LUCIPIA Louis, Adrien

Né à Nantes (Loire-Inférieure) le 18 novembre 1843, mort à Paris le 21 mai 1904 ; clerc d’avoué ; journaliste et homme de lettres ; marié, père d’un enfant ; membre de l’Internationale ; dignitaire de la franc-maçonnerie — Voir Thirifocq E. — président du Conseil municipal de Paris en qualité de conseiller municipal républicain radical-démocrate.

Lucipia fit ses études à Nantes en même temps que son frère qui s’établit ensuite pharmacien à Vertou (Loire-Inférieure). Louis Lucipia vint faire son droit à Paris, Coiffé d’une chevelure si noire qu’elle en paraissait bleue, il était, à cette époque déjà, « atrocement myope ». Il le devint bien davantage encore par la suite. Vers la fin de sa vie, il ne voyait plus que d’un œil. Il « lit avec l’oreille gauche » écrivait alors Le Figaro (11 février 1897).

Étudiant, il fréquenta Raoult Rigault, Charles Longuet, Auguste Rogeard, se lia avec Léo Meillet, collabora à La Réforme et à La Rue. En 1869, il était secrétaire du fouriériste François Cantagrel. L’année suivante, il adhéra à la section sociale du quartier des Écoles de l’Association Internationale des Travailleurs. Avec A. Constantin, Paul Magnand, Émile Ots, Roger, il signa « pour la section, par délégation », le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous pays, en juillet 1870 (Le Réveil, 16 juillet 1870). Il appartint également au Club démocrate socialiste du XIIIe arr. qui adhéra en bloc à l’Internationale le 25 novembre 1870 (voir Dict., t. IV, pp. 49 et 63).

Lucipia habitait alors, 7, rue Toullier, Ve arr. Il fut attaché au 9e secteur comme capitaine dans un bataillon auxiliaire du génie. Il participa aux journées populaires des 31 octobre et 22 janvier et prit part aux réunions du club de la rue de Lyon. Délégué par le XXe arr. au Comité central des vingt arr., il fut, à ce titre, un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Ansel.

Le 18 mars, Lucipia se trouvait à Nantes. Il accourut à Paris où Léo Meillet le nomma secrétaire général administrateur du XIIIe arr. Il lui offrit plus tard la place de procureur général de la Commune, qu’il refusa. Le 26 mars, aux élections à la Commune, dans le XIIIe arr., Lucipia obtint 1 540 voix sur 8 010 votants. Il ne fut pas élu.

Le 19 mai, Lucipia assista Léo Meillet dans l’arrestation des Dominicains et accompagna les prisonniers au fort de Bicêtre. Le 20, il interrogea les pères Captier et Cotherault. Il certifia — et l’abbé Féron, premier aumônier de Bicêtre, confirma ses dires — n’avoir eu d’autre but que de gagner du temps et de protéger les prisonniers contre l’exaspération de la foule.

Arrêté le 21 juin 1871, chez un certain Grand-jean, père de sa maîtresse, il fut condamné, le 17 février 1872, par le 6e conseil de guerre, à la peine de mort, pour complicité dans l’assassinat des Dominicains, le 25 mai 1871, avenue d’Italie. Le peine fut commuée le 23 mai suivant en travaux forcés à perpétuité, puis, le 17 mai 1879, en dix ans de bannissement. Enfin, grâce entière lui fut accordée le 8 mai 1880. Matricule 4 620, il revint par la Creuse le 27 novembre.

Lucipia s’était toujours refusé à former un recours en grâce, mais à son dossier figure un placet imprimé de seize pages, adressé « à Messieurs les Président et Membres de la Commission des grâces », qui comprend une lettre du condamné, 5 avril 1872, et un mémoire de E. Brault et R. Renoult, avocats à la Cour d’appel. Lucipia affirmait qu’étant resté malade au lit du 21 mai au 2 juin, il n’avait pas été complice de l’assassinat des Dominicains d’Arcueil et que le 6e conseil avait commis à son égard « une véritable erreur judiciaire » — cf. Bibl. Nat. 4° Lb 57/3461.

Après son retour, Lucipia adhéra à l’éphémère « Alliance socialiste républicaine » qui s’était constituée en octobre 1880 autour de Jourde, Rogeard et Charles Longuet. Il collabora à de nombreux journaux et devint vice-président de l’Association des journalistes républicains. Le 4 mai 1890, présenté par le Comité républicain radical démocratique du IIIe arr. de Paris, il fut élu pour la première fois conseiller municipal de Paris (quartier des Enfants-Rouges) au scrutin de ballottage. Il fut réélu au premier tour le 16 avril 1893. À l’Hôtel de Ville, il fit partie de plusieurs commissions et notamment de celle de l’Assistance publique. Il s’intéressa également aux recherches sur l’histoire de Paris pendant la Révolution. Vice-président du Conseil municipal en 1894, il accéda à la présidence en 1899. En 1896, il avait participé au banquet socialiste de Saint-Mandé. Attaqué en tant que dreyfusard et franc-maçon, il perdit son siège de conseiller le 13 mai 1900, mais un an plus tard, en février 1901, il était nommé directeur de l’asile d’aliénés de Villejuif.

Membre de la Loge Les droits de l’Homme, du Conseil de l’Ordre du Grand-Orient de France dont il avait été président, Lucipia mourut le 21 mai 1904. Le deuil fut conduit par sa femme, sa fille adoptive et Mme Rose Lucipia, sœur du défunt — il ne fut pas fait mention de l’enfant Lucipia cité dans un rapport de police du 10 avril 1880.

Les cordons du drap mortuaire étaient tenus par des dignitaires de la franc-maçonnerie et des élus parisiens ; aucun souvenir de l’Internationale ou de la Commune ne fut évoqué. Le corps fut incinéré au Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article64882, notice LUCIPIA Louis, Adrien, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 10 septembre 2018.

ŒUVRE : Collaborations : Avant et pendant la Commune, Lucipia écrivit dans La Réforme, La Rue, etc., dans Le Cri du Peuple de Vallès et l’Union démocratique de Nantes dirigée alors par Cantagrel.
Après la Commune, Lucipia collabora à de nombreux journaux : Paris municipal, la Justice, la Convention nationale, le Citoyen de Paris, le Radical, le Soir, et donna des articles à la Grande Encyclopédie.
Livres et brochures : Le cas de M. de Gallifet (en collaboration avec A. Etiévant), Paris, 1883, (8° Lb 57/8412). — Bruno le Forgeron (roman populaire écrit en collaboration avec A. Etiévant). — Les Grands Jours de la Révolution, Seine et Paris, 1895 (en collaboration avec A. Etiévant et G. Richard).
Les Services de fraternité sociale dans le IIIe arr., 24 p. Paris 1899, (texte déjà publié dans La Revue philanthropique, n° 25, 10 mai 1899 — Galerie française (livre de lecture destiné aux écoliers de la Seine, s. d., 186 p., 8° Ln 22/127. — Grand Orient de France..., 1900, 11 p., 8° H pièce 784. — Ville de Paris. Caisse des écoles de Montmartre, 1889, 202 p. 8° R. 9289.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/738, n° 1342. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., B a/1164 et E a/11-6. — Notes biographiques, Bibl. Nat. 4° Ln 25/667 (2). — Hubert Rouger, Les Fédérations Socialistes.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., B a/1164.

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