PAIN Olivier, Alphonse

Par Jean Maitron

Né le 16 avril 1845 à Troyes (Aube), mort au Soudan le 18 avril 1885 ; marié ; père de trois enfants ; journaliste ; chef de cabinet aux Relations extérieures sous la Commune.

Dessin dans L’Illustration du 14 février 1885.

Da Costa le dit son camarade de collège — à Sainte-Barbe (Voir Da Costa). Il fut reçu bachelier ès sciences en 1864 (académie de Caen), puis fit des études de droit (il était étudiant de 3e année à la Faculté de droit de Paris en 1869-1870). C’est à cette époque qu’il encourut deux condamnations de presse, pour publication sans cautionnement : trois mois de prison et 500 f d’amende, deux mois de prison et 200 f d’amende. Amis et ennemis le reconnaissaient « intelligent, instruit, bien élevé, de manières distinguées ». Il avait été remarqué par Paschal Grousset et Rochefort, et, après le 18 mars 1871, il devint chef de cabinet de Grousset aux Relations extérieures ; il collabora à ses journaux : la Nouvelle République (19 mars-1er avril), l’Affranchi (2-25 avril) et dans ce dernier journal écrivit le 6 avril un article intitulé « le Talion » où il disait : « œil pour œil, dent pour dent [...] Allons ! soit ! Versailles le veut. La Terreur ! »
En mai 1871, il fut incorporé à la 4e compagnie du 79e bataillon. Sur une lettre qu’il ne put faire disparaître lors de son arrestation, il disait avoir combattu près de son ami Vermorel à la barricade du Château-d’Eau et avoir reçu sept blessures. Il chercha en vain à obtenir un passeport auprès d’Arthur de Fonvielle et fut pourvu d’une feuille de route — fausse — par le lieutenant Guérault, condamné pour cela à vingt ans de travaux forcés.
Arrêté le 27 juillet 1871 à Rouen (Seine-Inférieure), alors qu’il s’apprêtait à gagner Londres, emprisonné à Satory et déféré au 3e conseil de guerre, Olivier Pain se vit présenter par le rapporteur comme « une des nombreuses victimes et un des pionniers d’une cause dont son esprit ardent et disposé à croire le bien ne lui avait laissé voir que le bon côté ». Questionné, il déclara : « Je vis de mes écrits comme journaliste », et déplora de n’être pas mort comme Vermorel. Le 3e conseil de guerre le condamna, le 26 janvier 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée, et son pourvoi en grâce fut rejeté le 25 avril. De l’île d’Oléron, il fut embarqué sur la Guerrière le 10 juin 1872. Il n’attendit pas toutefois l’amnistie du 5 juin 1879 et, après un premier échec, s’évada de façon spectaculaire avec Jourde et Rochefort. Après avoir travaillé quelque temps avec Langevin à Schiltigheim, il trouva asile à Genève où il obtint un permis de séjour régulier (il y resta de juin 1874 à juillet 1876). Il se rendit ensuite à Londres puis à Bruxelles où il arriva le 20 novembre 1876. Il demanda pour les siens et pour lui-même une autorisation de résidence ; elle fut refusée et Pain quitta rapidement le territoire belge. En 1877, il suivit comme reporter la campagne russo-turque et fit trois mois de prison après Plevna. Rentré en France, il collabora au Mot d’ordre, à la Marseillaise, à l’Intransigeant ; monté sur les épaules de Protot, il manifesta contre l’inauguration d’un monument érigé à Thiers, le 19 septembre 1880, à Saint-Germain. En 1884, il représentait le Temps et le Figaro, dans la campagne anglaise du Soudan et mourut dans des conditions mal connues : victime de la fièvre ? fusillé le 18 avril 1885 par les Anglais qui auraient mis sa tête à prix ?

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article67431, notice PAIN Olivier, Alphonse par Jean Maitron, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 17 août 2019.

Par Jean Maitron

Dessin dans L’Illustration du 14 février 1885.

ŒUVRE : Alphonse Humbert, l’élu de Javel (Paris, Périnet 1879). — L’Amnistie pour les insurgés arabes, conférence salle Ragache (Paris, F. Debourg 1880). — Henri Rochefort. Paris, Nouméa, Genève, Paris [1879], in-16, II-678 pp.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/738, n° 1293. — Arch. Min. Guerre, 3° conseil. — Arch. PPo., listes d’exilés. — Arch. Gén. Roy. Belgique, 4e section, police des étrangers, n° 281299. — Le Figaro, 17 août 1885 (art. de Sélikovitsch). — Note de Michèle Audin.

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