants tenu à Liège, et prit part aux meetings tumultueux qui suivirent ; il fut arrêté le 7 novembre 1866 au Café de la Renaissance — Voir Ed. Levraud — avec d’autres et inculpé d’affiliation à société secrète ; mais un non-lieu lui rendit sa liberté. En 1868, il s’inscrivit à l’École de Médecine mais en profita surtout pour faire de la propagande parmi les étudiants. Remarqué en 1865 par Blanqui, il était très occupé à vendre des journaux, organiser des quêtes, assister à des enterrements civils. Du 4 janvier 1867 au 10 juillet 1869, il fut condamné pas moins de dix fois : 4 janvier 1867, 22 décembre 1868 (trois mois de prison et 100 F d’amende pour un article athée publié dans le Démocrite), 15 et 22 janvier 1869 (quatre mois de prison et 200 F d’amende pour une réunion du Pré-aux-Clercs où il avait soutenu l’union libre), 5 et 16 février 1869, 9 avril 1869, 14 mai 1869, 11 juin et 10 juillet 1869. Épris d’histoire révolutionnaire, partisan des doctrines hébertistes, il comptait au premier rang de ce mouvement étudiant qui, à partir de Comte et Littré, aboutissait alors à un socialisme matérialiste et fondé sur la violence. Il s’était fait une curieuse spécialité : l’étude des rouages de la police et l’établissement des dossiers de ses employés ; dans la Marseillaise, déjà, il rédigeait la biographie des magistrats au tribunal de la Cour impériale de la Seine, mais ses connaissances le servirent beaucoup plus sous la Commune. En janvier 1870, il essaya d’entraîner la foule parisienne lors des funérailles de Victor Noir et échoua ; un non-lieu lui permit d’échapper au procès de Blois ; le 9 février 1870 il fut arrêté rue d’Aboukir avec 16 autres personnes armées de revolvers dont Albert Grandier et Émile Magloire Giffault. Le 13 juillet 1870, il fut de nouveau condamné à quatre mois de prison et 150 F d’amende pour une brochure, le Grand Complot, sorte de mélodrame antiplébiscitaire.
Au 4 septembre, son ancien collègue à la Marseillaise, Antonin Dubost, remplaça Kératry à la préfecture de police et appela Rigault près de lui en qualité de commissaire-chef de la police politique. Au 31 octobre, il se présenta quai des Orfèvres avec un ordre signé de Blanqui et le nommant préfet de police — Flourens en avait d’ailleurs désigné un autre — mais il dut se retirer deux jours plus tard ; Edmond Adam le remplaça, mais ne le poursuivit pas. Il participa également à la journée révolutionnaire du 22 janvier. Lors de la préparation des législatives de février 1871, il était à la tête du « Comité central révolutionnaire et socialiste des clubs et comités électoraux des vingt arrondissements de Paris », à dominante blanquiste.
Au 18 mars 1871, il marcha sur la Préfecture de police et, le 20, y fut délégué par le Comité central. Le 26 mars, sa popularité le faisait élire à la Commune par 2 173 voix du VIIIe arr. sur 4 396 votants et 17 825 inscrits. Le 29, il siégeait à la commission de Sûreté générale tout en restant « délégué civil » à la Préfecture de Police. D’une activité débordante, ici et là, en particulier quand la mort de Duval, délégué militaire, l’eut fait seul maître, il organisa la chasse aux otages et aux suspects en se fondant sur sa connaissance de la police impériale. Le 4 avril, il fit arrêter l’archevêque Darboy, le 13 avril le conseiller Chaudey ; il avait procédé également à l’arrestation de Lullier, Bergeret, Cluseret, Brunel, Assi, Clément Émile, Blanchet-Pourille, Allix, etc..., mais fit libérer Schoelcher. Son action alla toujours dans le sens de l’énergie et de la violence ; il regretta les insuffisances de l’administration collégiale et, le 24 avril, déclara ne pouvoir conduire d’instruction si le secret n’était pas observé ; il repoussait jusqu’aux visites des membres de la Commune ; il préférait démissionner, mais le sens de sa démission n’apparut que lorsqu’il fut remplacé par son ami Ferré et que lui-même, le 26 avril, sur proposition de Gambon, fut nommé procureur de la Commune, avec pour premier rôle d’enquêter sur le cas des gardes nationaux que les troupes de Versailles auraient fusillés après leur reddition, et sur les conséquences possibles de cet acte pour les otages. Le 1er mai, Rigault fit régulièrement admettre la nomination de quatre substituts : Ferré (remplacé le 14 mai par Breuillé), Martainville (considéré comme démissionnaire et remplacé par Benjamin Sachs), G. Da Costa et Huguenot. Conséquent avec son amour de 93, il vota, le 2 mai, pour le Comité de Salut public et adopta souvent l’attitude droite jusqu’à en être rigide d’un Saint-Just ; il dit toutefois à la séance de la Commune du 17 mai : « J’aimerais mieux laisser échapper dix coupables que de frapper un seul innocent » (phrase ajoutée aux procès-verbaux). Le même jour il proposa cependant la formation d’un jury d’accusation chargé d’examiner le cas des otages ; le 22 mai, il ordonna et présida le transfert de ceux-ci à la Roquette ; le 23, il fit fusiller Chaudey et trois gendarmes ; le lendemain, il chargea Genton d’exécuter l’archevêque et quatre otages. On l’accusa d’avoir déclenché des incendies au Palais de Justice, à la Préfecture de police, rue du Bac, au carrefour de la Croix-Rouge. Le 24 mai, il fut arrêté dans une maison de la rue Gay-Lussac (Ve arr.), près du Luxembourg, dont le propriétaire avait été menacé par les soldats. Il portait alors l’uniforme de commandant, tunique à col et revers rouges, galons d’argent, sabre à garde d’acier, revolver au côté, képi d’état-major sans numéro avec grenade brodée. Parce qu’il avait " fait l’insolent ", un sergent l’adossa à la barricade de la rue Royer-Collard (Ve arr.) et l’exécuta d’un coup de revolver en infraction aux ordres reçus de son officier. Le corps de Rigault resta plusieurs heures abandonné, puis fut enterré provisoirement au Luxembourg, et finalement rendu à son père et inhumé au cimetière Montmartre le 6 juin. Encore, le 6e conseil de guerre jugea-t-il préférable de le condamner par contumace, le 29 juin 1872, à la peine de mort pour assassinat, son exécution pouvant être imaginaire...

G. Da Costa le jugea plutôt sévèrement : « Intelligence habilement assimilatrice, extraordinaire vivacité d’esprit, ne laissant guère à la réflexion le temps de l’analyse productrice ; volonté indomptable rendue fréquemment funeste par une légèreté malheureuse... Chez lui, l’intelligence asservie à ces deux impulsions contraires, scepticisme libertaire et fanatisme sectaire, devait fatalement s’égarer, se perdre dans les contradictions de l’action (p. 124). » L’opinion nuancée de Cattelain rejoint celle-ci.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article69749, notice RIGAULT Raoul, Georges, Adolphe , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 28 mai 2019.
Publication de 1898
Publication de 1898

ŒUVRE : Journaux et brochures : Le Critique et le Candide (1865). — Le Démocrite, 3 au 17 décembre 1868, journal athée où Rigault se définit assez bien : « Un athée digne de ce nom a une foi qui en vaut bien une autre, la foi en l’humanité [...] Un athée véritable ne peut pas imposer la modération » (3 décembre 1868). — Articles à la Marseillaise, 1869. — La Libre Pensée, 1870. — Le Grand Complot, (Bibl. Nat., Lb 56/2952). — M. Zangiacomi (président de la Haute Cour de Blois ; fils d’un député de 1792 qui avait servi les gouvernements successifs). — Durant le Siège, il collabora à la Patrie en danger (7 septembre-8 décembre 1870) puis, sous la Commune, à la Nouvelle République (19 mars-1er avril) et à l’Affranchi (2-25 avril), tous les deux dirigés par P. Grousset.

SOURCES : Arch. PPo., B a/892 et E a/103-25. — Procès-Verbaux de la Commune, op. cit. — J.O. Commune, 31 mars. — Clère, Les Hommes de la Commune, op. cit. — Prolès, Raoul Rigault. — P. Cattelain, Mémoires inédits du chef de la Sûreté sous la Commune, Paris, s.d. [1910]. — La Comune di Parigi (G. Del Bo) op. cit. — Maxime Vuillaume, " Les massacres de la Semaine sanglante ", Floréal, n° 22, 28 mai 1921, p. 507. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire..., Blanqui et la Commune, op. cit.. — Luc Willette, Raoul Rigault, 25 ans, communard, chef de la police, Paris, 1990. — Journal des débats, 14 juin 1869, p. 3. — Note de J.-P. Bonnet.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 226. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 135. — Arch. PPo., album 286/43.

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