MICHAUT Victor, Joseph

Par Jean Maitron

Né le 28 octobre 1909 à Paris (Ve arr.), mort le 16 avril 1974 à Clamart (Hauts-de-Seine) ; cheminot et divers ; militant communiste de la région parisienne puis de Seine-Inférieure [Seine-Maritime], membre du comité central du Parti communiste (mars 1932-1964) et du bureau politique (juin 1947-1954), député (1945-1951).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

Frère de Roger Michaut, Victor Michaut était le fils d’un parisien d’origine, élevé par l’Assistance publique dans la Côte-d’Or qui fut successivement garçon de ferme, ouvrier agricole, il vint à Paris où il fut charbonnier, cheminot puis tailleur de pierre. Sa mère, couturière de profession, travailla dans le bâtiment pendant la guerre avant d’être couturière à domicile dans le logement familial de deux pièces sans eau, ni gaz, ni électricité du XIIIe arrondissement. Les parents de Victor Michaut eurent une activité militante : le père, lecteur de l’Humanité adhéra au PS en 1919 puis au PC : membre du 4e rayon de la Région parisienne, il fut délégué au congrès ouvrier des 4-5 juillet 1925 à la Grange-aux-Belles mais se serait éloigné du parti lors de la période de bolchevisation craignant de perdre son emploi. Sa mère adhéra aussi au PC après la journée de lutte contre la guerre du 1er août 1929 au cours de laquelle elle fut arrêtée pour entrave à la liberté du travail et injures à agent ce qui lui valut quatre mois de prison réduits à deux qu’elle accomplit à Saint-Lazare. Elle mourut en mars 1931.

Victor Michaut commença à travailler à quatorze ans et demi après avoir trois années de cours complémentaire après son certificat d’études primaires. Embauché chez un ciseleur en bronze comme apprenti, il abandonna ce travail au bout de huit jours pour raisons de santé et devint alors apprenti graveur-guillocheur. Il fut ensuite employé dans un bureau de la Halle aux Vins puis, après un passage chez Gnôme-et-Rhône où il se syndiqua à la CGTU, il travailla dans le bâtiment au polissage et sciage des pierres jusque mars 1929, date à laquelle il devint fonctionnaire appointé à la direction de la Jeunesse communiste.

Victor Michaut avait fit partie dès 1919 des Pupilles de l’Union des coopérateurs qui devinrent les Pupilles socialistes puis, en 1921, les Pupilles communistes. Il adhéra aux Jeunesses communistes en juillet 1925 (après avoir été arrêté le 14 juin pour avoir collé des papillons antimilitaristes contre la guerre du Maroc) et représenta l’atelier Delahaye au congrès contre la guerre de juillet 1925. Il fut encore arrêté le 4 août 1926 devant la Chambre des députés lors d’une manifestation de fonctionnaires et le 1er mai 1927 à Malakoff où il devait intervenir dans une réunion. Secrétaire de cellule puis de sous-rayon, il devint en 1927 secrétaire de la 4e Entente des JC qui couvrait les Ve et XIIIe arr. et les villes de Vitry, Ivry, Villejuif, Villeneuve-Saint-Georges, Athis-Mons.

Remarqué par les dirigeants responsables des Jeunesses, Victor Michaut fut convoqué par François Billoux et Raymond Guyot et envoyé aux fêtes de l’anniversaire de la Révolution russe en même temps qu’il était délégué au Ve congrès de l’Internationale communiste des jeunes à Moscou. Il visita l’Oural.

Victor Michaut participa peu de temps en 1928 à un courant d’opposition dans le parti avec « la gauche » de la Région parisienne sur la question du rôle dirigeant du parti dans les syndicats et de la tactique du Front unique. Comme secrétaire des JC il assista aux réunions du Comité central du Parti communiste après le congrès de Saint-Denis (avril 1929) auquel il fut délégué. Arrêté le 24 juillet 1929 à Villeneuve-Saint-Georges lors d’une réunion préparatoire de la journée du 1er août, Victor Michaut fut inculpé de participation à un complot contre la sûreté de l’État et emprisonné à la Roquette. Il fut libéré le 3 août. Il fut également poursuivi, en tant qu’auteur présumé de la brochure Jeune prolétaire où est ton avenir ? pour provocation de militaires à la désobéissance. En octobre lors du congrès national des JC il fut réélu secrétaire de la 4e Entente et membre du CC de l’organisation. En cette année 1929 où le Comité central du PC était illégal, il fit un séjour de huit jours en Allemagne pour une conférence d’agit-prop. et deux voyages en Belgique, un pour le CC du parti et un autre pour une réunion du secrétariat de la JC.

Au cours de l’été 1930, il fut appelé à participer à l’école de l’ICJ ; pendant six mois, il suivit les cours donnés à Pouchkine, à 40 km de Moscou, et rentra en France début 1931. Il fut alors affecté comme instructeur des JC dans le Nord et Pas-de-Calais ; il milita avec Jules Decaux, secrétaire fédéral, et participa aux grèves du Textile dans la région de Roubaix puis à celle des mineurs en mars 1931. Il revint ensuite à la commission de propagande de la Fédération des JC à Paris et fut secrétaire de la région parisienne.

En mars 1932, à l’issue du VIIe congrès du PC, Victor Michaut fut élu membre du Comité central puis, du 11 au 16 juin, à Montigny-en-Gohelle, il participa au congrès des JC dont il fut confirmé le 31 octobre comme un des secrétaires (voir Georges Charrière). Ses responsabilités furent particulièrement importantes pendant l’emprisonnement de Raymond Guyot. Il se rendit bientôt en URSS pour y être soigné. Réformé temporaire en 1931, réincorporé en avril 1932, Victor Michaut le fut définitivement en juin pour tuberculose pulmonaire.

À partir de fin 1933, il fut tour à tour rédacteur en chef et directeur de L’Avant-Garde qu’il quitta ainsi que les Jeunesses en avril 1939. Il fut alors chargé, avec Lucien Midol et Henri Gourdeaux de mener une enquête sur Eugène Anstett, membre du CC « soupçonné de s’être vendu aux de Wendel ». Ils réunirent un « faisceau de preuves » et Anstett fut exclu. De fin mai à juillet 1939, Michaut travailla comme rédacteur politique à l’Humanité. Il ne désavoua pas la signature du Pacte germano-soviétique.

Victor Michaut joua un rôle actif dans la direction clandestine du parti et fut particulièrement chargé de l’Humanité clandestine. Remplacé un mois plus tard par Paul Maertens, il fut chargé avec Danielle Casanova* de la propagande politique dans l’armée et, jusqu’en mai 1940, ils firent paraître Le Trait d’union qu’ils diffusèrent avant tout par contacts personnels. Sur ordre du parti, Victor Michaut quitta Paris le 13 juin 1940 avec le matériel de confection du journal et arriva à Toulouse. Il réorganisa alors avec Danielle Casanova, Georgette Cadras et Jean Chaintron l’équipe dite de Trait d’union. En juillet, dans la banlieue de Limoges, elle se réunit autour de Benoît Frachon, Arthur Dallidet*, Félix Cadras*, Mounette Dutilleul* et Victor Michaut. À l’issue de cette réunion, il fut désigné comme responsable politique de la zone sud. Bientôt sept à huit régions furent constituées. Mais le 28 juin 1941, il fut arrêté et, le 23 septembre, condamné aux travaux forcés à perpétuité par la section spéciale du tribunal militaire de Périgueux. Il fut emprisonné à Limoges, Périgueux, Pau, Tarbes puis, en octobre 1943, à Eysses où il fit partie avec Pierre Doize et Henri Turrel* du triangle communiste dirigeant. L’insurrection qui éclata parmi les 1 200 détenus le 19 février 1944 se solda par un échec. Cinquante otages furent désignés dont douze furent fusillés le 23 février. Victor Michaut, qui remplissait les fonctions de commissaire politique fut déporté à Dachau le 2 juillet suivant. Transféré à Blaibach, il réussit à s’évader et organisa un détachement armé de déportés français. Il fut rapatrié le 12 mai 1945 par l’armée française.

Chargé par le parti d’accueillir les déportés rapatriés, il assista fin juin au Xe congrès du PCF et fut réélu au comité central. Après avoir participé à la conférence fédérale de la Gironde, il fut chargé, comme secrétaire, de la direction de la fédération de la Seine-Inférieure. Élu député de Rouen le 10 novembre 1946, il représenta la région de 1945 à 1951 aux Assemblées constituantes puis à l’Assemblée nationale. Il fut élu membre suppléant du bureau politique en juin 1947 et en fit partie jusqu’en 1954. Directeur des Cahiers du communisme, Michaut, dont la santé était de plus en plus précaire, demanda, en 1964, à être relevé de ses fonctions au comité central. Il était rédacteur en chef des Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez lorsqu’il mourut. Il fut un des auteurs du Manuel d’histoire du Parti communiste français (Éditions sociales, 1964).

Victor Michaut se maria le 20 février 1937 à Paris (XIIIe) avec Claudine Chomat. Père de trois fils et de deux filles, divorcé, il s’était remarié le 20 décembre 1947 à Petit-Quevilly (Seine Inférieure/Maritime) avec Paulette Lefebvre, institutrice, communiste (voir Paulette Michaut*). Il fut enterré au cimetière du Père Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article6707, notice MICHAUT Victor, Joseph par Jean Maitron, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 13 janvier 2017.

Par Jean Maitron

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

SOURCES : Arch. Nat., F7/13090, 13103, 13119, 13184, 13185. — Interview par Cl. Willard, Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 7, 2e trimestre 1974 et n° 11, 1er trimestre 1975. — Arch. Jean Maitron : fiche Batal. — L’Humanité, 17 avril 1974. J. Varin, Jeunes comme JC, op. cit. — RGASPI, Archives du Komintern, 495 270 6. — Note de Jacques Girault.

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