REGNARD Albert [REGNARD Adrien, Albert]

Né le 20 mars 1836 à la Charité-sur-Loire (Nièvre) ; veuf, père d’une fille ; interne des hopitaux ; franc-maçon. Voir Thirifocq E., secrétaire général, sous la Commune, à la préfecture de police.

En 1864, Regnard, interne à l’hôpital de la Charité à Paris, appartenait au noyau blanquiste, « embryon du Parti » — Voir Casse G.. Il prit part au congrès international des étudiants qui se tint à Liège du 29 octobre au 1er novembre 1865, et il fut exclu à vie de l’Université de Paris et pour une année des autres universités de France. Franc-maçon, Regnard appartenait, en décembre 1866, à la loge « La Renaissance par les émules d’Hiram ». En février 1867, il se maria civilement et la cérémonie donna lieu à une manifestation de plus de deux cents personnes. Le 8 mars, il était condamné à quatre mois de prison et 300 F d’amende pour « outrages à la religion catholique et à la morale publique » et fut interné à Sainte-Pélagie. Il se présentait alors « comme un grand gaillard de trente-deux ans bâti en hercule, avec une opulente chevelure, une fine moustache à la d’Artagnan, l’œil vif, une belle prestance. Sa vaste culture en faisait une des personnalités les plus attachantes et l’une des parures intellectuelles du blanquisme » (cf. M. Dommanget, op. cit.).
En 1870, il signa le texte Le Plébiscite et la Libre Pensée.(Voir Place Louis, Joseph, Henri).
Durant le 1er Siège, Regnard était chirurgien à la Garde nationale. Il signa, le 6 septembre 1870, la déclaration tirée en affiche La Patrie en danger, qui commençait par la phrase : « En présence de l’ennemi, plus de partis ni de nuances... » (Voir Eudes). Le 22, il présida une réunion du Comité central républicain des vingt arrondissements où l’on décida que les candidats à la Commune pouvaient être les officiers élus de la Garde nationale, mais non les maires nommés par l’Empire. Candidat malheureux, il ne passa ni aux élections municipales de novembre 1870 où il figurait pour le Ve arr. aux côtés de Flourens, Goupil, Humbert, Millière, Treilhard, Tridon et Vallès, ni aux élections de février 1871 à l’Assemblée de Bordeaux ; il essuya d’ailleurs semblable échec lors des élections complémentaires à la Commune. Mais son activité était autre, journalistique et administrative. Dans la Patrie en danger, à l’automne 1870, il faisait figure d’anticlérical farouche (7 et 13 septembre par exemple). Il expliqua s’être rattaché au blanquisme considéré non comme une faction, mais comme le mouvement à la fois socialiste et scientifique « qui seul avait repris la tradition [...] celle de la Commune de Paris, de la Commune de Cloots et de Chaumette, fille directe de l’Encyclopédie... La révolution sociale basée sur la science » (25 octobre) ; il précisa, le 21 novembre, citant Littré : Il faut un pouvoir central, à l’origine neuve, qui gouverne pour tous : « Paris, assisté dans cette grande fonction publique par les villes principales de la France ». Durant la Commune, ce fut à l’Affranchi qu’il donna des articles presque quotidiens, remplaçant après le 15 avril Paschal Grousset, absorbé par ses fonctions, jusqu’à rédiger les éditoriaux sous bonnet phrygien de ce Journal des Hommes libres. Il était en même temps médecin légiste et secrétaire général de la préfecture de Police. Collaborateur du Journal officiel de la Commune de Paris (Voir 7 avril), il fit également partie d’une commission médicale comprenant avec lui les docteurs Gadaud et L. Levraud adjointe à Treillard, directeur de l’Assistance publique (J.O. Commune, 10 mai) ; éclectique, il était membre de la Commission « instituée pour veiller aux intérêts de l’art musical et des artistes » — Voir Garnier E. — et s’occupait aussi des activités de l’Opéra.
En mai 1871, il put se réfugier à Londres et s’y constituer une clientèle mi-anglaise, mi-française, sans renoncer à ses autres activités : il y fit l’apologie de son chef Rigault et prononça en 1877 une conférence sur « un poète révolutionnaire et socialiste, Shelley ». Le 6e conseil de guerre l’avait condamné par contumace, le 12 octobre 1872, à la peine de mort ; il fut amnistié le 5 juin 1879.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article69443, notice REGNARD Albert [REGNARD Adrien, Albert] , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 26 mars 2018.

ŒUVRES : Collaboration aux journaux La Libre Pensée et l’Ex-communié de Lyon (1870), La Patrie en Danger, 7 septembre-8 décembre 1870, La Nouvelle République, 19 mars-1er avril 1871, L’Affranchi, Journal des Hommes libres, 2-25 avril 1871.
Albert Regnard a, par ailleurs, beaucoup écrit et publié : Histoire d’Angleterre, études de politique scientifique, calendrier de l’ère révolutionnaire et sociale, Aryens et Sémites, travaux sur le génie et la folie, projets sur l’Assistance publique, recherches sur l’histoire de la Révolution française, occupent plusieurs colonnes du catalogue de la Bibliothèque Nationale.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/865 et BB 27. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., B a/429. — Journaux cités et J.O. Commune, 10 mai 1871. — Murailles... 1871, op. cit., p. 435. — L’Actualité de l’Histoire, n° 6, janvier 1954. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire..., op. cit., Blanqui et la Commune, op. cit.

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