PIÉTON Eugène

Né au Neubourg (Eure), le 31 décembre 1837, mort le 20 novembre 1904 à Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; Ouvrier tisserand ; Conseiller prud’homme ; président de l’association des tisseurs d’Elbeuf, en 1869 ; membre de l’AIT.

Né le 31 décembre 1837 à au Neubourg (Eure), il ne fut pas reconnu par sa mère, Marie Rose Piéton, domestique, célibataire, qui mourut le 23 janvier 1852 à Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritim. Le 24 juillet 1858, il se maria une première fois, avec Marienne Nouvelle, rentrayeuse, qui mourut en 1872, avec qui il eu une fille, Rose, en 1859. Le 2 juin 1874, il se remaria à Céleste Honorine Lehuen (née en 1855).

En 1871 il habitait, 32 rue du Neubourg à Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), et, en 1904, rue de la Barrière à Elbeuf. En 1858, il était monteur de chardons, que l’on utilisait sur les machines à carder. En 1871 il était tisseur. En 1874 et pendant quelques années, il fut représentant de commerce. En 1888, il était marchand de chaussures, et le fut jusqu’à sa mort en 1904.

Conseiller prud’homme d’Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) et membre du groupe ouvrier elbeuvien avec Deparnay, Fossard, Diot, Mangeot, Harang, et Régnier, il signa en 1868 la protestation contre la chambre de commerce de la ville. D’après la police, « ces ouvriers avaient depuis longtemps des penchants socialistes, qui se seraient développés par les publications que leur envoyaient l’École socialiste, et aussi par la propagande que faisaient auprès d’eux le sieur Verdure, membre de la commune, dans ses voyages à Elbeuf, à l’occasion des sociétés corporatives. »

Président de l’association des tisseurs d’Elbeuf, il anima la grève des ouvriers fileurs d’Elbeuf à l’automne 1869, qui bénéficia d’un soutien financier important de la part des différents groupes de l’Internationale, par l’intermédiaire d’Émile Aubry. La police estima ce soutien de l’ordre de vingt-mille francs. Ce soutien politique et financier contribua fortement au renforcement de l’AIT dans le secteur d’Elbeuf à la veille de la guerre de 1870.

Le commissaire central d’Elbeuf le décrit comme un « homme de conviction, fanatique même, et, malgré cela, doué d’une grande prudence ». D’après lui, « Piéton se fit l’apôtre d’un prosélytisme intime », car il était d’une « extrême timidité ».

Il fut délégué par la section de l’Internationale de cette ville au 4e congrès de l’Association Internationale des Travailleurs tenu à Bâle en septembre 1869 (la section d’Elbeuf avait été fondée cette même année par la Fédération rouennaise). Avec Langlois*, Murat, Varlin de Paris et Creuzot de Rouen, il fit partie des membres français de la commission chargée d’étudier la question de la propriété collective. Alors que Varlin se prononçait pour la culture et l’exploitation du sol « par les communes solidarisées », les quatre autres minoritaires estimaient que « la société devra accorder l’occupation de la terre soit aux agriculteurs individuels, soit, de préférence, à des associations agricoles qui paieraient la rente à la collectivité ». Ils s’abstinrent lors du vote en séance plénière.

Membre du Comité fédéral rouennais de l’Internationale, il protesta contre l’arrestation d’Émile Aubry, secrétaire-correspondant de la Fédération (L’Internationale, 15 mai 1870). Voir Vaughan Ernest

Le 21 juillet, il fut condamné à quinze jours de prison et 50 F d’amende pour un article publié dans la Réforme sociale du 1er mai 1870, dans lequel il protestait contre les retenues abusives sur les salaires d’ouvriers (dont un certain Lecuyer) qu’aurait opérés un filateur de Caudebec-lès-Elbeuf. Voir Émile Aubry, condamné en même temps que lui.

Le 30 août, il fut à nouveau condamné, cette fois pour affiliation à l’Internationale, en même temps que Creuzot, Pierre Julien et Régnier : trois mois de prison et 100 F d’amende ; Aubry : six mois de prison et 500 F d’amende. Tous furent amnistiés le 4 septembre.

Durant la guerre franco-prusienne et la Commune il demeura assez discret, mais
candidat aux élections municipales d’Elbeuf en août 1870. Le 10 août, lors du 1er tour, il obtint 553 voix sur 2325 votants (6340 inscrits.). le 17 août, lors du second tour, il obtint 447 voix sur 1870 votants.

En 1872, il publia une Étude sur la corporation ouvrière, dans laquelle il reprenait les principales idées d’Émile Aubry. Il s’efforçait à la même époque d’organiser la corporation des tisserands de laine d’Elbeuf et de la région. D’août à décembre 1872, L’Industriel Elbeuvien, journal d’opposition républicaine, ouvre ses colonnes à Eugène PIETON afin qu’il réponde à l’Enquête
parlementaire sur les conditions de travail en France en 1872. Seuls les préfets et présidents de chambre de commerce, comices agricoles étaient officiellement
interrogés.

En janvier 1873, il fut inculpé avec Diot*, pour affiliation à l’Association Internationale des Travailleurs. Le 31 janvier, une perquisition eut lieu chez les deux prévenus.

Après 1872, Piéton rejoint le radicalisme, prolongement de la démocratie sociale à cette époque. Signe de son évolution politique, il n’apparaîtra pas en 1881, sur la liste du Cercle des travailleurs socialistes d’Elbeuf menée par Achille de Secondigné*, aux élections législatives sur un programme collectiviste et révolutionnaire. Secondigné, journaliste, communard, avait été emprisonné en 1871, amnistié en 1879. Il obtint un peu plus de mille voix dans la circonscription d’Elbeuf-Grand-Couronne-Boos contre Lucien Dautresme (radical), près de 13.000 voix, élu.


Son décès fut déclaré par Victor Mangeot son ami.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article68379, notice PIÉTON Eugène, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 19 juin 2015.

ŒUVRES : Étude sur la corporation ouvrière, sl, 1872 (un exemplaire de la 2e éd. se trouve aux Arch. Dép. de la Seine-Maritime, dans la liasse relative aux grèves de 1872).

SOURCES : Arch. PPo., B a/439, manuscrit Testut. — Association Internationale des Travailleurs. Compte-rendu du IVe congrès International tenu à Bâle en septembre 1869, Bruxelles, imprimerie D. Brismée, 1869, XVI-176 p. — Marcel Boivin, Le Mouvement ouvrier dans la région de Rouen, 1851-1876, Rouen, 1989. — Notes de Michel Cordillot et de Gilles Pichavant. — Arch. Dép. de Seine-Maritime, cote 2U2704, dossier "Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871" ; lettre du commissaire central d’Elbeuf au préfet de Seine-Inférieure. — Pierre Largesse, “Enquête sur les conditions de travail en France en 1872”, Bull. de la Société de l’Histoire d’Elbeuf, n° 7, déc. 1986, p. 16 à 47 et n° 8 mars 1987, p. 32 à 54.

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