OSTYN (de son vrai nom HOSTEINS François, dit Charles)

Né à Paris le 20 octobre 1823 de parents belges ; mort à son domicile, 110, rue de Sartrouville à Argenteuil (Seine-et-Oise) le 22 juillet 1912 ; marié, père de quatorze enfants dont six vivants en 1871 ; ouvrier tourneur, puis courtier en lingerie ; membre de l’Internationale et de la Commune.

Ostyn habitait, 35, rue de Rébeval, XIXe arr. Simple garde pendant le Siège, il appartint à la commission provisoire de la Garde nationale élue le 3 mars 1871, mais ne fit pas partie du Comité central élu à la mi-mars. Ostyn fut élu membre de la Commune le 26 mars par 5 065 électeurs sur 11 282 votants du XIXe arr. Il fit partie de la commission des Subsistances, 29 mars, et de celle des Services publics, 21 avril. Le 14 avril, avec Jules Martelet, il représenta la Commune aux obsèques de Pierre Leroux. Il vota contre le Comité de Salut public et, le 15 mai, signa le manifeste de la minorité : « La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public » — Voir Jourde F. Le 20 mai, il assista à la séance extraordinaire des sections parisiennes de l’Internationale à laquelle il appartenait déjà vraisemblablement.
Par contumace, le 3e conseil de guerre le condamna, le 27 janvier 1873, à la peine de mort. Il n’avait subi auparavant aucune condamnation. Vers le 22 juillet, Ostyn rejoignait fortuitement à Bâle, Malon et Mme Champseix, et, le 25, partait avec eux pour Neuchâtel. Il adhéra tout d’abord à la section centrale de Genève — voir Dict., t. IV, p. 80 — avec Lefrançais, Malon et autres. Mais, dès le 2 décembre, avec Lefrançais, Malon, Perrare, il optait pour la Fédération jurassienne constituée le 12 novembre et il donna son adhésion à la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève, constituée le 8 septembre 1871 sur l’initiative de proscrits français. Il appartint également aux sociétés « L’Égalité » et « La Solidarité ». En 1873, du 1er au 6 septembre, avec Andignoux, Dumartheray, Perrare, il représenta la section genevoise « L’Avenir » au 6e congrès de l’Internationale « antiautoritaire ». Il déclara à ce congrès : L’anarchie (discipline volontaire) est « un moyen puissant pour arriver au but que nous désirons atteindre » : la fraternité humaine (cf. J. Guillaume, L’Internationale, op. cit., t. III, p. 114).
Un rédacteur de Paris-Journal du 4 septembre l’a présenté ainsi à cette époque : « Ostyn, grande barbe noire grisonnante, cheveux ras, silencieux dans son coin, assiste, sans y prendre part, aux débats qui s’ouvrent. L’ex-Communard fashioniste considère d’un œil de dédaigneuse pitié les pygmées qui s’agitent autour de lui. » Ostyn ne passait pas pour jouir de la plénitude de ses facultés et G. Da Costa, dans La Commune vécue (op. cit., t. III, p. 42), a écrit à son sujet : « Ils étaient là deux, Babick et Ostyn, disciples fervents d’Allan Kardec, apôtres de la transmigration des âmes, du fluide sympathique, du baquet mesmérien, de l’élixir de Cagliostro et de la seconde vue du comte de Saint-Germain. »
Le 27 janvier 1875, Ostyn figura parmi les 54 signataires d’une adresse des « proscrits de la Commune » Au Citoyen Garibaldi (Genève, quatre pages imprimées, archives Claris, IFHS). À Genève, Ostyn travailla dans la fabrique de caractères en bois des frères V. et Lucien Charles Bonnet — Voir ces noms.
Au cours des années 1878 et 1879, il prit la parole dans de nombreuses réunions politiques. Le 15 janvier 1880, il rédigea et fit signer par les proscrits installés en Suisse un message de bienvenue aux déportés attendus en rade de Brest. Le policier Ludovic écrivait dans son rapport du 22 juin 1880 : « les réfugiés qui sont sur le point de revenir en France ne rentrent pas avec des idées d’apaisement bien au contraire, ils veulent continuer la lutte. Ostyn posera sa candidature aux élections générales ».
Amnistié en juillet 1880, il quitta Genève le 4 août pour rejoindre sa femme (née Geneviève Augustine Camphin) et ses six enfants qui étaient domiciliés à Paris, 5, rue Chappe (XIIe arr.).
Il fut élu le 28 septembre 1883 président au 3e Congrès universel de la Libre Pensée tenu à la salle Molière, 159 rue Saint-Martin, à Paris (IVe arr.). Au banquet anniversaire du 24 février 1848, tenu le 24 février 1884 à la salle du Lac Saint-Fargeau, 296 rue de Belleville, il parla de la vaillance des hommes de la Commune de Paris.
C’est en 1884 qu’il décida de s’installer à Colombes (Seine), 21, route de Gennevilliers (devenue avenue de l’Agent Sarre). Il devint l’un des responsables de la Caisse des écoles et c’est en raison de son insistance que les premières cantines furent instituées dans les écoles maternelles. Il édita le journal L’Union Socialiste, présida des réunions publiques, et lors des élections il fut assesseur ou scrutateur. À cette époque, il était journaliste puis directeur de La Gazette des assurés, installée 27, rue Joubert, Paris, IXe.
Il restait politiquement actif. À l’occasion de la manifestation du Père-Lachaise le 25 mai 1884, il fit un discours. Il présida encore, le 1er juillet 1884, la conférence contradictoire du Groupe socialiste de la Libre Pensée à la salle Perot, 5 rue de la Chapelle, Paris, XVIIIe. Lors des obsèques d’Émile Eudes, le 9 août 1888, il tenait l’un des cordons du poêle.
Son épouse décéda en juillet 1890 et fut inhumée le 27 juillet à Colombes. Un hommage lui fut rendu au cimetière pour son courage et sa vaillance par Henry Champy et Eusèbe, tous deux anciens combattants de la Commune. Peu après, Ostyn quitta Colombes pour Argenteuil (Seine-et-Oise) où il s’installa 110, rue de Sartrouville (devenue rue Jean-Jaurès).
Il était présent aux obsèques civiles de l’ancien communard Henri Mortier en février 1894 à Levallois-Perret (Seine), et il déclara « bien qu’il soit défendu de déployer l’oriflamme sacrée de la Révolution sociale sous les plis de laquelle a combattu Mortier, je veux crier Vive la Commune ». Ce cri fut répété par les 50 assistants.
Fidèle dans ses amitiés, il continua depuis son retour en France à recevoir la visite de ses compagnons de combat dont celle de Louise Michel, Lucien Descaves. Membre pendant vingt ans du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, il rallia immédiatement le Parti socialiste (SFIO) fondé le 25 avril 1905 par la fusion des diverses formations socialistes.
Après une longue vie de combat, il mourut à son domicile le 22 juillet 1912 dans sa 89e année et fut inhumé avec sa femme au cimetière de Colombes. Dans l’Humanité du surlendemain, Jean Longuet écrivait : « Avec François Ostyn, c’est encore un peu du passé glorieux du prolétariat qui s’en va. »
En mars 1971, à l’occasion du centenaire de la Commune, le conseil municipal de Colombes donna le nom d’Ostyn à l’ancienne rue Thiers.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article67342, notice OSTYN (de son vrai nom HOSTEINS François, dit Charles) , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 2 décembre 2018.

SOURCES :Arch. Nat., BB 24/858, n° 3174. — Arch. PPo., B a/433, listes de contumaces et listes d’exilés. — Les Séances officielles..., op. cit. — J.O. Commune, 31 mars. — J. Guillaume, L’Internationale..., op. cit., notamment t. II, p. 170, et t. III, p. 114. — P.V. Commune, op. cit. — L. Descaves, Philémon..., op. cit., p. 302. — La Voix populaire, hebdomadaire du PCF de Colombes et Bois-Colombes du 7 juillet 1983. — Mattéo Poletti, Colombes historique, 1984. — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Belges ralliés à la Commune de Paris, Bruxelles, Ferraton, 1985. — Notes de Louis Bonnel.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 238. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 140.

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