MAROTEAU Gustave, Louis.

Par Jean Maitron

Né à Chartres (Eure-et-Loir) le 28 juillet 1849 ; mort au bagne de la Nouvelle-Calédonie le 17 mars 1875 ; homme de lettres ; journaliste sous la Commune.

Portrait de Maroteau par Georges Pilotell
Portrait de Maroteau par Georges Pilotell
Revue blanche, t. XII, 1897.

Maroteau commença ses études au collège de Chartres, puis, à treize ans, gagna Paris, nanti d’une bourse au lycée Louis-le-Grand ; il en sortit à dix-sept ans, et vécut tant bien que mal de sa plume, aidé de maigres subsides familiaux. En 1867, il écrivait dans la Rue de Vallès qui le dépeignit « Figure maladive, avec des airs de fille, mais aussi avec l’ossature faciale d’un gars à idées et à poil. » En 1870, il fonda avec des camarades le Père Duchêne ; puis ce fut l’affaire Victor Noir, et Maroteau, épris de justice, protesta violemment dans une publication ayant pour titre le Faubourg ; mais elle fut suspendue au n° 3 et son auteur condamné par défaut le 11 mars, jugement confirmé le 7 avril, à huit mois de prison et 2 000 F d’amende pour offense à l’empereur et à l’impératrice. Maroteau, qui résidait, 47, rue Saint-André-des-Arts, VIe arr., s’enfuit en Belgique et arriva à Bruxelles le 1er mai. Il y vécut difficilement avec les quelques secours que lui fournissaient ses amis et ses parents. Il réussit cependant à faire paraître en juillet un pamphlet, Le Père Duchêne, qui fit grand bruit, et le conseil des ministres décida l’expulsion de Maroteau. On le dit passé aux Pays-Bas ; en réalité il demeurait à Bruxelles qu’il ne quitta pour Londres que le 25 juillet.
Le 4 septembre, Maroteau regagnait Paris et il s’engagea aussitôt dans la garde mobile, malgré une santé délicate. Il se battit aux avant-postes dans la plaine Saint-Denis et y gagna une fluxion de poitrine ; il vivait dans sa famille, au quartier des Ternes, et sa mère lui avait soigneusement caché la capitulation, qu’il apprit en voyant entrer un Prussien dans sa chambre... Il avait conservé son activité de journaliste : un article donné en novembre à la Patrie en Danger, la fondation du Drapeau rouge qui parut deux fois seulement après le 31 octobre. Il y prenait sur un ton vibrant la défense du peuple malheureux et donnait à la lutte un sens révolutionnaire : « Qui vive ? — Républicain. — Le mot de ralliement ? — La Sociale... Il est temps que l’armée funèbre des affamés se montre. Ces prolétaires que vous ne voulez pas laisser vivre vont vous faire voir comment on meurt... » (n° du 2 novembre 1870).
La Commune lui permit de reprendre son activité de journaliste. Un numéro du Faubourg — seul numéro paru — le 26 mars 1871, annonçait la parution de la Montagne. Elle dura pendant une vingtaine de jours (2-25 avril, vingt-deux numéros) et Maroteau y dit son élan, sa pitié pour les misérables. Thiers est « la statue fanée de la bourgeoisie d’argent » (13 avril) ; le peuple doit choisir en lui-même ses représentants : « Allez chercher au fond des ateliers, dans le coin des bureaux modestes, un ouvrier poudreux, un commis râpé... Mieux que les autres, avec leurs mains calleuses, ils manieront la pioche de la Révolution » (16 avril). Il croyait en la force des principes : « Qu’importe que les hommes soient petits, l’idée les enlève » (20 avril). Puis il assuma la direction politique du Salut public de tendance blanquiste (16-23 mai, sept numéros) et y prôna inlassablement un pouvoir énergique, d’origine populaire : « Il fallait prendre garde aux bourgeois, se défier des ambitieux ; il fallait que le peuple n’envoyât siéger à la Commune que des gars sortis de ses rangs ; il ne fallait pas croire aux promesses menteuses de l’Internationale » (18 mai). Il redoutait les tièdes — faisait par exemple le procès du Rappel (16 mai) ; il détestait les prêtres, et poussait à la violence : « Aux armes ! aux armes ! Pas de pitié. Fusillez ceux qui pourraient leur tendre la main ! » (23 mai).
Il trouva refuge, en mai, chez une ouvrière de Belleville qui le fit passer pour son fils, mais il fut dénoncé, arrêté le 9 juillet puis traduit devant le 3e conseil de guerre qui lui reprocha surtout ses articles de la Montagne et du Salut public. Reconnu coupable, il fut condamné, le 2 octobre 1871, à la peine de mort, et la cour de cassation confirma le jugement ; son avocat Bigot avait vainement essayé de montrer qu’il y avait là non pas délit de droit commun, mais acte politique pour lequel la peine de mort était abolie. Le 10 janvier 1872, la peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité ;l’intervention de Victor Hugo ne put lui éviter les "galères à perpétuité". La détention à l’Orangerie de Versailles aggrava la phtisie contractée durant la guerre, mais aussi la navigation de 145 jours sur un matelas trempé d’eau de mer. Gustave Maroteau mourut le 17 mars 1875 à l’île Nou. Son camarade Émile Griffaut dessina sa tombe.
Victor Hugo a retracé sa vie en un raccourci saisissant : « Poète à dix-sept ans, soldat patriote à vingt ans ; a eu, dans le funèbre printemps de 1871, un accès de fièvre » ; et Pilotell le jugeait de façon plus profonde à coup sûr : « Peut-être le seul libertaire de la Commune (et le plus calomnié, par conséquent). »
Le 4 avril 1881, une matinée au bénéfice de sa mère Cécilia, veuve, fut organisé au théâtre des Nations puis ses obsèques au cimetière de Clichy, le 1er août 1885 furent suivies par un millier de survivants de la Commune.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article65453, notice MAROTEAU Gustave, Louis. par Jean Maitron, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 21 novembre 2016.

Par Jean Maitron

Portrait de Maroteau par Georges Pilotell
Portrait de Maroteau par Georges Pilotell
Revue blanche, t. XII, 1897.

ŒUVRE : Outre une collaboration aux journaux signalés, quelques pamphlets : Les Flocons, Paris, A. Faure 1867. — Juarez, Chartres, 1867. — Hommes et pantins : J. Vallès, Paris, Lebigre-Duquesne, 1868. — Le Père Duchêne, pamphlet révolutionnaire, Bruxelles, sans date (chez l’auteur). — Le Drapeau rouge, deux numéros : 2 et 4 nov. 1870. — Le Vrai Père Duchêne, n° 1, (seul numéro paru), 13 mars 1871, Paris, imprimerie du Vrai Père Duchêne.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/730. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. Gén. royaume Belgique, police des étrangers, 4e section, n° 229063. — Bigot, Dossier d’un condamné à mort (avec préface de Victor Hugo) Paris, A. Chevalier 1871, in-12, 164 p. — La Revue Blanche, 1e avril 1897, article de Pilotell. — La Comune di Parigi (G. Del Bo), op. cit. . — Yannick Lageat La Commune n° 66, 2e trimestre 2016.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 292. — Arch. PPo., album 286/43.

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